La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

Note des producteurs, 1990

Etant le dernier long métrage animé, personnellement produit par Walt Disney, Le Livre de la Jungle représente le point culminant d'une carrière prestigieuse qui s'étend sur presque cinq décennies. Sorti en 1967, Le Livre de la Jungle est un étincelant exemple de l'ingénuosité de Disney. Inspiré des histoires de "Mowgli" de Rudyard Kipling, c'est le premier long métrage animé de Disney dans lequel les voix des acteurs assurant le doublage ont fortement influencé le style et le développement des personnages du film.

Les manières décontractées et familières de l'acteur Phil Harris se retrouvent dans l'esprit libéré de Baloo tout comme l'infamie sophistiquée de George Sanders dans le tigre, Shere Khan. Sterling Holloway qui prêta d'abord sa voix à Winnie l'Ourson, jouait l'hypnotique et sournois serpent Kaa et Sebastian Cabot donna sa voix à la pompeuse mais bienveillante panthère, Bagherra.

Réalisé par le légendaire Wolfgang Reitherman, Le Livre de la Jungle nécessita plus de trois ans de travail et se classe parmi l'un des plus populaires dessins animés de Disney de tous les temps. Soixante-dix animateurs et deux cents artistes et techniciens produirent plus de 300 000 dessins différents pour le film. Mis bout à bout, ceux-ci couvriraient facilement les soixante kilomètres séparant les studios Walt Disney à Burbank de Disneyland à Anaheim.
La partition musicale est mise en vedette par cinq chansons originales de l'équipe gagnante de l'Academy Award composée de Robert et Richard Sherman. Terry Gilkyson écrivit la chanson nommée aux Oscars, "The Bare Necessities" ("Il en Faut Peu Pour Être Heureux"). Après sa réalisation, la bande originale du "Livre de la Jungle" se classa dans le top 20 des charts américains et est encore l'une des bandes originales de film les plus aimées des classiques Disney.

Pour la première fois depuis sa création, cette bande originale est disponible pour vous dans son intégralité et comprend en version originale un interview exclusif des frères Sherman qui inclus des enregistrements de démonstration originaux et deux cadeaux musicaux rares extraits de l'album de 1969 intitulé "More Jungle Book", comprenant "Baloo's Blues" et "It's Kick".

La logique ressortie du Livre de la Jungle depuis des années illustre son caractère universel et intemporel. Cette nouvelle perle musicale fera la joie des enfants de Disney, d'hier et d'aujourd'hui.

Randy Thornton, Ted Kryczko
Producteurs de la Restauration Digitale
1990

Note des producteurs, 1997

Pendant la restauration de la bande originale du film en 1990, nous avions les compositeurs Richard et Robert Sherman au studio avec nous alors que les chansons étaient numériquement remixées et masterisées. La bande originale contenait aussi pour la toute première fois la superbe musique originale de George Bruns. Comme bonus, cet album se terminait avec les souvenirs des frères Sherman à propos de la production et ce qui les avait inspiré à écrire les chansons. Dans l'interview, nous avons inclus un rare enregistrement de démo de "The Land of Sand" - une chanson écrite à l'origine pour une séquence autour du monde dans Mary Poppins, qui est devenue "Trust in Me" ("Aie Confiance") dans Le Livre de la Jungle. Nous avions également inclus Phil Harris prêtant sa voix à Baloo qui chantait deux chansons des frères Sherman : "Baloo's Blues" et "It's a Kick" de l'album de Disneyland Records More Jungle Book.

Au début de la production du Livre de la Jungle, le compositeur Terry Gilkyson fut engagé pour écrire les chansons. C'était à l'époque pendant laquelle le film collait de près à l'histoire assez sombre de Rudyard Kipling. Une des chansons de Terry, "The Bare Necessities" ("Il en Faut Peu pour Etre Heureux"), fut composée comme un air jazzy pour Baloo. Les animateurs trouvèrent que la chanson ne convenait pas pour l'ours qu'ils avaient conçu et demandèrent à Terry de la ralentir et de changer quelques paroles. Puis, dans une volte-face complète, Walt bouleversa complètement l'histoire. La seule chanson de Terry Gilkyson qui resta fut la version originale de "The Bare Necessities".

Pour la nouvelle sortie en 1997 de la bande originale du Livre de la Jungle, nous avons eu la chance incroyable de trouver dans les combles du bâtiment original du département animation des studios Disney un véritable trésor. Parmi près d'une centaine d'acétates (semblables aux vieux 78 tours en cire) se trouvaient les enregistrements de démo de "Brother All" et "The Song of the Seeonee", deux des très nombreuses chansons que Mr Gilkyson avait composé pour la version initiale de l'histoire. Voici ici, pour la toute première fois, un aperçu de ce que fut Le Livre de la Jungle avant de devenir ce que nous en connaissons aujourd'hui. 

