La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

 - INTRODUCTION -

"La musique a un pouvoir extraordinaire. Vous pouvez regarder tous ces films et ils vous paraîtront longs et ennuyeux, mais dès l'instant que vous mettez de la musique par-dessus, ils sont pleins de vie et de vitalité, on ne peut plus les voir sans". - Walt Disney.


Séance de préparation : Ed Penner médite, Pinto Colvig chante, Ted Sears prend des notes, Oliver Wallace au piano et Walt Disney.

Walt Disney ne savait ni lire ni écrire la musique. En fait, il n'a même jamais joué d'un instrument. Et pourtant son influence sur la musique a été et continue d'être si profonde que le compositeur américain Jerome Kern a dit un jour : "Disney a fait de l'utilisation de la musique un langage. En synchronisant des images comiques avec de la musique comique, il a indubitablement donné à notre époque une énorme contribution". C'est évidemment de nobles louanges, surtout venant d'une légende de la musique comme Kern. Mais ce qui rend ces mots encore plus surprenants, c'est qu'il les ait prononcés en 1936, avant la sortie de Blanche-Neige et les Sept Nains, qui est sans conteste l'un des plus grands moments de Walt Disney dans le domaine de l'animation, mais aussi dans celui de la musique. Alors, la question demeure : si Walt n'a écrit aucune des chansons ni n'a composé aucune des musiques originales, comment pourrait-il avoir un impact aussi profond et durable sur la musique ? La réponse est assez simple en réalité, tout comme il a eu un effet durable sur l'animation sans jamais lui-même dessiner une souris ou un nain. Walt était le moteur et l'agitateur, l'homme de vue qui réunissait autour de lui certains des auteurs, artistes, compositeurs et musiciens les plus talentueux de leur génération, qui tous contribuèrent à faire de ses rêves une réalité.

L'empreinte de Disney marque chacune des chansons...

"Le réalisateur Walt Disney a apporté à la musique du vingtième siècle une importante contribution. Disney a fait de l'utilisation de la musique un langage." - Jerome Kern

Walt Disney a, un jour, décrit son rôle :
"Mon rôle ? Eh bien, sachez qu'un jour un petit garçon me posa une colle : "Est-ce que vous dessinez Mickey Mouse ?" Je dus avouer que je ne dessinais plus. "Mais alors, c'est vous qui inventez toutes ces blagues et qui avez toutes ces idées ?" "Non, répliquais-je, je ne fais pas cela". Finalement, il me regarda dans les yeux et dit : "Monsieur Disney, qu'est-ce que vous faites au juste ?" "Eh bien, dis-je, quelques fois je m'imagine que je suis une petite abeille. Je vais d'un endroit du studio à l'autre et j'y récolte le pollen et je stimule tout le monde en quelque sorte. Je suppose que c'est là le travail que je fais".  

Bien sûr, cela n'explique pas le goût infaillible de Walt Disney pour savoir ce qui marche et ce qui ne marche pas, que ce soit en musique, au cinéma ou dans les parcs à thèmes.

L'hommage d'Eric Sevareid lors du journal télévisé du soir sur CBS le jour de la mort de Walt Disney résume peut-être le mieux ce sentiment : "Il fut un original ; pas seulement un Américain original, mais une originalité, toute une époque. Il fut un heureux accident ; un des plus heureux accident que ce siècle ait connu... Les gens disent qu'il n'y aura plus jamais quelqu'un comme lui."

Walt Disney parvint à créer le genre de divertissement que lui-même aurait aimé voir, alors peut-être est-ce dû à son éducation du Mid-West américain ou à son jugement d'Américain moyen ou tout simplement un "heureux accident". Comment expliquer alors que des centaines de millions de personnes à travers le monde aient été du même avis que lui ?

Et bien qu'il n'ait pas écrit "Quand On Prie la Bonne Etoile", "Zip-A-Dee-Doo-Dah" ou aucun des centaines de titres qui ont fait le canon Disney, sa marque est imprimée sur chacune de ces chansons, sur chacune de ces musiques. Quand vous entendez "Sifflez en Travaillant", vous ne savez peut-être pas que les paroles sont de Larry Morey et la musique de Frank Churchill, mais vous savez sûrement que c'est une chanson Disney.

Les chansons de Disney représentent un style et une vitalité qui permettent de les fredonner et de les rendre inoubliables. Elles étaient plus une réflexion de leur patron qui se concentrait sur la mélodie et n'aimait rien qui était trop grave ou aigu.

Même les chansons et musique "Disney" écrites aujourd'hui, quarante ans après la mort de Walt Disney, reflètent l'esprit et l'influence de l'homme qui avait l'extraordinaire capacité de savoir quel genre de musique allait le mieux à une scène ou à une situation et, plus important (et de loin), ce qui était bon.

Ce furent la direction et l'influence de Walt qui menaient ses compositeurs et musiciens à être des pionniers dans certains concepts musicaux et dans des avancées technologiques qui influencèrent à la fois les industries du film et de la musique pour des décennies - et continuent encore de nos jours.

- LES PREMIÈRES ANNÉES -

Cela peut paraître un peu étrange de commencer par la typique chanson folk "Turkey in the Straw" pour évoquer l'héritage musical de Disney. Vraisemblablement d'origine irlandaise (bien que personne ne semble être sûr de savoir qui l'a écrite et quand), c'est l'une de ces chansons classiques qui ont perduré pendant des années grâce à leur rythme simple et entraînant. Soyons francs, nous ne parlons pas ici de la Cinquième Symphonie de Beethoven ou des Quatre Saisons de Vivaldi ; mais plutôt de quelque chose comme "Camptown Races" ou "My Darling Clementine".

En tout cas, c'est important parce que ce n'est pas seulement la première chanson à être entendue dans un dessin animé Disney (dans ce cas, le premier Mickey Mouse en 1928, Steamboat Willie), c'est la première chanson à être entendue dans un dessin animé tout court (ou au moins dans un dessin animé avec le son synchronisé avec l'action).

(Pour les fans d'anecdotes, la première chanson à être entendue dans un dessin animé Disney, et donc un dessin animé avec son synchronisé, est "Steamboat Bill" qui est jouée sur le générique d'ouverture et la première scène de Steamboat Willie)

Le fait qu'il y ait à la fois de la musique et des chansons dans Steamboat Willie est le premier témoignage du génie et de la vision d'avenir de Walt Disney. A cette époque, les films parlants sont une nouveauté. Le Chanteur de Jazz date de 1927, mais beaucoup de dirigeants de studios hollywoodiens ne considèrent le son que comme une mode passagère.

Walt ne partageait pas ce point de vue. Il fut l'un des premiers à investir et à expérimenter le son, qu'il ne voyait pas seulement comme une façon de lancer son nouveau personnage Mickey Mouse, mais aussi comme une façon de remettre à flot son jeune studio vacillant.

Dès le départ, le son qui va jouer un rôle essentiel dans les dessins animés de Disney va être la musique. Dans Steamboat Willie, les personnages ne parlent pas réellement, ils émettent des sons, des grognements, des couinements. La réelle innovation vient de la musique, d'abord avec Mickey sifflotant "Steamboat Bill" et plus tard quand il tire le cou d'une chèvre comme un vielle à roue et commence à interpréter "Turkey in the Straw" Mickey fait aussi jouer une planche à laver, des pots et des casseroles, un chat, un canard, plusieurs porcelets et les dents d'une vache, ce qui explique les bruits étranges entendues dans la chanson).

C'est grâce (ou à cause) d'un jeune animateur Wilfred Jackson qui deviendra plus tard un animateur et un directeur de l'animation au studio Disney que "Turkey in the Straw" est utilisée.

Quand Walt a mené ses premières expérimentations dans la façon dont le son pourrait être synchronisé avec l'animation, il appela Jackson qui, en tant que joueur d'harmonica, était le seul musicien du petit studio Disney. Jackson connaissait seulement quelques notes à l'harmonica et sa chanson favorite était - oh surprise ! - "Turkey in the Straw".

Ainsi commença, assez humblement, l'héritage musical de Disney.

Heureusement, dès lors Walt Disney confia ses propres goûts à des musiciens plus expérimentés tel que son premier directeur musical Carl Stalling, un vieil ami de Kansas City qui a commencé par faire la musique des deux dessins animés de Mickey Mouse suivants, Gallopin' Gaucho et Plane Crazy (en réalité, ces deux courts métrages ont été tournés avant mais ne sont sortis qu'après Steamboat Willie, une fois sonorisés).

C'est Stalling qui persuada Walt de créer la série des dessins animés des "Silly Symphonies", qui produisirent une série de grandes premières pour le studio Disney, comme l'utilisation de la couleur et de la caméra multiplane, mais aussi son premier succès musical. La série naquit d'une divergence d'opinions entre Walt et Stalling quant à l'utilisation de la musique dans les courts métrages de Mickey. Walt voulait que Stalling compose de la musique sur l'action, alors que Stalling sentait que l'action devrait être portée par la musique.

Le compromis fut les "Silly Symphonies". Dans les dessins animés de Mickey, la musique continuerait à jouer un rôle secondaire par rapport aux personnages et à l'action alors que dans les "Silly Symphonies" la musique serait reine.

Cependant Stalling ne resta au studio que deux ans passant des "Silly Symphonies" de Disney aux "Looney Tunes" et "Merries Melodies" des frères Warner où il créa sa propre empreinte musicale en composant la musique des Bugs Bunny, Daffy Duck et Porky Pig, entre autres.


Frank Churchill dirige un orchestre

Réalisant l'importance grandissante de la musique pour ses dessins animés, spécialement avec les "Silly Symphonies", Walt Disney commença à renforcer son équipe musicale au début des années 1930. Un des compositeurs qu'il engagea fut Frank Chruchill, un jeune musicien qui avait étudié à l'UCLA et qui avait acquis de l'expérience en jouant du piano à Mexico et en jouant sur une station de radio de Los Angeles (tout en servant de joueur occasionnel dans des sessions d'enregistrement pour les dessins animés de Disney). A partir de ce moment, ce musicien inconnu allait jouer un rôle de premier ordre au sein de la musique Disney pendant plus de dix ans. Et il frappa fort, en écrivant le tout premier hit de Disney, une chanson qui allait devenir la plus célèbre de toutes les "Silly Symphonies", Les Trois Petits Cochons.


