La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

 Fantasia nouvelle génération

Quand Fantasia sortit en 1940, Walt Disney le voyait comme un commencement, le premier d'une série de films mariant animation et musique classique. Il voyait là une occasion unique de laisser la musique inspirer nos émotions. "Ce pourrait être, dit Walt, un voyage infini à la découverte d'un monde de couleurs, de son et de mouvements."

Le rêve de Disney de faire une suite à Fantasia connut cependant un arrêt brutal quand l'original fit perdre beaucoup d'argent lors de sa première sortie. Maintenant, près de soixante après sa première, Roy E. Disney est convaincu que le concept original de Walt est une idée à laquelle il faut revenir. Fantasia revit à nouveau avec le nouveau Fantasia 2000 qui a fait sa première mondiale au Carnegie Hall de New York le 17 décembre 1999.

Du premier au dernier dessin, Roy E. Disney, le fils de Roy O. Disney - le frère de Walt et partenaire d'affaires qui eut à financer le premier Fantasia - fut la pierre angulaire de Fantasia 2000. En tant que vice-président de The Walt Disney Company et producteur exécutif de Fantasia 2000, Disney commença par choisir la musique et mit en chantier le développement de sept nouvelles séquences à la fin de l'année 1991. Crucial, fut aussi son voyage à New York City la même année pour demander à James Levine s'il voulait bien diriger un extrait du film de trois minutes : la Cinquième Symphonie de Beethoven. "Les trois bonnes minutes seraient grandioses" repliqua le maestro en souriant.

Le chef d'orchestre Levine, le directeur artistique du New York's Metropolitan Opera, n'oublia jamais la projection du Fantasia original quand il était enfant. "Encore aujourd'hui, je trouve que c'est un moment inoubliable quand Mickey serre la main de Leopold Stokowski" dit Levine. Depuis lors, Levine a dirigé plus de 1 750 opéras au Met et manié la baguette à quatorze représentations des spectacles des ténors Luciano Pavarotti, José Carreras et Plácido Domingo.

Avant que Disney ne sache qu'il fut assuré d'avoir une star pour diriger l'ouverture de la musique symphonique la plus célèbre du monde, il engagea le réalisateur Hendel Butoy. Puis vint le producteur Don Ernst. Progressivement, Roy Disney rassembla une équipe prestigieuse d'artistes, de musiciens et techniciens, les orientant tous vers le même but : un Fantasia 2000 qui exprimerait les espérances de l'humanité pour le nouveau millénaire.
Disney commença par distribuer des cassettes de musique à des artistes-clés, leur demandant ce que la musique leur inspirait. Il eut bientôt les meilleurs artistes du nouvel âge d'or de la Walt Disney Company qui répondirent de façon aussi unique que leur personnalité. Quatre animateurs, à la demande de Disney, essayèrent d'associer leur visualisation avec l'oeuvre de Beethoven mais échouèrent. Puis Pixote Hunt, qui avait conçu et préparé l'ouverture panoramique de Bernard et Bianca au Pays des Kangourous (1990), vit dans le pa pa pom d'ouverture de Beethoven quelque chose de magique et vint à dessiner une cascade de lumière se mouvant sur un tempo allegro con brio.

Puis, commença le travail de recherche pour fournir une liste de séquences pour le film. Eric Goldberg qui anima le Génie dans Aladdin (1992) eut à réaliser et animer "Le Carnaval des Animaux" de Camille Saint-Saëns et "Rhapsody in Blue" de George Gerschwin. Francis Glebas, qui allia la marche "Pompe et Circonstance" de Sir Edward Elgar avec l'histoire de l'arche de Noé, engagea Tim Allen, animateur de Pumbaa, pour animer Donald et Daisy. Les co-réalisateurs Paul et Gaëtan Brizzi, les frères qui créèrent la séquence de la chanson d'Esmeralda dans la cathédrale pour Le Bossu de Notre-Dame (1996), se chargèrent d'une éruption volcanique dans "L'Oiseau de Feu" de Igor Stravinsky. Butoy, co-réalisateur de Bernard et Bianca au Pays des Kangourous réalisa et anima "Les Pins de Rome" d'Ottorino Respighi et le concerto pour piano n°2 de Dimitri Chostakovitch dans des dimensions que leurs compositeurs n'auraient jamais imaginées : avec des baleines à la place des pins dans le premier ; avec l'histoire du petit soldat de plomb de Hans Christian Andersen pour le second.

