La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

"Mary Poppins à peu de chose près parfaite en tout point."

"Une fois dans sa vie - et seulement une fois - un film sort, incomparable aux autres et auquel aucun autre ne peut être comparé. Un film qui écrit une nouvelle page dans l'histoire du cinéma. Un film qui a un tel écho universel qu'il est un pur délice au Père, à la Mère, aux Enfants, aux Grands-Parents et aux Petits-Enfants - peu importe qui. Vous l'avez fait - Mary Poppins."
                          Télégramme de Samuel Goldwyn à Walt Disney, 11 septembre 1964.

"LE PROJET POPPINS"

Lorsque Walt fit connaissance de "Mary Poppins" par l'intermédiaire de sa fille Diane dans les années 1940, il comprit immédiatement le potentiel de cette nounou aux pouvoirs magiques bien avant que le studio n'envisage d'en faire un film. Pendant des années, Walt va tenter d'obtenir les droits pour produire "Mary Poppins" de la romancière P.L. Travers - mais sans succès. Alors que les années passaient, Walt n'oublia jamais l'histoire de cette nounou aux pouvoirs magiques et il était certain, qu'un jour, il arriverait à ses fins.

Nous sommes en 1958. Walt est désormais considéré comme un acteur majeur dans le domaine de l'animation, mais aussi du cinéma en prises de vues réelles, de la télévision et bien entendu dans la mise en oeuvre de Disneyland. Son nouveau label musical (Disneyland / Buena Vista Records) est même à l'origine de tubes comme "La Ballade de Davy Crockett" ou "How Will I Know My Love", cette dernière avec la participation de la star montante Annette Funicello.

Annette était si populaire que Jimmy Johnson, à la tête de Disneyland / Buena Vista Records, fut chargé de lui trouver des choses plus actuelles à chanter. Un jour, Moe Preskell, un employé du disque basé à New York, conduisait sur le Washington Bridge quand il entend une chanson qui serait parfaite pour Annette - "Tall Paul". Une fois qu'il fit connaissance avec les compositeurs, il téléphona en Californie et parla à Tutti Camarata. Salvador "Tutti" Camarata fut le premier directeur artistique du label et une légende à lui tout seul. Tutti contacta immédiatement les frères Sherman. En plus d'utiliser "Tall Paul", les frères furent chargés d'écrire différentes chansons rock'n roll pour la jeune starlette.

Un jour en juillet 1960, ces deux jeunes compositeurs arrivent au studio Walt Disney pour une réunion comme beaucoup d'autres avant. Cette fois, on leur demanda d'écrire une chanson pour Annette qui serait utilisée dans un film. Après avoir passé un week-end d'intense inspiration, ils n'écrivirent pas seulement une chanson mais trois, juste au cas où. Un Jimmy Johnson apparemment stressé prévient le duo qu'il n'aime pas être appelé par M. Disney. Les deux visiteurs arrêtent leurs démos. Ce ne sera pas une réunion avec des cadres de l'édition musicale, mais avec Walt Disney lui-même.

Après être entrés dans le bureau de Walt, ils le trouvèrent assis derrière un bureau laqué noir portant un gilet de golf orange. Walt mit immédiatement les deux nouveaux venus à l'aise en plaisantant sur le fait que les deux compositeurs étaient frères. Après tout, c'était Walt et son frère aîné Roy qui fondèrent la société en 1923. Puis Walt commença expressément à raconter à eux deux une histoire de jumeaux aux parents divorcés qui conspiraient pour que leurs parents se remettent ensemble. Avec son inimitable talent de conteur, Walt expliqua toutes les nuances de l'histoire. Mais les deux frères étaient secoués. Ils n'étaient pas là pour écrire les chansons d'un film. Avaient-ils mal compris ? Finalement, un des deux frères dit nerveusement à Walt que le film qu'il venait de leur décrire n'était pas ce qu'ils avaient préparé. "Ah, pourquoi ne m'avez-vous pas arrêté ! Ecoutons ce que vous avez composé." Ils vont alors au piano et joue "The Strummin' Song", une des mélodies qu'ils avaient composé pour The Horsemasters. Walt écouta et une fois qu'ils eurent fini, pesant sa réponse pendant quelques secondes, "Ca marche". Non seulement "The Strummin' Song" fut utilisée dans The Horsemasters mais on demanda aussi aux deux frères de composer plusieurs chansons pour le film que Walt leur avait précédemment exposé - The Parent Trap [La Fiancée de Papa].

En quelques semaines les deux frères avaient des chansons pour plusieurs projets en production avec deux autres en route, mais aucun réel engagement du studio. Durant une réunion bien particulière, Walt atteint une étagère et se saisit d'un livre à la couverture rouge. Il se tourne vers les deux frères : "Avez-vous déjà entendu parler de Mary Poppins ?". Après cette rencontre, les jeunes compositeurs étaient pleins d'idées et en quelques semaines ils réalisèrent une série de morceaux et les jouèrent à Walt. Il fut très impressionné, "Vous pensez à l'histoire et c'est bien", puis il se pencha en arrière sur sa chaise, "Chantez-moi encore cette chanson sur la femme aux oiseaux." Une fois la chanson terminée, Walt resta silencieux. Il marcha à travers la pièce et s'assied sur un coin de canapé et feuilleta les partitions et les lignes de scénario que les frères avaient préparé et dit avec un sourire : "N'oubliez pas de stipuler les sept chansons que nous avons déjà sélectionnées quand ils rédigeront votre contrat." Contrat ? A ce moment, Walt Disney engagea sa première et unique équipe de compositeurs. Il était aussi en train de constituer l'équipe qui allait porter Mary Poppins à l'écran.

Les Sherman étaient alors embauché avec Don DiGradi pour écrire une histoire unique à partir des nombreux livres de Mary Poppins. En même temps que l'équipe travaillait sur plusieurs autres films sans rapport, ils continuaient à travailler sur le "Projet Poppins" sous la supervision de Walt. Une fois qu"une histoire cohérente et qu'un ensemble de chansons furent approuvées par Walt, Walt approcha encore une fois P.L. Travers afin d'obtenir les droits pour le cinéma. Cette fois, Mrs Travers accepta de venir au studio et voir ce qui avait été fait - avec l'idée que si elle aimait ce qu'elle voyait, elle pourrait donner son feu vert pour le film.

En 1961, P.L. Travers, Don DiGradi, Richard et Robert Sherman se retrouvèrent au studio. Pendant plusieurs jours, ils s'entassèrent dans le bureau des Sherman, évoquant le moindre des détails - Don, Richard et Robert raconteraient leur version de l'histoire, les Sherman joueraient au piano et Mrs Travers approuverait, désapprouverait et exposerait les idées qu'elle avait créées pour son personnage bien aimé. Heureusement pour nous, une grande partie de cette réunion fut enregistrée sur bobines (en tout, six heures d'enregistrement ont été conservés). Une fois que ces réunions furent terminées, Bill Walsh se joignit à la production et sur les conseils de Walt Disney, une ébauche de scénario fut écrit qui comprend une grande ressemblance avec ce que nous connaissons sous le nom de Mary Poppins.

