La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

Quel bon vent vous emmène ? De l'aveu général du studio, le catalyseur principal, outre la rencontre avec les Indiens de Virginie, fut l'écriture de la chanson "L'Air du Vent". Cette dernière, ainsi que la musique originale ont obtenu chacune un Oscar. Le producteur Thomas Schumacher mit Alan Menken en relation avec le parolier Schwartz pour la bande sonore. On s'aperçut très vite qu'elle contenait les ingrédients du film, le message, le ton, la dimension. La séquence fut donc définitivement adoptée, alors que le reste du scénario donna lieu à de nombreux changements.
Si les chansons dans l'ensemble sont à nouveau époustouflantes, on peut regretter pour celles-ci la volonté des artistes d'illustrer chaque mot, au lieu de se contenter de suggérer. Au surplus, la séquence multiplie les genres et les atmosphères, probablement dans le but de se montrer fidèle au message délivré par le titre même. Le problème ne viendrait-il pas tout simplement du fait que la mise en animation des amours humaines ne se présente jamais très bien ? L'on assiste ainsi aux charmants ébats d'un couple, se déroulant en tous lieux, sur terre ou sur mer, et il ne s'agit pas à notre avis d'un passage très inspiré, contrairement semble-t-il à l'opinion de l'équipe Disney. Ajoutée à cela la présence constante de ces feuilles qui n'en finissent plus de tournoyer de tous côtés, et bien qu'elles incarnent à l'évidence l'esprit de la mère de Pocahontas, on se surprend à souhaiter que l'automne se termine ! Cela étant, l'idée initiale de Gabriel d'évoquer la mère à travers une étoile qui descendrait vers le final du film, aurait certes trop ressemblé au contenu du Roi Lion.
Christian Renaut, De Blanche-Neige à Hercule

Lors de la sortie de Pocahontas, en 1995, le département d'animation était en train de revenir à Burbank pour prendre possession d'un élégant bâtiment neuf, de l'autre côté de la rue, face au site principal. (Ce nouveau bâtiment d'animation est comme il se doit surmonté d'une reproduction gigantesque du chapeau du magicien de L'Apprenti Sorcier).
Pocahontas s'inspire d'un événement historique réel, bien que grandement déformé par la légende : la relation entre Pocahontas, une jeune Amérindienne, et John Smith, un aventurier fanfaron qui participa à l'expédition britannique de 1607 vers la Virginie. Réalisé par Mike Gabriel et Eric Goldberg, le film raconte une histoire d'amour tout en distillant maladroitement des sous-entendus new age contrastant avec un thème secondaire politiquement correct présentant l'ancien monde corrompu comme un pollueur d'un nouveau monde édénique habité par de nobles chasseurs-cueilleurs vivant en harmonie avec la nature.
À un certain niveau, Pocahontas est un film plutôt courageux, car plus que tout autre long métrage animé de Disney, il fait le maximum pour séduire les adultes, éventuellement aux dépens des fans adolescents qui, traditionnellement, ont rendu ce genre de film économiquement viable. Malheureusement, les metteurs en scène ont une vision désespérément naïve des valeurs adultes. Le politiquement correct et l'artistiquement satisfaisant sont deux choses extrêmement différentes. La relation réelle entre Pocahontas et John Smith (en fait, la vraie Pocahontas a épousé un certain John Rolfe, et non John Smith) a probablement été empreinte d'une grande ironie. La version portée à l'écran est une niaiserie à l'eau de rose bâtie sur des clichés multiculturalistes.
Pourtant, ce film contient de bonnes choses. Essentiellement conçue et animée par Glen Keane, l'héroïne a une réelle présence et, ainsi que l'a remarqué le producteur James Pentecost, les paysages jouent un rôle-clé dans le récit. "Vu avec un regard d'Européen, dit Pentecost, c'est un nouveau monde mystérieux - à la fois merveilleux et angoissant... D'un point de vue indien, c'est un endroit totalement différent dans lesquels les arbres et les animaux sont non seulement familiers, mais possèdent en outre des pouvoirs définis par la mythologie propre à la tribu".
Selon les critères standards, Pocahontas fut un succès au box-office. Toutefois, ses recettes furent modestes comparés à celles de ses prédécesseurs.
Christopher Finch, L'Art de Walt Disney