La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

Taram et le chaudron magique de 1985 devint un spectaculaire chant du cygne pour l’ère des films d’animation Disney qui avait commencé avec Blanche-Neige et les sept nains en 1937. Adaptée des Chroniques de Prydain de Lloyd Alexander, l’histoire suit un timide valet de ferme du nom de Taram dont le jeune cochon Tirelire détient le secret de la localisation du chaudron noir - une source de pouvoir effroyable recherchée par le Seigneur des Ténèbres. Armé d’une épée magique et accompagné d’un vieux magicien, d’un barde ridicule, d’une princesse et d’une créature lâche nommée Gurki, Taram se bat pour retrouver le chaudron noir avant que le Seigneur des ténèbres ne l’utilise pour créer une armée invisible de morts vivants.


Notes liminaires de Jeff Bond :

Taram et le chaudron magique mis presque 15 ans pour être porté à l’écran entre l’achat par Disney des livres de Prydain à sa première. Le film fut en production durant cinq ans et devint le film de Disney le plus cher à l’époque de sa sortie. Ce fut le premier film Disney à utiliser des images générées par ordinateur, et les artistes de Disney avaient également mélangé des effets réels de nuages, de fumée, de flammes et de laser avec l’animation et ils utilisèrent la caméra multiplane pour donner aux scènes d’action et aux décors un effet tridimensionnel. Tim Burton, plusieurs années avant ses débuts de réalisateur, créa un nombre important de dessins de personnages pour la production alors qu’il travaillait au département animation de Disney mais aucun ne fut utilisé.

Le film revenait aux sources des grandes heures de l’animation Disney comme la Belle au bois dormant, Fantasia ou Merlin l’enchanteur - mais il anticipait aussi les mondes fantastiques sombres qui deviendraient populaires quelques années plus tard. La séquence de la naissance du chaudron avec son armée de squelettes en décomposition était tellement macabre que le film fut classé PG [parental guidance : « tout public avec accord parental suggéré »] (même après d’importantes coupes), une première pour un film d’animation Disney.

Pour le compositeur vétéran de musiques de films, Elmer Bernstein, Taram et le chaudron magique venait à la fin d’un cycle de films fantastiques et de science fiction tels que Saturn 3, Métal Hurlant, Le Loup-garou de Londres, Le guerrier de l’espace et SOS Fantômes. La plupart de ces musiques étaient dominées par l’utilisation des ondes Martenot, instrument de musique électronique français qui utilise l’oscillation dans des tubes vides pour produire de longs sons étranges, en cela similaires au premier instrument électronique, le thérémine. Les ondes Martenot devinrent la signature du style Bernstein des années 80 et elles allaient parfaitement pour créer une atmosphère extraterrestre dans les projets de films fantastiques ou de science fiction.

Bernstein créa pour Taram et le chaudron magique une bande originale vigoureuse et cinétique, pleine de leitmotiv entrainant. Il y a un thème tapageur pour Gurki, une mélodie romantique et éthérée pour la princesse Eilonwy (souvent jouée aux ondes Martenot pour créer cette atmosphère magique), un thème alerte pour le monde des elfs et une musique écrasante, malveillante pour le Seigneur des ténèbres et son armée affreuse née du chaudron. Bernstein fait une allusion ironique à Fanfare for the Common Man de Aaron Copland dans Journey pour souligner le désir ardent de Taram de devenir un célèbre combattant plutôt qu’un simple valet de ferme. Ce thème héroïque pour Taram et son épée magique (mis en valeur dans les premiers instants de Second Chase ainsi qu’à d’autres moments de The Deal) est une des plus exaltantes des mélodies d’aventure de Bernstein, et la grande expérience du compositeur dans des genres aussi variés que les épopées bibliques (les Dix commandements), les westerns (Les Sept mercenaires), l’horreur (Le Loup-garou de Londres) lui a permis des changements faciles et rapides afin de s’ajuster aux changements rapides de tons qui s’opéraient à l’intérieur même des morceaux individuels du film.
Quand un réenregistrement de certaines musiques du film fut conduit en 1985, cet album de la musique originale (incluant des morceaux jamais utilisés dans le film) marquait la première sortie des pistes originales du film - la première présentation totale de l’une des plus grandes musiques de films fantastiques des années 80.