Voyant que Mary Poppins prenait de plus en plus un tour musical, les Sherman voulurent quelqu'un de la fameuse "Great White Way" (quartier des théâtres à New York) pour orchestrer leur musique dans le style de Broadway. Walt engagea immédiatement Irwin Kostal, qui avait remporté récemment un Oscar pour son travail sur West Side Story - et qui travaillerait ensuite sur la musique de La Mélodie du Bonheur, Chitty-Chitty Bang Bang et L'Apprentie Sorcière. Les arrangements incroyables de M. Kostal créèrent une empreinte musicale aussi immédiatement reconnaissable que Mary Poppins elle-même. En fait, ils sont considérés comme les meilleurs arrangements jamais mis sur papier et sont encore un sujet d'études dans les cours d'arrangement musical et ce à travers le monde. Pour la toute première fois, nous pouvons mettre en lumière le travail de M. Kostal en incluant la musique du film. C'est ici, sans la nécessité de mettre de la musique pour des voix, où vous pourrez être capable d'entendre par vous-même le pur génie de ces orchestrations - des douze glockenspiels pour donner vie au carrousel dans la séquence "Jolie Promenade", à l'utilisation de six violoncelles et six altos pour obtenir le son hypnotique et apaisant de "Ne Dormez Pas". Son contrepoint musical de "C'est Un Morceau de Sucre" et "Jolie Promenade" dans sa séquence de la course hippique est vraiment inspiré et finit par devenir un des moments musicaux préférés de Robert Sherman.

L'Histoire de la Bande Originale du Film

Cette édition du 40ème anniversaire est en fait la quatrième fois que cette magnifique bande originale du film sort. D'abord en 1964 (BV 4025) avec le film, l'album contenait seulement les chansons. En fait, des fins spécifiques et des ponts musicaux furent spécialement enregistrés pour l'album afin que les chansons puissent être utilisées comme des éléments vocaux de spectacle dans les longs passages instrumentaux qui soulignait le film. C'était une pratique courante à cette époque, et le principe de base était de considéré que l'auditeur moyen serait ennuyé par ces passages. Ainsi, "C'est Un Morceau de Sucre", "Jolie Promenade" et "Prenons le Rythme" eurent de grandes parties instrumentales supprimées. Cet album brisa tous les records et resta au TOP 10 du Billboard Chart pendant un nombre de semaines sans précédent.

En 1987, je fus engagé comme commis au département développement de produit de Walt Disney Records, je devais entretenir la salle d'archives des masters. Ce fut un délice absolu, puisque j'étais désormais en charge des masters de tous les albums. Comme j'épluchai souvent les cassettes et me les passai, je tombai sur une cassette marquée de façon inhabituelle. Elle était étiquetée "Mary Poppins Pre-Demo". Ce que j'entendais était en réalité les chansons de Mary Poppins, mais il y avait également d'autres chansons sur cette cassette que je ne connaissais pas. En plus, ces chansons étaient interprétées par deux hommes avec seulement un piano comme accompagnement. Je réalisai bientôt que ces "deux hommes" n'étaient que les compositeurs eux-mêmes - Richard et Robert Sherman. "Quel petit trésor" pensais-je, et je remettais la cassette à sa place.

A cette époque, les Compacts Discs étaient encore nouveaux et nous étions en train de préparer le matériel pour ce qui seraient notre deuxième et troisième sortie de CD - les Volumes 1 et 2 de "The Disney Collection" (notre premier CD fut l'enregistrement numérique pour "Fantasia" d'Irwin Kostal). Une de mes premières tâches fut d'écouter tous les transferts de ces chansons pour "The Disney Collection" pour voir si j'entendais des grésillements dans les enregistrements et je devais les identifier. Je fus particulièrement surpris par la façon extraordinaire dont les chansons de Mary Poppins sonnaient. Peu de temps après ça, je descendais à nouveau dans les réserves avec Ron Kidd, alors directeur du développement de produits. Je rappelai comment grand les récentes sorties de CD de "The Disney Collection" sonnaient - en particulier les éléments de Mary Poppins. Ce fut alors que je suggérai de restaurer et de remixer numériquement la bande originale de Mary Poppins pour une sortie en compact disc. Ron aima l'idée, puisque Mary Poppins était l'un de ses films préférés, mais il me dit que la compagnie de disques venait juste de ressortir l'album en cassette et en vinyl (BV 5005) et qu'il ne marchait pas très bien à la vente. Je fis remarquer que ce ne serait pas la même chose, que nous devrions retourner en arrière et remixer l'album à partir des éléments originaux comme nous l'avions déjà fait pour "The Disney Collection" et,  à ma connaissance, personne n'avait encore numériquement remixé et restauré une bande originale de film en CD. Ron était déjà convaincu, mais il dit que ce serait un risque sans précédent puisque personne ne l'avait fait avant et que nous devrions apporter quelque chose de spécial pour donner une valeur ajoutée à un tel projet. Je retournais chercher la "Mary Poppins Pre-Demo", "Personne ne savait que c'était ici ?" la mâchoire de Ron tomba quand je lui expliquai ce qu'il y avait sur la cassette. Il apparut alors que personne ne connaissait l'existence de cette cassette. Un appel aux frères Sherman révéla qu'eux mêmes pensaient qu'elle avait été perdue depuis 25 années. En février 1989, Ron était au studio avec les frères Richard et Robert Sherman ainsi qu'Irwin Kostal pour mixer et masteriser la première sortie CD de la bande originale de Mary Poppins (CD 016). Bien que l'on pouvait inclure tous les ponts musicaux qui avaient été supprimés comme je l'ai mentionné plus haut, ce projet était encore en expérimentation et certaines limitations furent encore imposées. Deux de ces sacrifices concerna la musique originale et les six minutes de la séquence de la danse de "Prenons le Rythme".

En 1997, je devenai producteur en chef de plus de 12 restaurations de bandes originales de films et j'avais l'opportunité de revisiter la bande originale de Mary Poppins (60615). Bien que je pouvais restaurer les six minutes de "Prenons le Rythme", la musique était encore absente. Cependant, je savais que dans seulement sept ans, Mary Poppins fêterait ses 40 ans et je pourrais à nouveau revisiter la bande originale. Puis en 2000, on me donna une formidable opportunité. La famille Disney me demanda de restaurer 17 heures d'interviews que Walt avait données à sa fille Diane pour son livre - "L'histoire de Walt Disney". Cette interview restaurée fut utilisée dans le film "Walt : la naissance d'un mythe". Quand Richard Sherman - avec qui je suis maintenant devenu un ami proche - entendit ce que j'avais fait, il me parla d'un enregistrement qui lui semblait intéressant. Quelques jours plus tard, , il arriva à mon bureau avec six bandes magnétiques - c'étaient les rencontres autour du scénario de Mary Poppins. Cela, en prévision du 40ème anniversaire de Mary Poppins, était tout ce dont j'avais besoin et avant que je le sache, je passais les enregistrements originaux de la session orchestrale sur trois pistes et construisit la bande originale dont j'avais rêvé 15 ans plus tôt.