Randy Thornton, Ted Kryczko
Producteurs de la Restauration Digitale
1997

Le Livre de la Jungle

Il était une fois un petit garçon abandonné auprès des débris d'un canoë, dans les forêts de l'Inde. Un matin, Bagheera, la panthère noire, découvre ce "petit d'homme" et le confie à une famille de loups qui jure de s'occuper de lui comme si c'était un louveteau. On l'appelera Mowgli. Ainsi commence "Le Livre de la Jungle", le magnifique dessin animé de Walt Disney sorti pour la première fois en France le 11 décembre 1968, puis en 1979 et qui, depuis, n'avait jamais été diffusé à la télévision. Le voici de nouveau dans les salles dès le 31 mars 1994. Dix ans après que Bagheera lui eut sauvé la vie, Mowgli se retrouve face à Shere Khan, le tigre qui hait les hommes. Sa première victime ? Non ! Les loups décident d'éloigner l'enfant et de le confier aux hommes du village le plus proche. Bagheera l'y conduira. Première nuit de leur voyage sur les hautes branches d'un arbre. Surgit le python Kaa qui hypnotise Mowgli, mais Bagheera est là ! Pourtant Mowgli ne va pas tarder à se rebeller contre son autorité et la panthère l'abandonne à son sort dans la jungle. Les rencontres du "petit d'homme" ne manquent pas : le colonel Hathi, le super éléphant, Baloo, l'ours sympa, la bande de singes que conduit le roi Louis, les vautours et bien sûr, la ravissante Indienne qui va fasciner Mowgli. Tous ces personnages sont nés de l'imagination de Rudyard Kipling. L'écrivain anglais connaissait bien l'Inde. Pour y être né d'abord, le 30 décembre 1865. Son père, dessinateur céramiste, avait été nommé professeur d'architecture et de sculpture à l'école des Beaux-Arts de Bombay. Renvoyé en Angleterre pour y être élevé et y faire ses études, Rudyard ne retrouva le pays enchanteur qu'à 17 ans. Il y restera six ans. Le temps se s'imprenger de l'atmosphère de ces forêts, décors de son "Livre de la Jungle" paru d'abord en 1894, illustré par son père.

Walt Disney lui a donné une nouvelle jeunesse. Il a fallu 300 artistes en tous genres, 800 000 crayons usés jusqu'à la mine, 320 000 dessins fignolés par 70 dessinateurs et leurs assistants. Le film se compose de douze séquences principales divisées en 1039 scènes et 760 décors. Pour une minute d'animation, 1 400 images et donc, pour le film entier, 108 000 images. Avec des numéros musicaux étonnants : la marche militaire des éléphants, la chanson des vautours sosies des Beatles, l'orchestre de jazz du roi Louis, le singe, que double Louis Prima, monsieur "Just a Gigolo". On a dit que Mowgli était le père de Tarzan et le grand-père des écolos. Walt Disney qui disparut en 1966, peu de temps avant la sortie du film, y voyait avant tout un enfant capable d'être aimé de tous les enfants du monde. Tous ceux qui ont participé au film se souviennent de ces séances de travail où, pour mieux définir leur personnalité, Disney lui-même jouait les rôles de tous les personnages. Il demanda même à Bruce, le fils du réalisateur, son complice Wolfgang Reitherman, de prêter sa voix à Mowgli dans la version originale. Reitherman qui est mort en 1985 à 76 ans, a évoqué jusqu'au bout son grand ami Disney : "Avec Walt, on n'avait pas l'impression de travailler tant il émanait de lui une force créatrice. Il s'enthousiasmait pour nos créations. Pour "Le Livre de la Jungle", nous avions pour la première fois essayé de donner aux animaux la personnalié de celui qui aurait sa voix. Pour le roi Louis, nous avons longuement regardé des photos de Louis Prima". Et c'est une réussite. 
                                                                                                                         Isabelle Caron, mars 1994.

"Le Livre de la Jungle" est le dernier long métrage d'animation auquel Disney a participé. Larry Clemmons fut un des quatre scénaristes choisis pour le film. En lui remettant un exemplaire du livre de Kipling, Disney lui dit : "Je te recommande surtout de ne pas le lire". Disney était persuadé que l'intérêt du film reposait entièrement sur les personnages. Après avoir entendu le chanteur et chef d'orchestre Phil Harris au cours d'un gala de charité à Palm Springs, Walt décida qu'il serait la voix de l'ours Baloo."Harris ne pensait pas qu'il ferait l'affaire. Nous non plus, avoue Ollie Johnston. Mais Walt en était convaincu. Harris a adapté le dialogue à sa façon de parler et tout à coup le personnage a commencé à vivre. Avec sa voix grave et le ton familier qu'il a, j'ai pris plaisir à l'animer sur cette voix". Parmi les voix qui ont inspiré les animateurs, Sebastian Cabot était Bagherra, la panthère sophistiquée, Louis Prima faisait le singe chanteur, Louie et George Sanders jouait le tigre au ronron diabolique, Shere Khan. Walt jouait tous les rôles et paraissait s'amuser pendant les réunions avec les animateurs. A la fin d'une réunion de production, il leur dit : "Vous devriez m'inviter plus souvent. Je suis le gagman le moins cher de tout le studio". "Le Livre de la Jungle" sortit en octobre 1967, moins d'un an après la mort de Walt Disney. Ce fut un formidable succès et de solides séquences musicales comme "Il en Faut Peu Pour Être Heureux" firent oublier une intrigue un peu tortueuse.
Bob Thomas, L'Art de l'Animation

Autre atout, la bande sonore, avec des morceaux de bravoure comme la danse de Baloo et King Louie, ou les interventions de Kaa. Certaines chansons deviendront des classiques, phénomène oublié depuis un certain temps ! Walt Disney lui-même comptait beaucoup sur les chansons pour "dynamiser" le récit comme le rapporte l'un des compositeurs, Richard Sherman : "Walt disait : je ne suis pas très content de ce que l'on a fait pour l'instant (...) on serre le livre de trop près, et l'oeuvre Kipling est superbe en tant que littérature écrite, mais j'ai envie de créer du vrai divertissement visuel". Il se reposait pour cela sur les frères Sherman dont le talent avait été couronné par "Mary Poppins".
Christian Renaut, De Blanche-Neige à Hercule