Jeff Bond, 9 janvier 2012.

Note du producteur :
Elmer Bernstein est l’un de mes compositeurs de musique de film préféré. Pour moi, il y a toujours eu quelque chose d’essentiellement « américain » dans sa musique. J’imagine que si les peintures de Norman Rockwell étaient un dessin animé, M. Bernstein serait le choix parfait pour l’illustrer en musique. Ses musiques de western comme celle des Sept mercenaires définit Le Western. Ses musiques militaires comme La Grande évasion et Les Bleus illustre la marche américaine d’une telle manière que Sousa l’envierait. Ses musiques « académiques » comme American College étaient aussi fascinantes qu’un encouragement à en apprendre plus sur les toge parties. Sa musique « ville natale » comme Du silence et des ombres évoque les images de chaudes après-midi d’automne passées à la piscine. Il avait le génie unique de composer des thèmes définitifs pour chacun des genres qu’il approchait.

Pour dire la vérité, je n’avais ni vu ni entendu la musique de Taram et le chaudron magique avant que je ne travaille sur la bande originale du film. Non seulement j’étais très excité à l’idée de sortir cette musique originale pour la première fois, mais j’étais encore plus content de travailler sur une musique de Elmer Bernstein. Alors que j’avançais à travers les sessions d’enregistrement et que je commençais à écouter la musique, c’était tout ce que j’attendais : des mélodies charmantes et des thèmes dramatiques. En fait, on entend presque tous les styles que j’évoquais plus haut : des thèmes mélodieux type « ville natale », des marches rapides, des cuivres dramatiques et même un peu de science fiction - qui me rappelle un plaisir coupable, l’horriblement merveilleux Robot Monster (dont il a également composé la musique). Dans Taram et le chaudron magique, nous avons un amalgame de tous les merveilleux styles musicaux de M. Bernstein. C’est simplement un plaisir merveilleux.

Pour le CD, nous sommes revenus aux sessions multi-pistes originales et nous avons nettoyé et restauré chacune des pistes avant le mixage et la masterisation. En comparaison avec les précédentes bandes originales que j’avais restaurées (des premiers grands classiques Disney au plus contemporain Trou noir), ce fut une restauration relativement facile. Nous avons seulement rencontré un problème, mais il fut de taille ! La piste 3M3 (In The Forest) avait un sévère arrêt dans l’enregistrement. En fait, c’était comme si quelqu’un avait coupé l’enregistrement de la musique quelques secondes - alors que la musique est coupée brusquement, un bref son d’un 1k jaillit avant de se perdre dans la musique. Cela ressemble fort à un accident. Nous avons alors trouvé une prise alternative du même morceau et avons réparé le dommage. Simple, n’est-ce pas ?

Comme vous pouvez le lire dans les notes liminaires, Taram et le chaudron magique a subi quelques changements avant sa sortie - certains à la toute dernière minute. Effrayé que le film ne soit par trop noir, plusieurs éléments furent coupés en fin de compte. Apparemment, la scène qui est mise en musique sous le morceau 3M8 (Incantation) fait partie de ces coupes. Le ton sombre du morceau suggère que le Seigneur des ténèbres fait quelque chose de mal et que c’était peut-être trop intense pour les sensibilités de l’époque. Heureusement pour nous, le morceau existe encore.
Enfin voici la musique la plus complète, la plus extravagante et épique d’Elmer Bernstein pour Taram et le chaudron magique.

Randy Thornton, producteur, 12 janvier 2012.