Avec les chansons à nouveau mixées, pour la plupart, je me consacrai à la musique originale. Sachant que la plupart de ces chansons étaient montées ensemble pour les sorties présentes, je devais maintenant les remonter pour y inclure la musique originale. Un exemple de cela serait "Chem Chem Cheminée". Cette piste apparaissait sur le CD précédent et commençait avec une version de "Chem Chem Cheminée". Mais il n'y avait pas de réelle fin à ce morceau. La reprise de cette piste, qui se produit quand la pluie commence à tomber et à mouiller les dessins à la fin de la séquence "Jolie Promenade", était montée sur la piste de "Chem Chem Cheminée" pour se terminer avec la mélodie de "Chem Chem Cheminée". Maintenant, pour cette sortie, la piste colle plus au film et va de la séquence "Jolie Promenade" et la reprise est retournée à sa place correcte après "Supercalifragilisticexpialidocious". Aussi en retournant aux sessions d'enregistrement originales, je pouvais inclure des morceaux de musique qui avaient été supprimés pour une question de temps. Par exemple, quand on rencontre Bert pour la première fois en homme-orchestre, nous entrons à mi-chemin à travers l'interprétation de "Jolie Promenade". Cependant, le morceau entier était enregistré par "l'orchestre" et est inclus ici dans son intégralité. Les mêmes prises de position pour la vérité pour la musique du carrousel qui vient après la danse des pingouins - il y avait plus d'enregistré que de réellement utilisé dans le film. Il y a des exemples cela à travers cette nouvelle bande originale. Finalement, cette version de la bande originale de Mary Poppins est l'édition la plus complète jamais réalisée.

C'est comme une promenade pour cette remarquable bande originale - pour laquelle elle a prit presque autant de temps à finir que Walt avait mit de temps à obtenir les droits pour le cinéma. Mais, comme le chef-d'oeuvre de Walt lui-même, j'espère que vous trouverez que le résultat valait la peine d'attendre.

Randy Thornton,
27 août 2004.

THE LEGACY COLLECTION (2014)

Lorsque Walt fit la connaissance de "Mary Poppins" par l'intermédiaire de sa fille Diane dans les années 1940, il comprit immédiatement le potentiel de cette nounou aux pouvoirs magiques bien avant que le studio n'envisage d'en faire un film en prises de vues réelles. Pendant des années, Walt va tenter d'obtenir les droits pour produire "Mary Poppins" de la romancière P.L. Travers - mais sans succès. Alors que les années passaient, Walt n'oublia jamais l'histoire de cette nounou aux pouvoirs magiques et il était certain, qu'un jour, il arriverait à ses fins.

Nous sommes en 1958. Walt est désormais considéré comme un acteur majeur dans le domaine de l'animation, mais aussi du cinéma en prises de vues réelles, de la télévision et bien entendu dans la mise en œuvre de Disneyland. Son nouveau label musical (Disneyland / Buena Vista Records) lance même sa première artiste : Annette Funicello. Quand cette ancienne Mousketeer chante "How Will I Know My Love" dans un épisode de "The Adventures of Spin and Marty", le studio Disney fut inondé de demandes pour savoir où trouver le disque.

Annette était si populaire que Jimmy Johnson, à la tête de Disneyland / Buena Vista Records, fut chargé de lui trouver des choses actuelles à chanter. Un jour, Moe Preskell, un employé du disque basé à New York, conduisait sur le Washington Bridge quand il entendit une chanson qui serait parfaite pour Annette - "Tall Paul". Quand il découvrit qui étaient les compositeurs, il téléphona en Californie et parla à Tutti Camarata. Salvador "Tutti" Camarata était le premier directeur artistique du label et une légende à lui tout seul. Tutti contacta immédiatement les frères Sherman. En plus d'utiliser "Tall Paul", les frères furent chargés d'écrire différentes chansons rock'n roll pour la starlette.

Un jour de juillet 1960, les deux frères furent invités au studio Disney pour faire écouter une chanson qu’Annette interpréterait dans un film intitulé "The Horsemasters". Jimmy Johnson expliqua combien cette nouvelle chanson était importante et rappela au duo que Walt n’aimait pas être appelé « Mr Disney ». Cela voulait donc dire qu’il ne s’agissait pas d’une réunion avec un réalisateur ou un producteur mais avec Walt Disney lui-même.

Alors qu’ils entrent dans le bureau, Walt les met immédiatement à l’aise et se met à leur raconter avec beaucoup d’entrain une histoire à propos de jumelles aux parents divorcés qui font tout pour que leurs parents se remettent ensemble. Avec son inimitable talent de conteur, Walt explique toutes les nuances de l'histoire. Mais les deux frères sont ennuyés. Ce n’est pas le film pour lequel ils ont écrit la chanson. Finalement, un des deux frères dit nerveusement à Walt que le film qu'il décrit n'est pas celui qu’ils préparé. "Ah, pourquoi ne m'avez-vous pas arrêté ? Écoutons ce que vous avez." Richard se met au piano et joue "The Strummin' Song". Walt écoute et une fois la chanson terminée, pesant sa réponse pendant quelques secondes dit "Ça marchera". Non seulement "The Strummin' Song" fut utilisée dans "The Horsemasters" mais on demanda aussi aux deux frères de composer plusieurs chansons pour le film que Walt leur avait précédemment exposé - "La Fiancée de Papa".
En quelques semaines les deux frères avaient écrit cinq chansons pour divers projets en production plus deux autres sur les rails, mais aucun réel engagement du studio. Durant une réunion bien particulière, Walt atteint une étagère et se saisit d'un livre à la couverture rouge. Il se tourne vers les deux frères : "Avez-vous déjà entendu parler de "Mary Poppins" ?". Après cette réunion, les jeunes compositeurs étaient pleins d'idées. Ils souhaitaient changer l’époque pour 1910 et prirent six chapitres du livre qu’ils assemblèrent dans une seule et même histoire. Le livre lui-même ne raconte pas une histoire, il est simplement une suite de diverses aventures. En quelques semaines ils réalisèrent une série de morceaux et les jouèrent à Walt. Il fut très impressionné, "Vous pensez à l'histoire et c'est bien", puis il se pencha en arrière sur sa chaise et dit, "Chantez-moi encore cette chanson sur la femme aux oiseaux." Une fois la chanson terminée, Walt resta silencieux et dit "Elle résume toute l’histoire". Les deux frères sourirent. Walt avait compris leur message. Il marcha à travers la pièce et s'assied sur un coin de canapé. Il feuilleta les partitions et les lignes de scénario que les frères avaient préparées et dit avec un sourire en coin : "N'oubliez pas de stipuler les sept chansons que nous avons déjà sélectionnées quand ils rédigeront votre contrat." Contrat ? A ce moment, Walt Disney engagea sa première et unique équipe de compositeurs.