Session d'enregistrement des trois petits cochons. Walt Disney et Frank Churchill au piano avec les chanteurs Dorothy Compton, Pinto Colvig et Mary Moder

Sorti en 1933 durant la période la plus sombre de la Grande Dépression, Les Trois Petits Cochons et sa fameuse chanson "Qui a Peur du Grand Méchant Loup ?", procura espoir et humour à un pays qui en avait cruellement besoin.

Alors que cette "Silly Symphony" devint un succès durable du box office (et peut-être le dessin animé le plus célèbre de tous les temps), la chanson devint en elle-même un hit, se classant pendant plusieurs semaines au Hit Parade de l'année 1933 et vendant des milliions de disques à un public américain qui adopta cet air comme un hymne précieux en ces jours sombres de la Dépression.

Comme beaucoup de films de Walt Disney, Les Trois Petits Cochons est tiré d'une histoire pour enfants. Mais pour Churchill, ça représentait aussi la vraie vie. Ayant grandi dans le ranch famiial à San Luis Obispo en Californie, sa mère lui avait donné trois cochons à élever. Tout allait bien jusqu'à ce qu'un vrai "Grand Méchant Loup" les tua tous.

 Frank Churchill

Aussi légendaire que cela puisse être, quand on demanda à Churchill d'écrire une chanson pour ce dessin animé, il se souvint de cette affreuse expérience de son enfance et écrivit "Qui a Peur du Grand Méchant Loup ?" en cinq minutes, parodiant sans vergogne la chanson "Joyeux Anniversaire". Ted Sears, un scénariste du département histoire écrivit les paroles.

Il est intéressant de noter que la chanson n'est jamais entendue dans son intégralité dans le dessin animé. La version disque fut enregistrée après la sortie des Trois Petits Cochons et comprenait des paroles complémentaires d'Ann Ronell.

Aussi, si la voix du cochon prévoyant fait un peu penser à Dingo, c'est tout simplement parce qu'il l'est. Pinto Colvig, l'homme responsable de la voix du cochon prévoyant faisait aussi la voix de Dingo.

Les Trois Petits Cochons remporta l'Oscar du meilleur court métrage de dessin animé pour l'année 1933 mais "Qui a Peur du Grand Méchant Loup" ne fut nominée dans aucune catégorie. La raison en est simple : l'Oscar de la meilleure chanson ne sera créé que l'année suivante.

- L’ARRIVÉE D’UN NOUVEL ÂGE -

L'histoire de Blanche-Neige et les Sept Nains est bien connue et bien documentée : Walt Disney paria l'avenir de son studio sur un long métrage d'animation parfait et cher. Les sceptiques parlèrent de la "folie de Disney", déclarant que personne ne pourrait rester assis devant un dessin animé de 83 minutes. Le film sortit juste avant la Noël 1937 et obtient un incroyable succès au box-office, faisant du film l'un des plus grands succès de tous les temps.

Mais ce qui est un peu moins connu c’est que Walt avait beaucoup plus en tête que «simplement » créer et produire le premier long métrage animé. Ce qu’il envisageait était quelque chose de plus proche de la comédie musicale de Broadway que du film hollywoodien.

Dès le début, Blanche-Neige a été planifié autour de la musique. Malheureusement, les premiers essais d’insérer des chansons dans le film ne satisfaisait guère Walt. Il se plaignait qu’elles étaient trop dans la veine de tant d’autres comédies musicales hollywoodiennes qui introduisaient les chansons et les danses sans lien avec l’histoire. « Nous devons mettre en place un nouveau modèle, une nouvelle façon d’utiliser la musique » dit-il à son équipe durant les premiers stades de la production. « Insérez-la dans le fil de l’histoire de façon à ce que personne n’arrive comme par enchantement dans une chanson ».

La frustration devait être rampante dans le département musique du studio Disney durant la production de Blanche-Neige car jusqu’à ce que tout fut dit et chanté, Frank Churchill et un jeune artiste nommé Larry Morey (qui est aussi directeur de séquence sur le film) écrivirent 25 chansons, mais seulement huit d’entre elles se retrouveront finalement dans le film, mais quelles chansons !


Leigh Harline au piano et Ned Washington à genou, caricaturés par T. Hee

Walt n’écrivit jamais une seule note de musique ni ne contribua jamais à aucune parole de chansons (ou du moins n’a-t-il jamais reçu de crédit pour cela), mais il fut celui qui définit le contenu de chaque chanson et décida comment elle s’insèrerait dans le film. Son extrême implication est détaillée dans les notes suivantes extraites d’une réunion concernant le scénario dans laquelle il discute de l’utilisation de « Sifflez en Travaillant » dans le film : «Changez les paroles de la chanson afin qu’elles s’insèrent plus harmonieusement quand Blanche-Neige tend des brosses aux animaux, etc. Blanche-Neige : « Frotter en fredonnant»… et ils commencent à fredonner. Alors Blanche-Neige commence par leurs dire de « sifflez en travaillant ». Elle pourrait alors donner aux animaux des choses à faire. Mais entre temps, elle a chanté bien entendu… Les oiseaux rentreraient alors. Essayez de vous arranger pour que les oiseaux restent pendant une partie du sifflement. L’orchestre devrait jouer avec un effet de sifflement… obtenez-le par des instruments à vent... comme de jouer quelque chose de façon instrumentale qui sonnerait comme un sifflement… Faites en sorte de finir la chanson sans que cela sonne simplement comme une fin. Mettez en place un travelling arrière qui nous fait sortir de la maison. Reculez et montrez les animaux secouant les tapis par les fenêtres… de petits personnages dehors battant des choses dans la cour. Reculez encore et la mélodie de « Sifflez en travaillant » deviendra de plus en plus faible. Laissez-les tous travailler. La dernière chose qu’on doit voir alors qu’on recule sont les petits oiseaux portant les vêtements. Terminez là-dessus et la musique se terminera aussi. A la fin, tout ce qu’on entendra sera la flûte – avant qu’elle ne se transforme en chanson « On pioche tic tac » [qui précède la chanson « Heigh-Ho »] et le martèlement rythmique. »



Adriana Caselotti âgée de 18 ans qui reçut une formation en opéra italien, fournit la belle et tendre voix soprano de Blanche-Neige qu’on entend dans « Sifflez en Travaillant » et « Un Jour mon Prince Viendra ». Le comique burlesque Roy Atwell pour Prof, le comédien Billy Gilbert pour Atchoum, Scotty Mattraw pour Timide, Otis Harlan pour Joyeux et l’irrésistible et inimitable Pinto Colvig pour Grincheux et Dormeur chantent dans « Heigh-Ho ». Dans le cas où vous vous demanderiez pourquoi seulement six nains sont listés, n’oubliez pas que Simplet ne parle jamais.

Le plus étonnant peut-être outre le succès du film est l’incroyable destin des chansons dans les charts américains. En fait, les plus grands succès de Disney sont des chansons extraites de Blanche-Neige et les Sept Nains. Le Hit Parade de 1938 contient six chansons du film : «Heigh-Ho », « Sifflez en Travaillant », « Un Jour mon Prince Viendra », « Un Chant », « Je Souhaite » et « Un Sourire en Chantant ».

Frank Churchill dirige, Walt écoute (en bas à gauche), Bill Garity équilibre le son et Wilfred Jackson suit la partition

Puis vient le temps des Oscars bien que le film et les chansons soient déjà complètement un succès. La musique par l’équipe des musiciens maison Leigh Harline, Frank Churchill et Paul J. Smith est nommée pour un Oscar, grâce en partie à une nouvelle règle qui garantissait que chaque studio au moins obtienne une nomination dans la catégorie Meilleure Musique simplement en soumettant une composition.

Pour la Meilleure Chanson, aucune des huit chansons de Blanche-Neige n’est nominée, au moins furent elles en bonne compagnie. Des classiques tels que « Hooray for Hollywood » et « Let’s Call the Whole Thing Off » échouèrent également à obtenir la nomination et l’Oscar alla à un truc du nom de « Sweet Leilani » du film « Waikiki Wedding ».

Blanche-Neige et les Sept Nains remporta quand même un Oscar spécial ; en fait, il remporta un Oscar et sept petits Oscars qui furent remis à Walt Disney par Shirley Temple. La récompense reconnaissait Blanche-Neige « comme une innovation importante du cinéma qui avait charmé des millions de spectateurs et ouvrait un nouveau champ immense au dessin animé ».

Cela ne prit guère de temps à l'Académie des arts et des sciences du cinéma pour réparer sa transgression en ignorant presque totalement la musique de Blanche-Neige et les Sept Nains. Le film de Disney suivant, Pinocchio, sorti début 1940, remporta deux des trois récompenses pour la musique aux prix 1941 de l'Académie, gagnant des Oscars pour la meilleure chanson (« Quand On Prie la Bonne Etoile ») et la meilleure musique originale (la troisième catégorie de musique était les meilleures adaptations de musique pour laquelle Pinocchio n'était pas éligible).

Le succès des chansons et de la musique originale de Pinocchio fournit quelque réconfort à Walt puisque le film lui-même perdit de l'argent dans sa sortie initiale (à cause notamment de la Seconde Guerre mondiale qui coupa les marchés extérieurs de Disney, marchés qui habituellement représentait presque la moitié des revenus de la compagnie). Bien sûr, le film est devenu plus tard un immense succès financier lors de ses ressorties successives puis en vidéocassettes et DVD.

Frank Churchill, Edward Plumb et Larry Morey

Les deux prix de l'Académie permirent également à Walt de se défendre après que plusieurs critiques déclarèrent que les chansons de Pinocchio n'étaient pas aussi bonnes que celles de Blanche-Neige.

« Ce qu’ils [les critiques] n’ont pas compris » écrivit Maurice Sendak dans le Los Angeles Times lors de la ressortie du film en 1978 « c’est que la musique originale est une partie essentielle et intégrale du tout ; rien ne devait s’imposer, même au risque de sacrifier l’évidente mélodie et les hit parades. »

Et encore Walt et ses auteurs, Ned Washington et Leigh Harline ne sacrifièrent ni la mélodie ni les hit parades. Lors de sa sortie, « Quand On Prie la Bonne Etoile » dépassa tous les records et devint l’une des chansons Disney parmi les plus aimées. Pendant des années, ce fut la chanson d'ouverture du programme télévisé de Disney et on l’entendait chaque soir à la fermeture de Disneyland et de Walt Disney World.