Fantasia 2000 devint une histoire d'amour pour Roy E. Disney. "Une des choses que Fantasia accomplit, dit-il, c'est d'avoir hissé l'animation au rang d'art. Je pense que chaque animateur qui a vécu depuis lors, dans un certain sens, a été influencé par lui. Je pense qu'une partie de cela tient au charme de l'idée. Mettre simplement de jolies images avec de la jolie musique."
 
"Dans le Fantasia originel, Walt donna carte blanche à l'équipe artistique du studio pour explorer de nouvelles techniques et idées" dit Dave Bossert, le coordinateur artistique et le responsable des effets spéciaux sur Fantasia 2000. "Roy, en combinant sept nouvelles séquences avec L'Apprenti Sorcier du film original, permit à une nouvelle génération d'artistes de repousser les limites de l'animation et de nos imaginations".

L'Apprenti Sorcier est, à ses yeux, une histoire de Mickey sur la nature humaine : le personnage central emprunte le chapeau magique du sorcier afin d'ensorceler un balai qui portera l'eau à sa place, mais il ne sait plus comment l'arrêter. Joe Grant, âgé de 91 ans, fut co-scénariste (avec Dick Huemer) du Fantasia original et contribua à créer le concept de base de l'histoire du "Carnaval des Animaux" pour Fantasia 2000. Il pense que la personnalité de Mickey Mouse ne fut jamais autant cerner que dans L'Apprenti Sorcier. Nous voyons vraiment Mickey tel que Walt l'envisageait. "Il est plein de gaieté sans être malicieux" disait Walt.

Le même genre d'emphase sur la beauté et le souci du détail se retrouvent dans "Les Pins de Rome" de Respighi, l'histoire d'une baleine perdue, extrait de Fantasia 2000. Appeurée lorsqu'elle voit les ombres de ses parents sur les parois de la cavité de glace dans laquelle elle s'est perdue, la petite baleine à bosse trouve une lumière qui la ramène vers le cocon familial. Dans leur joie, les baleines s'envolent dans les airs pour un voyage mystique.
Contrairement à Fantasia, beaucoup de cette beauté vient ici de la technologie numérique. "L'eau nous donne une impression de profondeur que nous ne pouvons pas obtenir avec une eau traditionnelle, à deux dimensions".

"En mai 1991, Roy m'envoya des copies de trois ou quatre oeuvres musicales pour connaître mes réactions", se souvient Butoy. "Les Pins de Rome" furent une révélation. J'avais toutes sortes de sensations de voltige qui allait avec cette oeuvre, comme si ça me transportait dans les airs, voulant me mener quelque part."

Quand il entendit pour la première fois le passage dirigé par Levine pour "Les Pins de Rome" qui, selon Butoy, exprime un voyage mystique, le superviseur à la réalisation fut transporté. "Respighi avait demandé à ce que trois trompettes soient placées à l'écart du reste de l'orchestre", explique Butoy. "Levine décida de disposer ces trompettes sur les troisièmes balcons du Chicago's Medinah Temple pour notre enregistrement. Et c'est à ce moment que je vis les baleines quitter l'eau. Ces trompettes sont le signal de départ pour le banc entier".
 
"Je pense que nous devons retourner au concept de Walt - le mariage de la musique et des images" dit le producteur Ernst. "Ce n'est pas seulement ce que vous voyez qui compte. C'est ce que vous écoutez au même moment qui crée l'émotion. Les deux éléments s'assemblent pour vous apporter un sentiment d'espoir".

Et quoique Roy E. Disney ne fléchit jamais dans sa conviction que Fantasia 2000 serait une contribution importante à l'art de l'animation, il voulut être sûr que lui et ses associés prennent du plaisir en le créant. "Si nous n'y prenons pas de plaisir", dit le coordinateur artistique Bossert, en riant, "comment réagirait notre public ?". 

John Culhane

John Culhane devint journaliste il y a plus de quarante ans en suivant les conseils de Walt Disney. Le septième livre de Culhane, "Fantasia 2000 : Visions of Hope" a été publié en décembre 1999 chez Hyperion, New York.