Les Sherman étaient firent équipe avec Don DiGradi pour écrire une histoire unique à partir des nombreux livres de Mary Poppins. En même temps que l'équipe travaillait sur plusieurs autres films sans rapport, ils continuaient à travailler sur le "Projet Poppins" sous la supervision de Walt. Une fois qu’une histoire cohérente et qu'un ensemble de chansons furent approuvées par Walt, Walt approcha une fois encore P.L. Travers afin d'obtenir les droits d’adaptation pour le cinéma. Cette fois, Mrs Travers accepta de venir au studio et de voir ce qui avait été fait - avec l'idée que si elle aimait ce qu'elle voyait, elle pourrait donner son feu vert pour le film.

En 1961, P.L. Travers, Don DaGradi, Richard et Robert Sherman se retrouvèrent au studio. Pendant plusieurs jours, ils s'entassèrent dans le bureau des Sherman, évoquant le moindre des détails. Don, Richard et Robert raconteraient leur adaptation de l'histoire, les Sherman joueraient au piano et Mrs Travers approuverait, désapprouverait et exposerait les idées qu'elle avait créées pour son personnage bien aimé. Ce fut une expérience très éprouvante. Heureusement pour nous, une grande partie de ces réunions fut enregistrée sur bandes magnétiques. Sur le Disque 3, nous avons inclus des extraits des six heures d'enregistrement de cette incroyable série de réunions. Un peu plus de 50 ans plus tard, ces réunions furent ramenées à la vie quand elles furent rejouées sur grand écran pour le film acclamé par la critique en 2013, "Dans l’ombre de Mary. La promesse de Walt Disney".

Voyant que "Mary Poppins" prenait de plus en plus l’aspect d’une comédie musicale, les Sherman voulurent quelqu'un de la fameuse "Great White Way" (quartier des théâtres à New York) pour orchestrer leur musique dans le style de Broadway. Walt engagea immédiatement Irwin Kostal, qui avait remporté récemment un Oscar pour son travail sur "West Side Story" - et qui travaillerait plus tard sur la musique de "La Mélodie du Bonheur", "Chitty-Chitty Bang Bang" et "L'Apprentie Sorcière". Les arrangements incroyables de M. Kostal créèrent une empreinte musicale aussi immédiatement reconnaissable que "Mary Poppins" elle-même. En fait, ils sont considérés comme les meilleurs arrangements jamais mis sur papier et sont encore un sujet d'études dans les cours d'arrangements musical et ce à travers le monde. Quand vous écoutez cette musique récompensée aux Oscars, vous pouvez entendre par vous-même le véritable génie de ces orchestrations - des douze glockenspiels pour donner vie au carrousel dans la séquence "Jolie Promenade", à l'utilisation de six violoncelles et six altos pour obtenir le son hypnotique et apaisant de "Ne Dormez Pas". Son contrepoint musical de "C'est Un Morceau de Sucre" et "Jolie Promenade" dans la séquence de la course hippique est vraiment inspiré et constitue l’un des moments musicaux préférés de Robert Sherman.

"Mary Poppins" était le chef d’œuvre de Walt au cinéma. Tout ce qu’il avait créé jusqu’alors - animation, musique, effets spéciaux - l’on conduit à cela. Après la première, Walt reçut une lettre de l’un des pères fondateurs de Hollywood, le célèbre producteur Samuel Goldwyn, datée du 11 septembre 1964 dans laquelle on peut lire :

"Une fois dans sa vie - et seulement une fois - un film sort, incomparable aux autres et auquel aucun autre ne peut être comparé. Un film qui écrit une nouvelle page dans l'histoire du cinéma. Un film qui a un tel écho universel qu'il est un pur délice au Père, à la Mère, aux Enfants, aux Grands-Parents et aux Petits-Enfants - peu importe qui.
Vous l'avez fait - Mary Poppins."

Le temps a prouvé que ces phrases étaient justes aussi bien aujourd’hui qu’il y a 50 ans quand M. Goldwyn les avaient écrites.

L'Histoire de la Bande Originale du Film
La bande originale de "Mary Poppins" sortit en 1964 (BV 4025) en même temps que le film mais contenait seulement les chansons. En fait, des fins spécifiques et des ponts musicaux furent spécialement enregistrés pour l'album aussi les chansons furent remontées pour inclure les chants mais en enlevant les longs passages instrumentaux qui agrémentent le film. C'était une pratique courante à l’époque, le principe de base était de considérer que l'auditeur moyen serait ennuyé par ces passages. Ainsi, "C'est Un Morceau de Sucre", "Jolie Promenade" et "Prenons le Rythme" eurent de grandes parties instrumentales supprimées. Cet album brisa tous les records et resta au TOP 10 du Billboard Chart pendant un nombre sans précédent de semaines.

En 1987, je fus engagé comme employé au département développement de produits de Walt Disney Records. Parmi mes attributions, je devais m’occuper des archives des masters audio. Ce fut un délice absolu, puisque j'étais désormais en charge des masters de tous les albums avec lesquels j’avais grandi. A l’occasion, je fouillais parmi ces bandes magnétiques et les passais. Un jour, je suis tombé sur une bande magnétique marquée de façon inhabituelle. Elle était étiquetée "Mary Poppins Pre-Demo". Ce que j'entendais était bien les chansons de "Mary Poppins", mais il y avait également d'autres chansons sur cette bande magnétique que je ne reconnaissais pas. En plus, ces chansons étaient interprétées par deux hommes avec seulement un piano comme accompagnement. Je réalisai bientôt que ces "deux hommes" n'étaient autres que les compositeurs eux-mêmes - Richard et Robert Sherman. "Quel petit trésor" pensais-je, et je remettais la bande magnétique à sa place sur l’étagère.