 Leigh Harline, Walt Disney et Frank Churchill

Cliff Edwards, qui a eu une chanson à succès dans les années 1920 avec un personnage appelé « Ukulele Ike », fournit la voix de Jiminy Cricket, la bonne conscience officielle de 18 carats de Pinocchio qui chantonne « Quand On Prie la Bonne Etoile » et « Sifflez Vite Vite », les deux chansons du film (dans « Sifflez Vite Vite », il fournit un peu d'aide à Dickie Jones âgé de 12 ans, qui parce qu'il avait « une charmante voix de garçon typique » joua le rôle de Pinocchio).


Walt Disney et Leopold Stokowski

Walt Disney rencontra par hasard Leopold Stokowski, le célèbre chef de l'orchestre de Philadelphie, dans un restaurant vers la fin des années 1930. Grand fan des dessins animés de Disney, Stokowski exprima un vif intérêt pour le travail de son nouvel ami. Walt répondit que peut-être il pourrait utiliser l'expertise de Stokowski immédiatement parce que son studio travaillait alors à l’adaptation de L'apprenti sorcier de Paul Dukas avec Mickey Mouse dans le rôle éponyme.

Stokowski accepta rapidement de diriger la musique du court métrage et, après une visite au studio suggéra que Walt entreprenne un long métrage composé des séquences animées avec de la musique classique populaire. Walt accepta et Fantasia était né (« fantasia » est un terme musical signifiant le libre développement d’une composition ou d’un thème).

Avec Fantasia, Walt ne visait pas une élite. Il essaya plutôt de familiariser le grand public à une culture plus intellectuelle. Pour lui, le film était simplement un autre défi à relever dans son effort permanent de repousser les limites de l'animation.


Stokowski dirigeant l'orchestre de Fantasia sur le plateau de prise de son de Disney

Des critiques de musique réagirent de manière hostile au film. Ils désapprouvèrent à la fois les adaptations de la musique (un critique parla de « boucherie ») et leurs visualisations animées que les puristes décrièrent parce qu'ils estimaient que les auditeurs devaient créer leurs propres images pour la musique.

Mais même les critiques les plus durs du film admirent que Fantasia était complètement différent de tout ce qu’ils avaient vu auparavant. Au lieu d’une musique faisant avancer l'histoire comme ce fut le cas dans Blanche-Neige et Pinocchio, la musique était l'histoire. À cet égard, Fantasia était essentiellement une série d’extraits musicaux - et nous connaissons aujourd’hui la discussion qui fit rage autour d’eux (bien que, mis d’accord, ce que Walt et Stokowski avaient à l'esprit n'était pas proche de Madonna ou de Michael Jackson).


Deems Taylor, Walt Disney et Leopold Stokowski

En dépit de toute la polémique autour de Fantasia, le film fut tout de même honoré de deux prix spéciaux de l'Académie pour 1941, un pour le système innovant de Fantasound développé pour le film et l'autre pour Stokowski, qui a obtenu dans une certaine mesure une vengeance sur ses critiques en étant honoré pour son « accomplissement unique dans la création d'une nouvelle forme de musique visualisée… élargissant de ce fait la portée du cinéma comme forme de divertissement et d'art. »

Naturellement, le film et sa musique gagnèrent un autre rachat - même avec un certain temps de retard (quoique encore donné à contre-coeur) - quand, après ses premières sorties dans les années 40 et 50, il acquit une nouvelle vie durant ses sorties dans les années 1970 et 80.
En 1991, il devint l'une des vidéocassettes les plus vendues de tous les temps. La bande sonore remixée a également connu un grand succès, gagnant un disque d'or vendant plus 500 000 exemplaires.


Walt Disney et Igor Stravinski

La séquence de la « Danse des Mirlitons » est extraite de Casse-noisette composée par Piotr IIitch Tchaïkovski. Tout en l’écoutant, imaginez de sensibles pétales de fleurs emportées par la brise, puis descendant, flottent parmi des garnitures de lis se reposant doucement sur l'eau. Du moins c'est le scénario imaginé par des animateurs de Disney. Peut-être penserez-vous à autre chose.


Irwin Kostal dirigeant le réenregistrement de la musique de Fantasia en 1982

Avec Dumbo et Bambi, Walt Disney est revenu à une narration et à une musique plus conventionnelles, ils reçurent un bon accueil critique et commercial.

Dumbo frappa d’abord les écrans, débutant en 1941 avec six chansons écrites par le parolier Ned Washington et les compositeurs Frank Churchill et Oliver Wallace. Aucune des chansons du film n'a connu le même succès que celles de Blanche-Neige ou de Pinocchio, mais la musique de Churchill et Wallace reçut un prix de l'Académie pour la meilleure musique originale et « Mon Tout Petit » fut nominée pour la meilleure chanson. L'oscar de l'année est allée « The Last Time I Saw Paris » qui, assez ironiquement, était co-écrite par Jerome Kern, le compositeur de chansons qui disait de bien gentilles choses au sujet de Walt Disney juste quelques années plus tôt (« Mon Tout Petit » était en bonne compagnie, cependant : « Boogie Woogie Bugle Boy of Company B » et « Chattanooga Choo-Choo » concouraient également au titre de la meilleure chanson).

Écrite par Churchill et Washington, « Mon Tout Petit » est une ballade si sincère que des larmes sont presque certainement garanties. D'une subtile manière pleine d'humour, Steven Spielberg a rendu hommage à la chanson dans son film 1941, qui montrait le général Joseph Stilwell, joué par Robert Stack, pleurant en regardant Mme Jumbo essayer de soulager son pauvre fils Dumbo.

Bambi contient également une chanson nominée par l’Académie, « Je Chante Pour Toi », mais une fois encore l’Oscar lui échappe. Personne n'est vraiment étonné cependant puisque le gagnant pour 1942 était une petite chansonnette d’Irving Berlin appelée « White Christmas ». La musique était aussi nominée dans la catégorie Meilleure Musique d’un film dramatique ou comique.

Churchill et Larry Morey, le duo derrière les huit chansons classiques de Blanche-Neige et les Sept Nains, se reforment pour écrire les chansons de Bambi, un film mis en chantier depuis 1935 par les studios Disney (l’animation a effectivement commencé en 1937, mais le film était constamment mis de côté en faveur d'autres projets comme Pinocchio ou Fantasia). Il fut enfin terminé et sortit en 1942.

Cette fois, Churchill et Morey écrivirent quatre chansons dont « La Chanson de la Pluie » et « Je Chante pour Toi » mentionnée plus haut.

Comme d'habitude, Walt Disney fut intimement impliqué dans le développement des chansons et de la musique, comme mis en évidence par les souvenirs de deux des meilleurs animateurs de Disney, Frank Thomas et Ollie Johnston dans leur livre « Disney Animation : The Illusion of Life » : « Un jour [Walt] fut appelé à une réunion sur la séquence de l’incendie de forêt dans Bambi, alors qu’il finissait de regarder les bobines de travail de la « Symphonie Pastorale » de Beethoven.La bobine d'images de Bambi était à moitié terminée, mais l'intention était claire et le musicien, Ed Plumb [qui a collaboré avec Churchill sur la musique originale], était désireux de présenter ses idées sur la musique qu’il avait écrite. À mi-chemin de la présentation, Walt l’arrêta et demanda aux projectionnistes si les bobines de travail de Fantasia était encore dans la cabine. Elles y étaient, il demanda alors à entendre la musique de l'orage de la Symphonie Pastorale synchro avec la bobine de Bambi. Nous étions étourdis par le pouvoir de la musique et l'excitation qu’elle donnait aux dessins. Quand tout fut terminé, Walt se retourna et dit : « Eh, Ed. C'est ce que je veux. Quelque chose de grand. Tu vois la différence ? » Ed paraissait à la fois choqué et incrédule, en partie implorant : « Mais Walt - c’est Beethoven ! » Walt répondit : « Ouais…et ? » et attendait d’entendre une raison pour laquelle Ed ne pourrait pas écrire le même genre de chose.»

- REPANDRE LE REVE -

Au milieu de l’année 1941, alors que la guerre faisait rage en Europe mais que les Etats-Unis n’étaient pas encore impliqués, Nelson Rockefeller, le coordonnateur des Affaires interaméricaines pour le département d'état, demanda à Walt Disney et à des membres de son personnel d’embarquer en tournée de bonne volonté en Amérique du Sud. Les raisons du voyage étaient doubles : d’un côté, l'envoi d'une figure très appréciée comme Walt aiderait la politique de bon voisinage des États-Unis, qui a été conçue pour apaiser les sentiments pro-Axe qui existaient au sud de la frontière. D’un autre côté, l'Amérique du Sud représentait un marché inexploité par les studios de cinéma de Hollywood tels ceux de Disney qui souffraient de la perte de revenus européens dus à la guerre.
Les résultats du voyage dans le Sud sont deux films de style documentaire de voyage combinant des prises de vues réelles de la culture sud-américaine avec plusieurs séquences de dessins animés.
Le premier des deux films, Saludos Amigos est sorti en 1943 et comportait des standards latinos tels que « Tico Tico » et « Brazil. » L'une chanson composée spécialement pour le film, « Saludos Amigos » a été écrite par Ned Washington et Charles Wolcott, qui admit avant le voyage que « ma seule expérience de la musique latino est le son de Xavier Cugat ».
Apparemment, le public et l'Académie des arts et des sciences de cinéma ont aimé ce qu’ils voyaient et entendaient. Le film fit un tabac au box-office à la fois au nord et au sud de la frontière alors que « Saludos Amigos » était nominé pour la meilleure chanson et la musique originale, composée par des piliers tels Ed Plumb, Paul J. Smith et Wolcott fut elle aussi nominée pour la meilleure musique de film musical.