A cette époque, les compacts discs étaient encore nouveaux et nous étions en train de préparer le matériel pour ce qui seraient notre deuxième et troisième sortie de CD - les Volumes 1 et 2 de "The Disney Collection" (notre premier CD fut l'enregistrement numérique du "Fantasia" d'Irwin Kostal). Une de mes premières tâches fut d'écouter tous les transferts de ces chansons pour "The Disney Collection" pour voir si j'entendais des grésillements dans les enregistrements et je devais les identifier. Je fus particulièrement surpris par la façon extraordinaire dont les chansons de "Mary Poppins" sonnaient. Peu de temps après ça, je descendais à nouveau dans les réserves avec Ron Kidd, alors directeur du développement de produits. Je lui rappelai comment grand les récentes sorties de CD de "The Disney Collection" sonnaient - en particulier les éléments de "Mary Poppins". Ce fut alors que je suggérai de restaurer et de remixer numériquement la bande originale de "Mary Poppins" pour une sortie en compact disc. Ron aima l'idée, puisque "Mary Poppins" était l'un de ses films préférés, mais il me dit que la compagnie de disques venait juste de ressortir l'album en cassette et en vinyl (BV 5005) et qu'il ne marchait pas très bien à la vente. Je fis remarquer que ce ne serait pas la même chose, que nous devrions retourner en arrière et remixer l'album à partir des éléments originaux comme nous l'avions déjà fait pour "The Disney Collection" et, à ma connaissance, personne n'avait encore numériquement remixé et restauré une bande originale de film en CD. Ron était déjà convaincu, mais il dit que ce serait un risque sans précédent puisque personne ne l'avait fait avant et que nous devrions apporter quelque chose de spécial pour donner une valeur ajoutée à un tel projet. Je retournai chercher la "Mary Poppins Pre-Demo", "Personne ne savait que c'était ici ?" la mâchoire de Ron tomba quand je lui expliquai ce qu'il y avait sur la bande magnétique. Il apparut alors que personne ne connaissait l'existence de cette bande magnétique. Un coup de fil aux frères Sherman révéla qu'eux-mêmes pensaient qu'elle avait été perdue 25 ans auparavant. En février 1989, Ron était au studio avec les frères Richard et Robert Sherman ainsi qu'Irwin Kostal pour mixer et masteriser la première sortie CD de la bande originale de "Mary Poppins" (CD 016). Bien que l'on pouvait inclure tous les ponts musicaux qui avaient été supprimés comme je l'ai mentionné plus haut, ce projet était encore en expérimentation et certaines limitations furent encore imposées. Deux de ces sacrifices concernèrent la musique originale et les six minutes de la séquence de la danse de "Prenons le Rythme".

En 1997, je devins producteur en chef avec plus de 12 restaurations de bandes originales de films et j'avais l'opportunité de revisiter la bande originale de "Mary Poppins" (60615). Bien que je pouvais restaurer les six minutes de "Prenons le Rythme", la musique était encore absente. Cependant, je savais que dans seulement sept ans, "Mary Poppins" fêterait ses 40 ans et que je pourrais à nouveau revisiter la bande originale. Puis en 2000, on me donna une formidable opportunité. La famille Disney me demanda de restaurer 17 heures d'interviews que Walt avait données à sa fille Diane pour son livre - "L'histoire de Walt Disney". Cette interview restaurée fut utilisée dans le film "Walt : la naissance d'un mythe". Quand Richard Sherman - avec qui je suis maintenant devenu un ami proche - entendit ce que j'avais fait, il me parla d'un enregistrement qui lui semblait intéressant. Quelques jours plus tard, , il arriva à mon bureau avec six bandes magnétiques quart-pouce - c'étaient les rencontres autour du scénario de "Mary Poppins". J’allais bientôt restaurer tous ces enregistrements. Pour le CD, je retenais 46 minutes sur les six heures de discussion en m’assurant de préserver l’arc narratif en enlevant seulement quelques digressions et conversations déjà entendues. En voyant que Richard avaient ces fichiers rangés dans ses dossiers, je donnais aux archives Walt Disney une copie des 6 CD pour leurs dossiers. Ils s’avéreraient d’un grand secours pour la préparation quelques années plus tard de "Dans l’ombre de Mary".

Pour la bande originale, ces enregistrements des réunions autour du scénario étaient tout ce dont j'avais besoin et avant que je ne le sache, je passais les enregistrements originaux de la session orchestrale sur trois pistes et construisais la bande originale dont j'avais rêvée 15 ans plus tôt.

Avec les chansons déjà mixées pour la plupart, je me consacrai plutôt à la musique originale. Sachant que la plupart de ces chansons étaient montées ensemble pour les sorties présentes, je devais maintenant les remonter pour y inclure la musique originale. Un exemple de cela serait "Chem Chem Cheminée". Cette piste apparaissait sur le CD précédent et commençait avec une version de "Chem Chem Cheminée". Mais il n'y avait pas de réelle fin à ce morceau. La reprise de cette piste, qui se produit quand la pluie commence à tomber et à mouiller les dessins à la fin de la séquence "Jolie Promenade", était montée sur la piste de "Chem Chem Cheminée" pour se terminer avec la mélodie de "Chem Chem Cheminée". Maintenant, pour cette édition, la piste colle plus au film et va de la séquence "Jolie Promenade" et la reprise est retournée à sa place correcte après "Supercalifragilisticexpialidocious". Aussi en retournant aux sessions d'enregistrement originales, je pouvais inclure des morceaux de musique qui avaient été supprimés pour une question de temps. Par exemple, quand on rencontre Bert pour la première fois en homme-orchestre, nous entrons à mi-chemin à travers l'interprétation de "Jolie Promenade". Cependant, le morceau entier était enregistré par "l'orchestre" et était inclus ici dans son intégralité. La même chose se passe pour la musique du carrousel qui vient après la danse des pingouins - il y avait plus d'enregistré que de réellement utilisé dans le film. Il y a des exemples de cela à travers cette nouvelle bande originale. Finalement, cette version de la bande originale de "Mary Poppins" est l'édition la plus complète jamais réalisée.

En célébration du 50ème anniversaire de "Mary Poppins" et le lancement de la Legacy Collection de Walt Disney Records, nous vous présentons une nouvelle expérience auditive. Sur le Disque 2 vous pourrez entendre les enregistrements pré-démo de ces chansons immortalisées dans le film - toutes de la bande magnétique que j’avais trouvée il y a 26 ans. Il est fascinant de l’entendre surtout quand vous réalisez que Richard et Robert les avaient enregistrées à une époque durant laquelle personne ne savait si le projet "Mary Poppins" verraient vraiment le jour ni que ces chansons deviendraient des classiques intemporels.

Certaines de ces chansons ont en elles-mêmes d’intéressantes histoires. Par exemple, ce qui est listé comme "The Pearly Song" est en fait ce que nous connaissons sous le titre "Supercalifragilisticexpialidocious".

A l’origine, les Sherman pensait que le mot avait de manière évidente un double sens et n’était pas convenable pour un titre de chanson. Mais Walt n’était pas d’accord, non seulement "Supercalifragilisticexpialidocious" devrait être ramenée à la maison par les enfants Banks, mais elle devrait également être ramenée à la maison par les spectateurs. Ainsi "The Pearly Song" devint "Supercalifragilisticexpialidocious" - mot qui est désormais inclus dans un nombre incalculable de dictionnaires et considéré comme partie intégrante de la langue anglaise.