 Paul Smith devant sa moviola

Le deuxième des deux films latino-américains Les Trois Caballeros montrait Donald Duck, Joe Carioca et un nouveau personnage Panchito, dans une farce musicale à travers le Mexique et l’Amérique du Sud.
Des neuf chansons composées pour le film, deux devinrent des tubes : « Baia » et « La Chanson du Bonheur » écrite par Agustin Lara et Ray Gilbert interprétée par la star latino-américaine Dora Luz.
Peut-être aucune autre chanson du panthéon de Disney n’a acquis une telle popularité que « Zip-A-Dee-Doo-Dah », l’air irrésistible, plein d’entrain et d’optimisme de Mélodie du Sud qui n’est rien moins devenu que l’hymne du bonheur. Ecrite par Allie Wrubel et Ray Gilbert, « Zip-A-Dee-Doo-Dah » ne s’est pas contenté de truster le hit-parade 1946, il a également remporté l’Oscar pour la Meilleure chanson.
Mais l’incroyable succès de la chanson ne s’est pas arrêté là. Elle est devenue un standard incontournable, en atteignant des sommets avec des interprétations de gens plutôt inattendus. Le producteur Phil Spector donna à « Zip-A-Dee-Doo-Dah » sa marque de fabrique avec son traitement du « mur de son » en 1962 et la propulsa au Top 10 grâce à l’interprétation de Bob B. Soxx and the Blue Jeans. La chanson apparaît également dans d'autres films. Par exemple, en 1984 sort Splash, Tom Hanks se livre à une interprétation désinvolte de « Zip-A-Dee-Doo-Dah » après avoir passé une nuit torride avec le personnage de la sirène joué par Darryl Hannah.


Le compositeur Edward Plumb entre deux séances d'enregistrement

Légèrement éclipsée par le succès de « Zip-A-Dee-Doo-Dah », « Chacun de Nous a son Petit Coin de Bonheur » était une autre chansonnette pleine de rythme écrite pour Mélodie du Sud. Également composée par Wrubel et Gilbert, « Petit Coin de Bonheur » est chantée par Johnny Lee dans le rôle de Monsieur Lapin avec la petite « assistance » de Nicodemus Stewart pour Monsieur Ours.
Au milieu des années 40, le studio de Disney sortit toute une série de films composites, films dans lesquels une série de courts métrages animés se succèdent dans un seul film. La raison de ces films était à la fois personnelle et pratique. D’un point de vue personnel, Walt Disney avait toujours voulu donner une suite à Fantasia mais d’un point de vue pratique, le coût de production d’un tel film (sans parler de l’improbabilité de gagner un quelconque argent avec ça étant donné le manque de succès du premier film) rendait toute nouvelle entreprise ambitieuse impossible, en considérant tout spécialement la position financière plus que précaire du studio Disney à cette époque.


Edward Plumb

Il fit alors un compromis. Plutôt que d’utiliser de la musique classique pour ces films, qui pensait-il ferait fuir les gens, il choisit des chansons dans l’air du temps et des interprètes célèbres comme moyens d’améliorer l’attrait de chaque film au box-office. Le résultat fut quatre films – La Boîte à Musique (1946), Coquin de Printemps (1947), Mélodie Cocktail  (1948) et Le Crapaud et le Maître d’Ecole (1949) composés de séquences musicales pleines de fantaisie.


Jerry Colonna dans Make Mine Music

Parmi les interprètes auxquels Walt fit appel il y avait des artistes aussi célèbres que les Andrews Sisters, Jerry Colonna, Nelson Eddy, Benny Goodman, Dinah Shore, Roy Rogers, Fred Waring and the Sons of Pioneers et Freddy Martin et son orchestre. Hélas, en dépit de la présence de telles stars, aucun de ces films ne reçut d’accueil critique ou public favorable. Cependant, ils contenaient quelques bons morceaux comme « Le Ciel est Bon pour Moi » extrait de la séquence « Johnny Pépin de Pomme » dans Mélodie Cocktail. Écrite par Kim Gannon et Walter Kent, la chanson est interprétée par Dennis Day et continue à être chantée par les enfants aujourd'hui, peu d’entre eux savent qu'elle est extraite d'un film de Disney.


Nelson Eddy dans The Whale Who Wanted to Sing at the Met

Danny, le Petit Mouton Noir sorti en 1949, a longtemps été considéré comme l’un des films préférés de Walt Disney. « Danny était particulièrement proche de moi » dit-il une fois dans une entrevue. « C’est la vie que mon frère et moi avons connu étant enfants dans le Missouri».
Le film, une pièce musicale d’une période légèrement oubliée qui raconte l'histoire d'un garçon et de son mouton, était la dernière étape avant que Walt ne réalise son premier film entièrement en prises de vues réelles L’Ile au Trésor en 1950. En fait, des critiques se plaignirent que les quelques brèves séquences animées ne faisaient qu’alourdir un joli film sans prétention.
Comme ce fut le cas avec beaucoup d’autres films Disney, une grande partie du charme du film venait de sa musique. Dans ce cas, ce sont plusieurs chansons populaires, parmi elles « Lavande Bleue (Dilly, Dilly) » chantée par Burl Ives qui joue Oncle Hiram dans le film. « Lavande Bleue » écrite par Eliot Daniel sur des paroles du toujours présent Larry Morey reçue une nomination aux Oscars.

 Paul Smith

- LES CHANSONS DE TIN PAN ALLEY -

La sortie de Cendrillon en 1950 marqua le retour de Walt Disney au long métrage d’animation après une absence de presque dix ans, il représente aussi deux pas importants dans la façon de produire la musique pour ses films d’animation.

Le premier fut la décision d’utiliser des auteurs-compositeurs de musique pop en dehors de l’écurie Disney pour écrire les six chansons du film. Il continua à dépendre de son équipe pour la direction musicale et la musique originale (dans le cas de Cendrillon, ce furent les mains expertes Oliver Wallace et Paul J. Smith), mais pour les chansons il traversa le pays jusqu’à la célèbre Tin Pan Alley de New York où il engagea l’équipe d’auteurs-compositeurs Mack David, Jerry Livingston et Al Hoffman.

Walt rencontra le trio alors qu’il était en voyage à New York. Sur place, il entendit à la radio une nouvelle chanson pleine de rythme « Chi-Baba Chi-Baba » que les trois avaient écrite et que Perry Como avait enregistrée. Il fut tellement enthousiasmé par la chanson qu’il invita David, Livingston et Hoffman à une audition. « Nous avons joué un medley de nos chansons à Walt mais on pouvait voir qu’il aimait « Chi-Baba » » dit Livingston. « Je pense alors qu’il avait en tête quelque chose de similaire pour la scène magique de la Marraine la Bonne Fée [dans Cendrillon]. Mais il ne voulait pas quelque chose d’ordinaire comme « Ali Kazam » ».
Ce qu’il obtint fut « Bibbidi-Bobbidi-Boo » une chanson dans la même veine que « Chi-Baba » qui s'est avérée si populaire et si réussie qu’elle fut nominée pour un prix de l'Académie (la musique originale du film fut également nominée). Cependant, « Bibbidi-Bobbidi-Boo » n'était pas la première chanson que David, Livingston et Hoffman écrivirent pour Cendrillon. Cet honneur revint à « Tendre Rêve ». « Quand nous l’avons joué à Walt, il dit simplement : « Ca va marcher » et nous demanda d’enregistrer une maquette » se souvient Livingston. « Nous n'étions pas sûrs de savoir qui employer pour la voix puisque nous étions nouveaux à Hollywood. Au final, Mack s'est rappelé que Ilene Woods, une chanteuse que nous connaissions du Hit Parade, habitait maintenant à Hollywood, nous l'avons alors embauché. Quand Walt a entendu sa voix, il fut enthousiasmé. La seule chose que nous savons, c’est qu’elle a été engagée pour jouer la voix de Cendrillon. »

La deuxième étape importante que le film marqua pour la musique de Disney fut la création de la propre compagnie d'édition de la musique du studio. Cela permit à Walt de contrôler enfin les droits de ses chansons et d’avoir qui il voulait pour les enregistrer.


Al Hoffman, Mack David et Jerry Livingston, les compositeurs de Cendrillon (1950)

Tin Pan Alley ?
Pour Cendrillon et Alice au Pays des Merveilles, Walt Disney se tourna pour la première fois vers la Tin Pan Alley et les compositeurs de chansons Mack David, Jerry Livingston et Al Hoffman, qui ont fini par écrire des classiques de Disney tels que « Bibbidi-Bobbidi-Boo » et « La Chanson du Non-Anniversaire ». Mais qu'est-ce que la Tin Pan Alley au juste ? Tin Pan Alley était à l'origine la 28ème rue dans le quartier de Manhattan à New York City, où beaucoup des plus grands éditeurs de chansons des Etats-Unis ont eu leurs bureaux au tournant du siècle dernier. Chaque éditeur employait une armée de compositeurs de chansons qui travaillaient dans de petits bureaux meublés avec rien de plus que des pianos et des pupitres. Durant l’été, les auteurs ouvraient leurs fenêtres dans un futil effort d'obtenir quelque soulagement de la chaleur suffocante de New York (puisque la climatisation n'existait pas encore). Le bruit qui provenait des pianos faisant écho dans la rue donnait l'impression que des personnes tapaient sur des casseroles d’étain [banging on tin pans], par conséquent, « Tin Pan Alley ». L'apogée de la Tin Pan Alley fut vraiment avant la Seconde Guerre mondiale, mais les auteurs continuèrent à travailler et à se rassembler dans le secteur, y compris David, Livingston, Hoffman, Sammy Fain, Sammy Cahn et Bob Hilliard.
La vieille Tin Pan Alley connut une sorte de renaissance vers la fin des années 50 et au début des années 60 quand Don Kirshner forma Aldon Music et la localisa dans le Brill Building juste au coin de la 28ème rue. Des compositeurs de chansons (et plus tard des interprètes) comme Carole King, Neil Sedaka et Neil Diamond y ont fait leur début.


Le résultat fut un défilé de tubes extraits du film enregistrés aux goûts de Perry Como et des Andrews Sisters. En fait, à un moment en 1950, trois chansons de Cendrillon furent au Hit Parade. « Bibbidi-Bobbidi-Boo » et « Tendre Rêve », toutes les deux chantées par Perry Como, partagèrent les deux premières places, alors que la version des Andrews Sisters de « C’est pas une Vie » n'était pas loin derrière. Les versions de « Bibbidi-Bobbidi-Boo » et « Tendre Rêve » du film contiennent les voix de Verna Felton pour La Marraine la Fée et d’Ilene Woods pour Cendrillon.

En outre, l'album de RCA comportant des chansons du film s’est vendu à 750 000 exemplaires dans sa première année, faisant de lui la meilleure vente d’albums pop du magazine « Billboard », un exploit rare pour ce qui était considéré comme un album pour enfants.

 Bob Hilliard, compositeur d'Alice au Pays des Merveilles

 Samy Fain, compositeur d'Alice au Pays des Merveilles

Pour Alice au Pays des Merveilles en 1951, Walt se tourna à nouveau vers la Tin Pan Alley, principalement parce qu'il sentait que le film aurait une abondance de chansons nouvelles, quelque chose que la troupe de la Tin Pan Alley était tout à fait à même de produire. Cette fois, il se tourna vers l'équipe d’auteurs-compositeurs Bob Hilliard et Sammy Fain qui contribuèrent à la plupart des titres y compris « Je Suis en Retard ».


Walt Disney et le compositeur Oliver Wallace

« La version originale [de « Je Suis en Retard »] était quelque peu différente, pas aussi rapide» se souvient Fain. « Nous l’avions joué pour Walt et il l’aimait. Mais cette nuit-là, je repensais à elle et j’écrivis finalement une seconde version. Le jour suivant j’y suis retourné pour voir Walt et j’ai joué pour lui, il était enchanté. Il y a peu de studios que je connais où vous pouvait entrer pour voir le big boss et avoir son avis sur une chanson ».

Peut-être la chanson la plus célèbre et la plus durable d' Alice au Pays des Merveilles fut la « Chanson du Non-Anniversaire », écrite par Mack David, Jerry Livingston et Al Hoffman, l'équipe responsable des chansons de Cendrillon. La chanson vient pendant la scène du thé du Chapelier Fou, qui avant que le trio d’auteurs-compositeurs ne mettent la main sur elle, s'était avérée être l'un des points de désaccord principaux dans le développement du film.
« Un jour Walt nous demanda de lui donner des idées, même si nous n'étions pas dans le film », raconte Livingston. « Il y avait ici une scène majeure de 10-15 minutes qu'ils ne savaient pas comment aborder. Au final, Mack David proposa l'idée du « non-anniversaire ». Comme il y a 364 jours de non-anniversaire tous les ans, c’était une excellente raison pour une folle partie de thé ». 

Alice au Pays des Merveilles comporte 14 chansons originales, davantage que n’importe quel autre long métrage animé de Disney. Hilliard et Fain écrivirent la plupart d’entre elles. Sept autres auteurs dont l’équipe David-Hoffman-Livingston contribuèrent aux chansons.

Sammy Fain redevint le principal compositeur des chansons de Peter Pan en 1953, mais cette fois il travailla avec le parolier Sammy Cahn. Ensemble, les deux Sammy écrivirent cinq des huit chansons du film dont « La Deuxième Petite Etoile » et « Tu t’Envoles » .
Ironiquement, Sammy Fain remporta l’Oscar de la meilleure chanson pour 1953 mais pas pour ce qu’il avait écrit pour Peter Pan. Lui et le parolier Paul Francis Webster remportèrent le prix avec « Secret Love » du film « Calamity Jane ». (Une année plus tard, ce fut au tour de Sammy Cahn. Il joignait ses forces à celles du compositeur Jule Styne et remporta l’Oscar pour « Three Coins in a Fountain » du film du même nom).

Quand Walt Disney commença à travailler sur La Belle et le Clochard (1955), il choisit la chanteuse Peggy Lee pour la voix de Lady. Mais au fur et à mesure que l'histoire se développait et que Lee s’impliquait de plus en plus dans le processus, elle commença à voir des possibilités de chansons à travers le film. Walt fut tellement intéressé par ses idées et suggestions qu'il l'a remplaça par Barbara Luddy pour la voix de Lady - et lui assigna la tâche d’écrire toutes les chansons du film.


Peggy Lee et Sonny Burke, les compositeurs des chansons de la Belle et le Clochard

Lee le fit en équipe avec Sonny Burke et écrivit cinq chansons pour La Belle et le Clochard dont « Bella Notte » qui sert de musique d’ambiance pour la scène romantique dans laquelle Lady et le Clochard mangent des spaghettis. La participation de Lee ne s’est limitée seulement à l’écriture des chansons, cependant. Elle est également les voix de Peg, Darling, des chats siamois, et elle chante « Il se Traîne ».

Hormis Fantasia, la musique originale « la plus adulte » écrite pour un film d’animation Disney fut l'adaptation par George Bruns du ballet de « La Belle au Bois Dormant » de Tchaïkovski, qui comme musique de La Belle au Bois Dormant (1959) a été nominée à un prix de l'Académie.
Brun coécrivit également toutes les chansons du film sauf une « J’en Ai Rêvé » qui a été écrite par Sammy Fain et Jack Lawrence (avec un grand emprunt à Tchaïkovski puisque la musique de la chanson est basée sur son œuvre). Mary Costa pour Princesse Aurore et Bill Shirley pour le prince Philippe partagèrent leur voix pour la plus tendre des chansons d’amour.
Bien qu’aucune des chansons de La Belle au Bois Dormant ne fut nominée aux Oscars, la sélection de la meilleure chanson ressemblait à un « Who’s Who » de compositeurs qui a à un moment ou un autre travaillèrent pour Disney. Le gagnant de l’Oscar cette année fut « High Hopes » co-écrite par Sammy Cahn, qui avait participé à Peter Pan. Egalement nominé pour 1959 furent les auteurs de la « Chanson du Non-Anniversaire » d’Alice au Pays des Merveilles Jerry Livingston et Mack David (pour « The Hanging Tree »), le parolier de « Quand On Prie la Bonne Etoile », Ned Washington (pour « Strange Are the Ways of Love ») et Cahn à nouveau (pour « The Best of Everything »).

« Cruella D’Enfer » est sans conteste la chanson la plus impertinente jamais écrite pour un film Disney. On ne sait pas si son auteur, Mel Leven, fit autant fortune que le Roger Radcliff du film, mais malgré une chanson intelligente et entrainante, elle n’a pas vraiment crevé les plafonds des charts américain dans la vraie vie comme le fit le monde animé des 101 Dalmatiens en 1961. Cependant, elle a connu plus tard une espèce de culte mis en évidence par une version du groupe de rock The Replacements en 1988 qui devint alors un classique underground sur les stations de radio universitaires et alternatives.


George Bruns au trombone

George Bruns
Quand George Bruns commença à travailler au studio Disney en 1955, une de ses premières tâches fut d'adapter le ballet de « La Belle au Bois Dormant » de Tchaikovski en long métrage animé La Belle au Bois Dormant qui était la prochaine production majeure. Cela provoqua l’anecdote suivante impliquant Bruns et Walt Disney comme décrite par un membre du studio : « George avait écrit de la musique pour une séquence et Walt était appelé pour l’écouter. La séquence terminée, Walt dit : « Ca paraît pas mal… et la musique sonne grand ». Soudainement, quelqu'un s'est rendu compte que Walt n'avait pas rencontré Bruns, ainsi il dit : « Oh, d'ailleurs Walt, voici George Bruns. Il compose la musique de La Belle au Bois Dormant. George se leva pour se présenter du haut de son mètre quatre vingt-douze et de ses 115 kilos ! Walt le regarda avec surprise et dit : « Heureusement que je n'ai dit rien de méchant au sujet de la musique ». La musique de Bruns pour La Belle au Bois Dormant fut nominée pour un Oscar et a entamé le début d’une longue et fructueuse carrière avec Disney. Bruns a également composé la musique des 101 Dalmatiens, Monte Là-dessus, Babes in Toyland, Merlin l’Enchanteur, Le Livre de la Jungle et Robin des Bois. Ses chansons incluent « Douce Aurore » de La Belle au Bois Dormant, « The Workshop Song » de Babes in Toyland et la « Ballade de Davy Crockett » de la série du même nom.


George Bruns, compositeur de la Belle au Bois Dormant (1959) étudie la partition de Blanche-Neige et les Sept Nains (1937)

- La marche des Sherman chez Disney - 

En 1961, Walt Disney fit quelque chose qu’il n’avait encore jamais fait auparavant : il engagea un duo d’auteurs-compositeurs dans son équipe.
Walt avait toujours employé des compositeurs dans son équipe, des gens aussi talentueux que Carl Stalling, Bert Lewis, Frank Churchill, Paul J. Smith, Oliver Wallace, Ed Plumb et George Bruns pour écrire et arranger les musiques originales de ses dessins animés et longs métrages, mais il n’avait jamais eu quelqu’un dans son équipe dont le seul travail serait d’écrire les chansons. Quand il avait besoin d’un air, il se tournait soit vers des compositeurs extérieurs au studio à l’image des vétérans de la Tin Pan Alley ou des auteurs-compositeurs freelance comme Sammy Fain et Sammy Cahn soit il donnait la mission à son équipe de compositeurs qui, bien qu’excessivement compétents pour les mélodies, se tournaient inévitablement vers des personnes extérieures au Studio pour les paroles (comme ce fut le cas avec les chansons de Blanche-Neige et les Sept Nains qui contiennent la musique de Churchill et les paroles de Morey dont le travail réel était directeur de séquence pour le film).
Mais en 1961, Walt engagea un duo de frères auteurs-compositeurs du nom de Richard M. et Robert B. Sherman. Cela va s’avérer être un bon choix.

Au cours des années, les Sherman ont écrit plus de 200 chansons pour les films, les émissions télévisées, les parcs à thèmes et les disques de Disney, dont beaucoup sont devenus des classiques intemporels.

Mais en fait, il semblait seulement normal et naturel que les Sherman finissent un jour par travailler pour Disney. « Notre première impression de Hollywood quand nous sommes arrivés tout jeunes en 1937 a été la rue en face du Carthay Circle Theater » se souvient Robert Sherman. « Elle était resplendissante avec les personnages de Disney pour la première de Blanche-Neige et les Sept Nains. Quelle façon inoubliable de voir Hollywood pour la première fois ».

Walt connaissait déjà bien les deux frères avant qu'ils ne fassent partie de son équipe. Ils avaient composé la musique de la série télévisée Zorro en tant qu’auteurs freelance et de manière plus significative, ils avaient écrit plusieurs chansons pour Annette Funicello, y compris les tubes « Tall Paul » et « Jo-Jo the Dog-Faced Boy » qu'elle avait enregistré chez Disneyland Records. (En tout, les Sherman écrivirent 36 chansons pour Annette, y compris « Strummin’ Song » et « Mister Piano Man ».)