"Chem Chem Cheminée" fut inspiré par un dessin d’un petit ramoneur que Don DaGradi griffonna durant une des premières réunions autour de l’histoire de "Mary Poppins". Se tournant vers son frère, Robert remarqua dans un tempo musical : "One Chimney, Two Chimney, Three Chimney Sweep" et ainsi la chanson prit forme. Cependant, vous remarquerez que la version pré-démo semble différente de celle dont vous avez l’habitude. Cela est dû au fait qu’elle était à l’origine composée en mode mineur. Richard Sherman sentait que quelque chose n’allait pas et alors qu’il continuait à travailler sur la mélodie, il la ré-harmonisa afin de ne pas être strictement en mode mineur (elle est en mode majeur par endroits) ce qui est alors devenue la chanson oscarisée que nous connaissons aujourd’hui.

"Nourrir les P’tits Oiseaux" (à l’origine intitulée "Deux pence le Sac") est l’une des premières chansons écrites par les Sherman pour "Mary Poppins" et directement inspirée d’une histoire extraites des aventures de Mrs Travers. A la suggestion de Walt, le titre fut changé en "Nourrir les P’tits Oiseaux" ("Deux pence le Sac") ce qui fut la seule altération à la composition originale. On sait maintenant que "Nourrir les P’tits Oiseaux" était la chanson préférée de Walt. La signification et l’émotion faisaient clairement partie de la propre philosophie de Walt - que ça ne coûte pas cher de donner un petit quelque chose afin d’être une meilleure personne pour un monde meilleur. Durant la production, et même après, les Sherman seraient invités dans le bureau de Walt un grand nombre de vendredi après-midi. Ils discuteraient des projets sur lesquels ils travaillaient ou sur les événements du jour. Et, à un moment, Walt se tournait vers Richard et disait : "Joue-la". Après la mort de Walt, il y eut de nombreux vendredi après-midi durant lesquels Richard allait dans le bureau de Walt et la jouait pour lui. Cet enregistrement pré-démo représente précisément ce que Walt écoutait ces vendredi après-midi - juste Richard Sherman et un piano.

Vous remarquerez qu’il n’y a pas de version pré-démo de "C’est un Morceau de Sucre". En fait, à l’époque de l’enregistrement de la pré-démo, cette chanson (comme bien d’autres telles "Je Vis et Mène une Vie Aisée", "Deux Pence" et "Les Soeurs Suffragettes") n’était pas encore écrite.

A la place, les frères Sherman avait composé une jolie ballade pour Mary intitulée "The Eyes of Love". Cependant que Julie Andrews prit part au projet, elle trouvait que "The Eyes of Love" n’était pas assez "poppinesque".

Ainsi "The Eyes of Love" fut écartée et les Sherman durent écrire une nouvelle chanson et vite. Les deux frères rentrèrent à la maison perplexes. Alors que Robert méditait la situation, son fils Jeff revint de l’école. Quand Robert demanda à son fils comment s’était passée sa journée, Jeff lui dit qu’il avait reçu le vaccin Salk. Il demanda à Jeff : "As-tu eu mal ? ". "Oh non, ils l’ont mis dans un morceau de sucre et on l’a mangé comme un bonbon". Pour Robert ce fut comme une étincelle et le jour suivant au bureau il demanda à Richard : "Que penses-tu de ce titre... "C'est le morceau de sucre qui aide la médecine à couler"" ce à quoi Richard répondit : "C’est la chose la plus étrange que je n’ai jamais entendue !".

Puis il s’arrête. "Attends ! C’est une manière superbe de dire à travers les yeux de l’amour". Alors qu’il continue d’arpenter le bureau, la phrase infiltre son esprit. Puis, se souvenant que quand Mary veut que les enfants dorment, elle chante "Ne Dormez Pas" et l’engrenage dans son imagination commence à tourner, "à chaque fois que Mary chante DOWN, nous allons UP avec la musique... Ça c’est Mary Poppinesque ! "Ainsi, la chanson (qui devint fondamentalement le thème de Mary) était née.

Quand "The Eyes of Love" fut supprimée, elle devint ce que nous appelons une "Chanson Oubliée" [Lost Chord] - une chanson composée pour un film Disney qui, pour une raison ou une autre, n’a finalement pas été utilisée. De manière intéressante, en découvrant les pré-démo de "Mary Poppins" j’ai instauré une tradition. Pour chaque bande originale que j’ai eu le chance de restaurer, j’ai essayé d’inclure au moins une Chanson Oubliée. Après tout, ces nombreux bijoux ont été composés par les plus grands compositeurs Disney. Elles offrent également un bref aperçu dans l’évolution du film et nous permettent d’imaginer ces séquences préliminaires.

L’auteur et historien Disney, Russell Schroeder, alla encore plus loin pour dénicher ces chansons en plongeant dans l’Animation Research Library et la Disney Music Library. Il a creusé à travers les partitions de musique originales et publia lui-même deux volumes des "Disney’s Lost Chords" dans lesquels il présente non seulement les partitions de piano mais décrit également le but recherché le tout accompagné de dessins. A Walt Disney Records, j’ai eu le privilège de produire plusieurs albums de ces "chansons oubliées" pour "les Aristochats", "Bernard et Bianca", "Peter Pan" et "Cendrillon". Comme pour les chansons des "Aristochats", nous avons travaillé en étroite collaboration avec Richard Sherman pour "Mary Poppins". Il a été à nos côtés durant un long moment des sessions d’enregistrement et fut essentiel en travaillant avec les chanteurs. Notre but essentiel était d’enregistrer ces chansons exactement de la manière voulue par Richard et Robert. C’est indubitablement un grand honneur de contribuer à mettre en lumière le travail de ces compositeurs de légende. Comme avec n’importe quel artiste, chaque morceau du travail est une expression personnelle - leur cœur et leur âme irriguent chaque aspect. Et quand une chanson n’était pas utilisée pour quelque raison, ce devait être un déchirement. Mais ce qui était meilleur pour le film devait primer avant tout.

Nous présentons ici, sept des chansons oubliées de "Mary Poppins". Avec les pré-démos originales et les démos, nous avons complètement orchestré et enregistré ces nouvelles versions de manière à ce qu’elles puissent s’intégrer dans le film. Nous avons demandé à Russell Schroeder d’écrire les notes liminaires pour ces Chansons oubliées le tout agrémenté d’esquisses ou de dessins créés à l’occasion.

Quand vous écouterez ces pré-démos, vous remarquerez de nombreux changements entre celles-ci et les nouveaux enregistrements. Ces démos servaient simplement de notes pour Richard et Robert durant les premiers stades du développement du film. Et puis, des mois voire des années plus tard dans certains cas, elles ont été affinées.

Ces nouveaux enregistrements sont le résultat du travail créatif des frères Sherman.