Les frères Sherman
Avant de rejoindre Disney, Richard et Robert Sherman ont écrit des chansons pour Annette Funicello qui attirèrent l'attention de Walt Disney. « Walt avait besoin d'une chanson pour ce film avec Annette » se souvient Richard. « Qui sont ces types qui écrivent des chansons rock’n’roll ? Faites les venir ici pour faire cette chanson ». Ainsi les Sherman écrivirent « Strummin’ Song » pour « The Horsemasters » [« Les Maîtres des Chevaux »], un drame en deux parties programmé pour « Walt Disney’s Wonderful World of Color » en 1961. Mais ce n'était pas la fin de l'histoire. Un jour, les deux frères jouèrent la chanson dans le bureau de Disney. « Mais il commença par nous parler d’un film totalement différent » raconte Robert, « au sujet de ces deux filles qui se rencontrent pendant une colonie de vacances et qui sont jumelles ». Même après qu'ils jouèrent « Strummin’ Song » pour lui, Disney ne pouvait pas faire sortir de son esprit l'autre film. Il remit alors aux Sherman un manuscrit et leur demanda de réchléchir à la chanson titre. À ce moment-là, le film était appelé « We Belong Together ». Les deux frères écrivirent alors une chanson entraînante appelée « Let’s Get Together ». Disney l'a aimée, mais il y avait un problème : le titre du film avait changé. Les Sherman écrivirent alors une autre chanson, « For Now, for Always ». Disney apprécia également cette chanson, seulement il y avait un autre problème. Le titre du film avait encore changé. Avant que Disney ne choisisse finalement « The Parent Trap » [« la Fiancée de Papa »] comme titre pour le film, les frères Sherman avaient écrit quatre chansons dans quatre styles complètement différents. Heureusement, leur travail n'a pas servi à rien. Toutes les chansons se retrouvèrent dans le film, y compris l'air final du titre, « The Parent Trap » (chanté, d'ailleurs, par Tommy Sands et Annette).


Le premier film d’animation auquel les frères Sherman participèrent fut Merlin l’Enchanteur (1963) pour lequel ils écrivirent six chansons dont « Higitus Figitus, » une chanson absurde dans la même veine que « Bibbidi-Bobbidi-Boo ».

Le film fut pour les Sherman le premier vrai test dans l’écriture des chansons pour un film entier. Jusque-là, leur talent n’avait été utilisé que pour écrire des chansons isolées dans des films Disney en prises de vues réelles comme Moon Pilote [Un Pilote dans la Lune], Bon Voyage ou Son of Flubber [Après Lui, le Déluge].

Apparemment Walt fut heureux de leur travail sur Merlin l’Enchanteur puisque une de leur prochaine tache était d’écrire les chansons pour le film qui allait devenir le couronnement de leur longue carrière : Mary Poppins.

Les Sherman s’impliquèrent dans le projet en 1960 quand Walt leur donna une série de courtes histoires de P.L. Travers construites autour d’une nourrice magique anglaise.
Comme Richard Sherman se souvient « Nous étions vraiment tombés amoureux de ces histoires. Quand nous avons ensuite rencontré Walt, nous lui avons montré sept histoires que nous avions sélectionnées comme nos choix pour le film. Il arriva avec un exemplaire du livre et nous avons découvert qu’il avait relevé les sept mêmes chapitres qu’il avait déjà décidé d’utiliser dans le film ».

Les Sherman commencèrent à travailler avec le scénariste Don DaGradi sur un traitement de l'histoire tout en ébauchant en même temps quelques chansons.

« Dès le début, nous avons vu cela en termes musicaux » dit Richard Sherman. « Nous avons voulu faire une véritable fantaisie musicale de grande ampleur. Pour y parvenir, nous avons placé l'histoire dans le Londres édouardien. Nous avons réussi à convaincre Walt que c'était la bonne manière de procéder. Il nous a également donné la chance d'écrire la musique et les paroles avec une saveur « folk » et « music-hall » anglaise. »

Mais il y a un accroc à tous ces grands plans. Walt ne parvenait pas à obtenir les droits de ces histoires, bien qu’il essayait depuis près de 20 ans. Travers refusait tout simplement de les vendre parce qu’elle pensait que personne ne pourrait rendre justice à ses histoires et ses personnages.

Finalement, en 1962, avec l'aide des grandes lignes de l’histoire de DaGradi et plusieurs chansons que les Sherman avaient écrites : Walt pouvait persuader Travers de lui vendre les droits de « Mary Poppins ». On pouvait foncer.

Ecrire les chansons de « Mary Poppins » est un rêve d’auteur-compositeur » indique Robert Sherman. « Chaque chanson que nous avons faite avait un but, une raison d’être ».

Une des premières que le duo écrivit pour le film (composée avant que Walt n’ait obtenu les droits des histoires) fut « Supercalifragilisticexpialidocious », un air inspiré par une expérience d'enfance des Sherman.

« Quand nous étions petits garçons dans une colonie de vacances des Adirondack Mountains au milieu des années 30 » explique Richard Sherman, « nous avons entendu ce mot. Pas le mot exact, mais un mot similaire à « supercal. » C'était un mot qui était aussi long que le « antidisestablishmentarianism » [mot anglais de 28 lettres qui signifie l’opposition de reconnaître l'Etat par l'Eglise (uniquement par l'Eglise anglicane en Angleterre), équivalent en longueur à notre terme français d’ « anticonstitutionnellement »] et ç nous donné à nous gamins un mot qu'aucun adulte n'avait. C'était notre mot spécial et nous voulions que les enfants Banks aient le même sentiment ».

L’actrice Julie Andrews qui joua Mary Poppins (et gagna l’Oscar de la meilleure actrice) contribua à la création d’une autre chanson du film. « Nous avions besoin d’une chanson assez tôt dans le film qui établirait un thème pour Mary Poppins » dit Richard. « Au début, nous avions une ballade sirupeuse. Mais quand Julie l’entendit, elle demanda à ce que nous faisions quelque chose avec plus de vitalité. »

Le résultat fut « Un Morceau de Sucre », la chanson que Mary Poppins chante pour obtenir que les enfants Banks rangent leur chambre.
La ligne mélodique de la chanson devint également le leitmotiv que l'arrangeur musical du film Irwin Kostal utilisa subtilement pour annoncer l’apparition de Mary Poppins dans les scènes tout au long du film.
Une chanson avec laquelle les Sherman luttèrent fut le thème de la chanson du ramoneur, Bert, joué par Dick Van Dyke. « Un jour, Bob [Sherman] vint avec une ligne « Un ramoneur, deux ramoneurs, trois ramoneurs » dit Richard Sherman. « J'ai quitté la pièce, les mots trottaient dans ma tête, quand soudain j’entendis une ligne mélodique dans ma tête qui fixait les mots. Je me suis précipité de nouveau vers Bob et la joua au piano. Ce fut la naissance de « Chem-Cheminée Chem-Chem cheroo »
En tout, 14 chansons écrites par les frères Sherman sont incluses dans « Mary Poppins ». Leur effort paya grandement. Leur musique permit aux Sherman de remporter un Oscar de la meilleure musique originale tandis que « Chem-Cheminée Chem-Chem cheroo » leur rapporta celui de la meilleure chanson. En outre, « Supercalifragilisticexpialidocious » est devenu un véritable tube, entrant dans le Billboard Hot 100 en août 1965.

Cependant, la musique n'était pas le seul aspect réussi de « Mary Poppins ». Le film lui-même fut un succès critique et commercial, recueillant 13 nominations aux Oscars, y compris celle du meilleur film. Au final, le film remporta cinq Oscars.

Pendant ce temps, au studio, les frères de Sherman écrivaient d’autres chansons pour d’autres projets Disney.

Pendant le tournage de « Mary Poppins », on leur demanda d’écrire une chanson pour un court métrage basé sur les histoires « Winnie l’Ourson » de A.A. Milne. Bien que les deux frères aient eu plaisir à lire les contes, ils semblaient ne pas parvenir à attraper l'esprit du mignon ours anglais.
Alors un jour ils se sont assis avec le concepteur des costume de « Mary Poppins », l’Anglais Tony Walton (qui était alors marié à Julie Andrews).

« Puisqu'il a été élevé en Angleterre, nous avons pensé qu'il pourrait avoir quelques idées » dit Richard Sherman. Elles furent judicieuses. Walton passa deux pleines heures à parler de Winnie l’Ourson, expliquant avec enthousiasme combien étaient importantes pour lui les histoires de Milne quand il était plus jeune.
« C’était comme si une porte s'ouvrait » dit Richard. « Soudainement nous comprenions comment lire les histoires, et nous les avons relues et avons obtenu ce genre d'abandon joyeux. Nous pouvions entrer dans la forêt des rêves bleus et être ces personnages… et alors les chansons commençaient simplement à sortir de nous. C’était délicieux. »

Le résultat fut « Winnie l’Ourson » qu’on entend dans trois moyens métrages de Winnie, « Winnie l’Ourson et l’Arbre à Miel » (1966), « Winnie l’Ourson dans le Vent » (qui a gagné l'oscar du meilleur sujet pour un court métrage animé en 1968) et « Winnie l’Ourson et le Tigre Fou » (1974).

Le long métrage d’animation suivant auquel les frères Sherman travaillèrent était « Le Livre de la Jungle » (1967), mais avant qu'ils ne soient impliqués le film était déjà en développement. En fait, une chanson clé avait déjà été écrite pour le film.

« C’est plutôt une bonne chanson » leur dit Walt Disney, « mais il [le film] a besoin d’un bon paquet de nouvelles chansons, et ça doit être des chansons amusantes ».

Les Sherman finirent par écrire cinq des six chansons du « Livre de la Jungle », y compris « Etre un Homme Comme Vous », une chanson de scat improvisée chantée dans le film par le Roi Louie, qui était lui-même doublé par le roi du scat lui-même, Louis Prima.

D'ailleurs, l'unique chanson du film non-écrite par les Sherman (la « plutôt bonne ») est « Il en Faut Peu Pour Etre Heureux », écrite par Terry Gilkyson et interprétée par Phil Harris dans le rôle de l’ours Baloo. La chanson a paru assez bonne pour remporter une nomination aux Oscars.

Désormais, vous devez avoir le sentiment que les frères de Sherman ont joué un assez grand et important rôle dans l’héritage musical de Disney et vous avez raison. Mais nous n’avons pas encore tout vu. Ni les frères Sherman d’ailleurs.

Pour le long métrage animé « Les Artistochats » (1970), les frères Sherman ont contribué à trois chansons supplémentaires, y compris la chanson de générique chantée par Maurice Chevalier. Le fait même que Chevalier accepte de chanter « Les Aristochats » était plutôt une surprise.

Phil Harris
Phil Harris jouait dans la boîte de nuit du Cocoanut Grove d’Hollywood quand il reçut un appel du studio Disney lui demandant de lire une réplique pour un long métrage animé. « Je ne pourrais pas le faire » dit-il. « Il y a tellement de gens dans le monde avec des voix formidables comme des chanteurs d'opéra, des annonceurs de radio et des acteurs, et Walt me voulait. Je n’en revenais pas ». On a demandé trois fois à Harris de jouer le rôle et trois fois il a décliné l’offre jusqu'à ce qu’un jour, par pure exaspération dit-il, « Je ne peux pas lire le texte de la manière dont il est écrit. Laissez-moi faire à ma manière et nous verrons ce que vous en pensez ». Ainsi Harris a interprété les lignes avec sa voix traînante et facile à vivre du sud et le personnage de l’Ours Baloo est devenu d’un petit rôle sans importance à la star du « Livre de la Jungle ». Harris a fini par avoir tellement de plaisir à faire « Le Livre de la Jungle » qu’il rempila pour deux longs métrages animés Disney supplémentaires, fournissant la voix de Thomas O’Malley le chat de gouttière des « Aristochats » et Petit Jean dans « Robin des Bois ».


Maurice Chevalier et les frères Sherman
La relation entre Maurice Chevalier et la famille Sherman remonte loin. Dans le film de 1930, « The Big Pond » avec Claudette Colbert, Chevalier chantait « Livin’ in the Sunlight, Lovin’ in the Moonlight » écrite par Al Sherman. Dans « Les Enfants du Capitaine Grant » (1962) avec Hayley Mills, Chevalier chantait « Enjoy It », une chanson écrite par les fils de Al Sherman, Richard et Robert. « Walt connaissait notre relation » dit Robert Sherman, « ainsi il a organisé une réunion au studio. Il a invité notre maman, notre papa et Maurice, et nous avons déjeuné ensemble. Ce fut une merveilleuse chose ». En plus de travailler avec Chevalier sur « Rentrez chez vous les Singes ! » et « Les Aristochats », les frères Sherman fournirent également inconsciemment au chanteur de charme français deux chansons pour son prochain album. « Tandis qu'il était ici aux Etats-Unis pour tourner « Rentrez chez vous les Singes » dit Richard « il alla à Disneyland et vit « It’s a Small World » et le « Carousel of Progress »… Il ne savait pas que nous avions écrit les chansons pour ces attractions. Il a dit : « J'aime ces chansons. Je veux les enregistrer. » Ainsi dans son album suivant, il les a enregistrés, plus « Joie de Vivre » [de « Rentrez chez vous les Singes »] ». « Non seulement cela », ajoute Robert, « mais pour les deux ou trois dernières années de sa vie, il a ouvert ses concerts avec « lt’s a Small World » et les terminait avec « There’s a Great Big Beautiful Tomorrow ». Nous étions très honorés par cela. » Le chanteur de charme français s’était retiré quelques années auparavant à l'âge de 80 ans, mais Walt Disney lui-même avait déjà parlé à Chevalier de faire un nouveau Retour pour « Rentrez chez vous les Singes » (1967).


Chevalier écrivit plus tard sur les raisons qui l’ont poussé à accepté d’enregistrer « Les Aristochats » : « Je ne l'aurais fait pour personne d’autre et pour aucune somme d'argent, sauf pour l'honneur de montrer mon amour et mon admiration pour le seul et l’unique Walt ».

De manière ironique, la chanson de Chevalier fut un hommage posthume à Walt Disney, qui est mort le 15 décembre 1966, plusieurs mois avant la sortie du « Livre de la Jungle » et avant même que « Les Aristochats » ne soit mis en production. Cela montre seulement le respect que les gens avaient pour lui et que son influence a perduré bien longtemps après sa mort.

Une autre chanson des « Aristochats », « Tout le Monde Veut Devenir un Cat » a été écrite par Floyd Huddleston et Al Rinker avec Louis Armstrong à l'esprit. Mais quand le trompettiste de jazz est incapable de jouer le rôle du chat Scat, les Scatman Crothers prennent le relais. La chanson contient également la voix de Phil Harris, notamment.

Le dernier film auquel les frères Sherman travaillèrent fut en tant que membres d’une équipe de compositeurs de chansons du studio Disney « L’Apprentie Sorcière » (1971), un film plein de fantaisie basé comme « Mary Poppins » sur une histoire anglaise, celle-ci écrite par Mary Norton.

Walt a en fait acquis les droits de « l’Apprentie Sorcière » avant et à un moment il était tellement exaspéré des négociations avec P.L. Travers pour « Mary Poppins » qu’il envisagea de mettre en chantier « L’Apprentie Sorcière » avant.
« Je me rappelle que juste avant que tout ait été obtenu sur « Poppins », nous avions un certain ennui à obtenir l’accord de P.L. Travers sur les chansons que nous avions écrites pour lui » rappelle Robert Sherman. « Un jour Walt est venu à nous et dit : « Ne vous inquiétez pas, les garçons, je vous ai acheté une autre histoire qui traite de magie. Si nous ne pouvons pas travailler avec Travers, nous pourrons utiliser votre travail dans l'autre film ».

« Supercalifragilisticexpialidocious » dans « L’Apprentie Sorcière » ? Naturellement, cela ne s'est pas produit. Au lieu de cela, des années plus tard, quand le film s’est finalement fait, les Sherman ont écrit une toute nouvelle série de chansons, y compris « L’Age de Vos Beaux Rêves » chantée par Angela Lansbury. La chanson et la musique originale ont été nominées aux Oscars.

Une autre chanson que les frères Sherman ont écrit pour « L’Apprentie Sorcière », « Nobody’s Problems », également chantée par Lansbury, mais elle a été coupée dans la version définitive du film.

Au début des années 1970, le studio Disney recommença à chercher des auteurs à l’extérieur toutes les fois qu'une chanson était nécessaire pour un film. En 1973, ce fut le « King of the Road » Roger Miller qui écrivit et chanta deux ballades pour « Robin des Bois », dont l’une d’elle est « Oo-De-Lally », une ode à l'expression préférée de Robin des Bois.


Joel Hirschorn, Al Kasha et Irwin Kostal, l'équipe de Peter et Elliott le dragon

En 1977, ce fut le retour de Sammy Fain au Studio pour la première fois depuis qu’il avait écrit les chansons pour « Alice au pays des merveilles », « Peter Pan » et « La Belle au Bois Dormant » et les récents auteurs oscarisés Al Kasha et Joel Hirschhorn.

 Sammy Fain et le compositeur Artie Butler

Faisant équipe avec les paroliers Carol Connors et Ayn Robbins (qui a également écrit les trois autres chansons du film), Fain (lui-même vainqueur d’Oscar, cependant pour aucune œuvre liée à Disney) écrivit « Quelqu'un Viendra »pour « Les Aventures de Bernard et Bianca».


Ayn Robbins et Carol Connors, les compositrices de Bernard et Bianca

Hirschhorn et Kasha qui ont gagné des récompenses de l’Académie pour « Morning After » de « Poseidon Adventure » (1972) et « We May Never Love Like This Again » de « The Towering Inferno » (1974) écrivirent les chansons de « Peter et Elliott le Dragon » (1977), un film combinant prises de vues réelles et animation qui était basé sur un synopsis de 13 pages que Walt avait approuvé avant sa mort. Une des chansons que le duo écrivit fut « Un Petit Point de Lumière » chantée par Helen Reddy. A la fois « Quelqu’un Viendra » et « Un Petit Point de Lumière » furent nominées aux Oscars (avec « The Slipper and the Rose Waltz » écrite par Richard et Robert Sherman qui écrivaient maintenant pour d'autres studios).

En 1981, les compositeurs Stan Fidel et Richard Johnston furent engagés pour écrire une chanson pour « Rox et Rouky » ils proposèrent « Deux Bons Copains » avec la voix de Pearl Bailey.

Et en 1988, Barry Manilow s’associa aux paroliers Jack Feldman et Bruce Sussman (du célèbre « Copacabana ») pour écrire « La Perfection, c’est Moi » pour « Oliver & Compagnie ». La chanson comprend la voix de Bette Midler (dans le personnage de Georgette, une caniche corrompue et choyée) et ressemblait à une retrouvaille entre Midler et Manilow (Manilow avait été l'arrangeur et l'accompagnateur de Midler au début de sa carrière).

« Ça fonctionnera »
Walt Disney avait une manière unique de montrer son enthousiasme pour les chansons écrites par son département musique. Robert Sherman se souvient de Walt Disney déclarer : « Ça fonctionnera » à propos de beaucoup des chansons. « C’était la chose la plus gentille qu'il pouvait dire au sujet de ce que vous aviez fait ». « Ce petit commentaire » ajoute Richard, le frère de Robert, « signifiait qu'il était disposé à mettre des centaines de milliers de dollars dans une séquence ou une attraction qui comporteraient votre chanson ». Un exemple du manque apparent d’enthousiasme de la part de Disney pour une des leurs chansons est venu quand ils ont écrit « Strummin’ Song » pour « The Horsemasters ». « Il nous a fait entrer dans son bureau où le piano était disposé et nous avons interprété la chanson pour lui » dit Robert. « Ouais, ça fonctionnera » fut tout qu'il déclara. Nous étions consternés. Aucun enthousiasme, aucune importance. Nous ne savions pas que Jimmy Johnson [directeur disque] pensait que Walt allait passer par la fenêtre tellement il était heureux ».
« Nous avons appris que « ça fonctionnera » était le compliment le plus chaleureux, le plus passionnant et le plus gentil », ajoute Richard.