Nous terminons le Disque Deux avec un bonus - la version de l’album pour l’ouverture de "Mary Poppins". Dans le film, le titre principal n’a pas de fin mais se fond dans une transition avec "L’Homme-Orchestre". Pour la sortie originale du vinyl en 1964, Irwin Kostal enregistra une fin spéciale pour l’ "Ouverture" que nous avons plaisir à vous présenter pour la première fois depuis 50 ans.

Randy Thornton, producteur de la restauration, 2014.

LES CHANSONS OUBLIÉES

"Mary Poppins" fut mis en développement de la même manière que les premiers longs métrages animés de Walt - à travers l’inspiration visuelle et des moments pour les chansons. En fait la première équipe de développement consistait simplement en Walt, le scénariste Don DaGradi et les frères Sherman. Et à l’image du processus créatif de ces premiers classiques, beaucoup de pistes furent explorées puis remplacées par quelque chose de mieux. Ainsi, plus de trente chansons ont été composées pour les personnages ou des moments de l’histoire avant d’être revues ou abandonnées - la considération première était toujours ce qui permettrait de raconter une histoire cinématographique de "Mary Poppins". Le nombre final de chansons apparaissant dans le film était de treize, ce nombre est un stigmate malchanceux prouvant faux quand les partitions et les ventes d’albums explosèrent pour la musique originale captivante et fut honorées par les Grammy Awards et les Oscars.

Walt Disney Records est heureux de présenter sept de ces chansons supprimées de "Mary Poppins" à la fois dans leur version démo et dans de nouvelles versions enregistrées comme une partie de la série d’albums consacrés à ces chansons oubliées. Comme pour les autres albums, les nouveaux enregistrements ont été arrangés avec l’objectif de les faire sonner comme si ils avaient été créés à l’époque de la sortie du film, plutôt que d’essayer d’imposer un style pop contemporain. Comme pour l’album des "Aristochats" de la collection "The Lost Chords", Walt Disney Records doit à nouveau beaucoup à Richard M. Sherman pour l’assistance et les précieux conseils qu’il a fournis en faisant ces nouveaux enregistrements et en nous aidant à être certain que ces moments de chansons perdues mélodieuses et séduisantes reprennent vie, en offrant du plaisir et de l’estime du processus créatif impliqué dans la fabrication de ce film classique intemporel.

Mary Poppins Melody (A Name’s Name)
En plus d’exprimer un aspect de la philosophie de Mary Poppins, les Sherman pensaient que cette chanson pourrait servir de thème pour Mary, un thème qui pourrait servir dans la musique originale du film pour signaler la présence de Mary. Une autre chanson, "Ne Dormez Pas" fut composée comme une contre mélodie à cette chanson et bien que "Mary Poppins Melody" fut mise de côté, "Ne Dormez Pas" fut maintenue, devenant l’une des nombreuses chansons phares du film. En hommage à cette première approche, la mélodie de "Ne Dormez Pas" fournit la section pont de ce nouvel enregistrement. Une autre séquence avec cette chanson montrait Mary Poppins se reflétant dans un miroir avec son reflet qui chantait la mélodie à sa suite. Ce fut la base d’une séquence de miroir similaire dans "C’est un Morceau de Sucre".

Admiral Boom
L’amiral Boom a retenu les pièges de ses années passées en mer en vivant dans une maison construite comme un bateau avec en plus un toit ressemblant au pont supérieur d’un navire et deux marins, Mr Binnacle et Mr Barnacle comme matelots. La présence des ces deux compagnons peut être vue dans les premières esquisses et dans les parties chantées de "Admiral Boom". Les deux rôles ont finalement été fondus en un seul, Mr Binnacle et comme la chanson n’allait plus avec le reste de l’histoire, Irwin Kostal, l’arrangeur de la musique du film, utilisa la mélodie dans la musique lors de l’apparition de l’amiral Boom. Ce nouvel arrangement prend sa réplique de l’inspiration de la chanson originale - du type d’un numéro musical qui aurait pu être composée par W.S. Gilbert et Sir Arthur Sullivan pour leurs opérettes britanniques de la fin du dix-neuvième siècle.

The Right Side
Une des choses que les frères Sherman reconnurent était le besoin de justifier l’arrivée de Mary Poppins dans la maison des Banks. Ce fut chose faite en rendant les parents distants de leurs enfants, Mr Banks occupé à ses affaires et Mrs Banks occupée à ses activités de suffragette. Ainsi, Jane et Michael sont laissés sans réelle discipline, un peu malicieux et indisciplinés. Le but de Mary Poppins est de remettre les enfants sur le droit chemin et de faire quelque chose pour cette famille fracturée. Beaucoup de moments musicaux étaient donc imaginés dans lesquels Mary pourraient offrir aux enfants des exemples de comment approcher la vie du bon côté. Mary Poppins explique les problèmes de "sortir du lit du mauvais côté" dans cette chanson entraînante qui ne trouva finalement pas sa place dans le film. Mais au début des années 1980 et avec quelques révisions, "The Right Side" fut déplacée de l’allée des cerisiers à la forêt des rêves bleus pour la série de Disney Channel "Les Aventures de Winnie l’ourson".

The Chimpanzoo

Le premier apprentissage de Michael et Jane est à propos d’un étrange zoo à Tombouctou dans cette chanson qui devait à l’origine être interprétée par Mary, Bert et Oncle Albert lors du thé au plafond dans la maison londonienne d’Albert. Quand Jane et Michael commencent à s’agiter, Mary Poppins leur raconte qu’ils pourraient finir au Chimpanzoo, un lieu où les choses sont sens dessus dessous et les animaux vont librement alors que les hommes sont en cage. Walt Disney cependant trouvait que le numéro était superflu par rapport à la séquence et que l’amusante et réjouissante "C’est Bon de Rire" était suffisante. En prenant un élément des dessins de l’histoire dans lequel les animaux du Chimpazoo sont musicalement talentueux, cet enregistrement utilise ces créatures comme voix plutôt que celles de Mary Poppins ou de Bert. Ainsi, quand les animaux jouent du kazoo, Richard Sherman lui-même se joint à eux.

The Land of Sand
Une des séquences prévues pour le film était un voyage autour du monde via un compas magique. Au moins une douzaine de chansons furent envisagées pour cette séquence avant qu’elle ne soit supprimée mais plusieurs des chansons ont voyagé, parfois avec quelques ajustements, dans d’autres projets Disney. "The Land of Sand", un des arrêts prévus durant le voyage vous semblera à n’en pas douter familière. Quand Walt sentit qu’une chanson renforcerait la séquence du python dans "Le Livre de la Jungle" (1967), il suggéra aux scénaristes de demander aux frères Sherman ce qu’ils pouvaient fournir. La mélodie languissante et sinueuse de "The Land of Sand" deviendrait l’accompagnement parfait du sinistre serpent Kaa afin que Mowgli "Aie Confiance" en lui.

North Pole Polka
Un peu de travail de développement avait été fait pour "Mary Poppins" mais à l’insu des frères Sherman, le Studio n’ayant pas encore obtenu les droits d’adaptation cinématographique de l’auteur P.L. Travers. Quand son accord sembla incertain, les Sherman eurent peur que tout leur travail fut mené en vain. Walt Disney assura les deux frères qu’un autre film magique - "L’Apprentie Sorcière" - était en attente et pour lequel beaucoup de chansons de "Mary Poppins" pourraient être utilisées. Même si cette alternative n’a pas été nécessaire, "North Pole Polka" finalement non utilisée pour "Mary Poppins" fut révisée pour "L’Apprentie Sorcière" avant d’être également supprimée de ce film aussi. Une seule chanson du tour du monde de "Mary Poppins" fut utilisée dans "L’Apprentie Sorcière" - "Dans le Bleu de la Mer". En créant ce nouvel enregistrement, Richard Sherman décida de prendre le meilleur des paroles de "Mary Poppins" et de les combiner avec des éléments des paroles de la révision opérée pour "L’Apprentie Sorcière". Et comme prévue à l’origine pour le film, ce sont les animaux du pôle nord qui chantent ce morceau.

The Eyes of Love
Non seulement pour son message plein de cœur mais aussi pour sa mélodie charmante, les Sheman étaient sûrs d’avoir la chanson signature idéale pour Mary Poppins. Cependant quand Julie Andrews prévue pour incarner Mary entendit pour la première fois toutes les chansons du film, elle dit à Walt dans un aparté qu’elle les aimait toute sauf "The Eyes of Love". Elle ne trouvait pas que le thème s’accordait avec Mary. Il manquait seulement le claquement de doigt du personnage de Poppins. Très déçus, les frères Sherman cherchèrent une nouvelle approche et finalement composèrent "C’est un Morceau de Sucre", la mélodie parfaite à se souvenir dans une bande sonore et une chanson parfaite pour la séquence de rangement de la chambre.

Russell Schroeder
M. Schroeder travaille comme artiste pour la Walt Disney Company depuis 29 ans. En plus des "Disney’s The Lost Chords Volumes 1 & 2", Russell a écrit un certain nombre d’autres livres comme "Disney : The Ultimate Visual Guide" et "Mickey Mouse : My Life in Pictures".

MARY POPPINS 

Le réalisateur, Robert Stevenson, disparu en 1986, débuta sa carrière en Angleterre dans les années 30 (La Rose des Tudor, Les Mines du roi Salomon). Pris sous contrat par David O'Selznick, il s'exila bientôt aux États-Unis où il tourna notamment Back Street (1941) et Jane Eyre (1943). Dès 1956 (Le Fidèle Vagabond), il devint l'un des piliers des studios Disney.
Avant Mary Poppins, Julie Andrews s'était produite à Broadway dans les versions scéniques de My Fair Lady et Camelot. Un an plus tard, elle triomphait à nouveau dans La Mélodie du Bonheur de Robert Wise. Mariée au réalisateur Blake Edwards, Julie Andrews fut la vedette (en rupture des films de familles!) des comédies acides de ce dernier : Darling Lili, Top Secret, Ten, S.O.B., Victor Victoria ou C'est la vie !)
L'action du livre de P.L. Travers se situait dans l'Angleterre du début des années 30. Disney, qui dut batailler pour obtenir le consentement de l'auteur, fâchée avec les gens du cinéma, ne se contentera pas de rajeunir l'héroïne du conte (adieu Bette Davis). Il fit reconstruire en studio le Londres de l'époque édouardienne. Mary Poppins (1964) obtint cinq oscars. Un succès inusable de la maison Disney, dont les affiches proclament au fil des ressorties le côté toujours plus supercalifragilisticexpialidocious. Actrice et chanteuse trop méconnue des intellos, la douce et rousse "Julie Poppins" fait merveille dans ce classique des familles qui, en 1964, mêlait sans failles bons sentiments et drôlerie, des pingouins de cartoon et de superbes ballets de ramoneurs en chair et en suie. Disney truque mais l'émotion persiste.
José Gil

Ce film, qui mêle très efficacement photographies et séquences d'animation, est une des plus grandes réussites des studios Disney. C'est même un des plus grands succès de l'histoire du cinéma (records de recettes tant aux États-Unis qu'à l'étranger, et nombreux prix à la clé : meilleure actrice, meilleure chanson, meilleure musique, meilleur montage, meilleurs effets visuels)
Sylvie Devillette et Philippe Blanchet.

Entre Le Dragon Récalcitrant et la mort de Walt Disney, le studio réalisa plus de cinquante films à acteurs - et un nombre bien plus important de téléfilms. Le plus réussi d'entre eux fut Mary Poppins (1964). Adapté du récit de Pamela Travers, ce film fournit à Julie Andrews de spectaculaires débuts à l'écran et battit tous les records du box-office dans le monde entier. Walt Disney avait fait plusieurs tentatives pour obtenir les droits des histoires de Mary Poppins, probablement dans l'intention de les adapter en dessins animés. Ce fut seulement lorsqu'il rencontra Pamela Travers, à Londres, que celle-ci donna finalement son accord [C'est Pamela Travers qui est venue aux Etats-Unis, NdE]. À Burbank, Bill Walsh, personnage-clé - mais méconnu - du programme films à acteurs du studio, commença alors à travailler sur le scénario avec Don DiGradi. Initiateur de nombre de comédies loufoques de Disney, Walsh fut également coproducteur du film. Les frères Richard et Robert Sherman en écrivirent la musique et les chansons. Lorsqu'on en vint à choisir l'actrice qui jouerait la nounou aux pouvoirs magiques, on pensa immédiatement à Mary Martin ou Bette Davis. Mais Disney, qui avait vu Julie Andrews sur scène, dans Camelot, avait été très impressionné par ses talents. Outre qu'elle donna au personnage de Mary Poppins plus d'éclat qu'il n'en a dans le récit originel, Julie Andrews lui apporta son charme et son énergie, ainsi qu'une magnifique voix de chanteuse. Afin d'assurer la continuité du récit, Walsh et DiGradi modifièrent certains passages. Si le film fut loin, dès lors, d'être une traduction fidèle des intentions de Travers, il n'en possède pas moins des qualités propres. Le scénario est bien construit, la comédie bien traitée, les chansons remarquables. Et l'animation, lors des scènes cruciales, lui confère la touche caractéristique de Disney. Durant tout le film, le réel et l'imaginaire se combinent de manière inventive et crédible. En définitive, la mise à contribution de toutes les ressources de l'équipe Disney a permis de produire un film qu'aucun autre studio n'aurait probablement pu réaliser avec autant d'élégance.
Christopher Finch, L'Art de Walt Disney : de Mickey à Mulan