Richard M. et Robert B. Sherman

- UNE RENAISSANCE MUSICALE -

« Oliver & Compagnie » représenta un pas modeste et pourtant significatif pour les films d’animation Disney : un retour à des films musicaux de grande envergure pour lesquels le studio était devenu célèbre au fil des années, mais lesquels étaient devenus de plus en plus rares dans les dernières décennies.

Le film contenait cinq chansons, collant toutes à une vieille tradition de Disney : les chansons doivent jouer une part intégrale et proéminente dans l’histoire sans l'éclipser ni la perturber.

« La musique devrait provenir du dialogue » dit le réalisateur du film, George Scribner, soulignant à nouveau un point que Walt Disney avait soulevé de nombreuses fois des années durant. « La meilleure musique fait avancer l'histoire ou définit un personnage. Le défi était de figurer des moments dans le film où la musique pourrait le mieux exprimer un concept ou une idée ».

Personne sans doute ne le sait aussi bien qu’un parolier new-yorkais du nom d’Howard Ashman, qui avec Barry Mann a écrit « Il était une fois à New York City » interprétée par Huey Lewis durant le générique de début d' « Oliver & Compagnie ».

Quand Ashman a été approché pour travailler au film animé suivant de Disney, « La Petite Sirène » (1989), il sauta sur l’occasion.

« L’animation est le dernier grand endroit pour faire des comédies musicales de Broadway » dit Ashman qui a écrit off-Broadway la sensationnelle « Petite Boutique des Horreurs » avec son partenaire, Alan Menken. « C'est un endroit dans lequel vous pouvez utiliser une autre série de compétences et une façon de travailler qui est plus la manière dont des pièces de théâtre et les comédies musicales sont faites. Dans la plupart des films, l’histoire semble venir d'abord et les chansons sont pensées après-coup ».

« Venant du théâtre musical », continue-t-il, « Alan et moi sommes habitués à écrire des chansons pour des personnages en situation. Pour « La Petite Sirène », nous avons voulu des chansons qui feraient vraiment avancer l’histoire et g arder la conduite à venir. »

Pour faire cela, les deux auteurs pensaient qu'il était important pour eux qu’ils soient impliqués dès le début dans le projet. Si cela semble familier, c’est qu’il y a une bonne raison. Aux débuts de l’aventure du Studio Disney, des musiciens de l’équipe travaillaient fréquemment avec l’équipe d’animation durant les étapes créatrices d’un film d’animation et le résultat fut des films tels que « Blanche-Neige et les Sept Nains », « Pinocchio » ou « Bambi ».
« Dans l’ancien temps », explique Menken, « la musique était écrite avant qu'ils aient commencé à animer. Et même une partie de la musique originale était composée avant. Nous avons voulu retourner à cette tradition avec « La Petite Sirène » en écrivant les chansons très tôt dans le processus de développement de l’histoire ».

Ce que Ashman et Menken voulaient réaliser avec « La Petite Sirène » n'était rien moins que le modèle classique des premiers films d’animation Disney. Le succès du film, tant critique que commercial, semble indiquer qu'ils ont atteint leur but. Non seulement « La Petite Sirène » a-t-elle battu tous les records pour un film d’animation, il a en plus gagné l’Oscar de la meilleure chanson et celui de la meilleure musique originale.

Les sept chansons entendues dans le film ont demandé 18 mois d’écriture et d’affinage à Ashman et Menken.

« Ecrire des chansons est habituellement assez facile » dit Ashman. « La partie la plus difficile est ce que nous appelons « routining » qui signifie décider combien de fois on répète un morceau, soit en totalité soit en le coupant entièrement ».

« Partir Là-Bas » chantée par Jodi Benson dans le rôle d'Ariel est utilisée pour présenter le personnage et pour articuler ses rêves.

« Dans presque toutes les comédies musicales » dit Ashman, « il y a un moment, habituellement asez tôt dans le spectacle, où l’héroïne… chante ce qu’elle souhaite le plus au monde. Nous avons emprunté cette règle classique de la construction musicale type Broadway pour « Partir un Jour ».

Naturellement, une telle scène n’avait rien d’originale dans un film d’animation Disney – Blanche-Neige, Cendrillon et la Belle au Bois Dormant avaient fait la même chose bien avant Ariel – le fait est qu'aucune héroïne Disney ne l'avait fait depuis 30 ans.

Pour le personnage de Sébastien (doublé par Samuel E. Wright), qui chante « Embrasse-La » nominé aux Oscars et « Sous l’Océan » vainqueur de l’Oscar, Ashman et Menken ont donné une saveur toute caribéenne à la musique qui donne aux deux un côté rythmique et une sensation contemporaine.

« Nous en sommes venus à l’idée de donner à Sébastien une saveur des Caraïbes » dit Ashman, « Nous avions ainsi toute une gamme de styles calypso ou reggae avec lesquels jouer dans la musique. C'était une façon d’ajouter de l’énergie, du piment et un petit air pop contemporain ».

Samuel E. Wright
Sam Wright a littéralement sauté sur l’occasion pour faire la voix de Sébastien le crabe dans « La Petite Sirène ». Quand on lui a demandé d’improviser quelques mouvements pour aider les animateurs pendant les sessions d'enregistrement de « Sous l’Océan », il perdit tout contrôle. « Je me suis lâché et suis devenu dingue » se rappelle-t-il. « Je faisais des tours de baril, les renversant, sautant par-dessus et ce genre de choses. Quand ce fut terminé, toutes ces personnes me regardaient fixement ». Mais en fait Wright s’est toujours investi à fond dans ses rôles, que ce soit pour jouer le musicien légendaire Dizzy Gillespie dans le film « Bird » ou être une grappe de raisins dans les films publicitaires de sous-vêtements Fruit-of-the-Loom. Et encore, le rôle de Sébastien a une signification toute particulière pour Wright qui a transformé le crabe rouge en une espèce d’industrie familiale avec un certain nombre de spéciaux télévisés et de CD. « C'était quelque chose que je mourrais d’envie de faire » dit-il. « En fait, c’est la chose la plus importante que j’ai jamais faite. J’ai toujours lu comment [Disney] choisissait les voix et combien ils sont pointilleux et je suis fier de faire partie de ce qui est devenu un classique. J’ai un grand sourire sur mon visage chaque fois que je pense à ça. »


A nouveau, Ashman et Menken ont écrit les chansons et la musique de « La Belle et la Bête » (1991) et, tout compte fait, ils parvinrent à surpasser le succès qu’ils avaient connu avec « La Petite Sirène ».

Le film a surpassé tous les records établis par « La Petite Sirène » et les chansons écrites par le duo croulèrent sous les récompenses, y compris les oscars pour la meilleure chanson et la meilleure musique originale, et applaudissements, tels que celui du magazine « Newsweek » : « La musique originale la plus délicieuse de 1991 est « La Belle et la Bête » d’Alan Menken et Howard Ashman. Si l'armada grandissante des comédies musicales de Broadway préoccupés par le gigantisme avait la moitié de son charme et de son affectueuse habileté, les bateaux ne couleraient pas. »

Avant qu’Ashman puis Menken ne s’impliquent dans le film en 1989, « La Belle et la Bête » était un drame sérieux avec peu de musique et aucun humour. Selon le producteur Don Hahn, Ashman était la personne qui a convaincu l'équipe créatrice d'orienter le film dans une autre direction.

« Il a proposé l'idée de transformer les objets enchantés en créatures vivantes avec des personnalités uniques » dit Hahn. « Ce fut un grand changement. Il était également la force créatrice motrice en donnant au manuscrit sa musicalité. »

Avec Ashman et Menken à bord, la production de « La Belle et la Bête » commença vers la fin de 1989.

« Une des premières choses qu’Howard et moi avons fait quand nous avons commencé à travailler sur ce projet fut de s'asseoir et de jeter en l'air quelques idées de musique » indique Menken. « Il avait habituellement une idée de base du style de chanson qu'il voulait écrire et parfois même un titre ou quelques paroles déjà terminées. Alors il demanderait ce à quoi la musique pourrait ressembler si nous allions écrire un certain genre de chanson et je m’asseyais au piano et laissait filer ».

« Howard avait la faculté de trouver ce qu’il aimait et ensuite de l’écrire. Nous avions une sorte de sténographie entre nous et nous partagions chacun un fond de comédies musicales aimées et avons grandi avec les mêmes influences ».
Les deux écrivirent six chansons pour le film dont la chanson nominée aux Oscars « C’est la Fête » et la chanson oscarisée « Histoire Eternelle » (une autre chanson, « Belle » fut aussi nominée faisant de « la Belle et la Bête » le premier film ayant jamais eu trois chansons nominées pour le même film aux Oscars. Le film fut également le premier long métrage animé à être nominé à l’Oscar du meilleur film).
« C’est la Fête » devait à l’origine être chantée pour le père de Belle, Maurice. « La chanson avait déjà été enregistrée et la séquence partiellement animée quand nous avons décidé qu’elle aurait plus de sens si elle était dirigée vers Belle » dit Gary Trousdale, l’un des réalisateurs du film. « Après tout, elle est l’un des deux personnages principaux et l’histoire tourne autour d’elle après son arrivée au château. Nous avons dû rappeler toutes les voix au studio pour changer toutes les références au sexe qui apparaissait dans l’enregistrement original ».
D’après Menken, la simplicité est la clé de la chanson « Histoire Eternelle ». « Nous voulions qu’elle soit douce et petite, par opposition à quelques ballades qui sont grandes et héroïques dans la portée. La chanson a été écrite avec Angela Lansbury à l’esprit et nous avons continué à imaginer sa voix et quelle bonne actrice elle était, aussi bien que chanteuse. »

Menken a également admis que lui et Ashman avaient une intention ultérieure. « Dans tous nos projets, nous n’avons jamais réalisé la ballade relevable », raconte-il à « Newsweek ». « Nous étions déterminés à l'avoir cette fois. »

Ils l'ont obtenu. En plus de l'interprétation de Lansbury dans le film, une version pop de la chanson a été enregistrée par Céline Dion et Peabo Bryson (elle est entendue lors du générique de fin et, oui, elle devenue un véritable tube, atteignant le Top 10 du magazine « Billboard » Hot 100 chart).

A suivre...