La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

"The Great Dog Robbery" ("Le Plus Grand Vol de Chiens") était le titre original de cette enquête canine quand elle apparut pour la première fois en feuilletons dans le magazine Woman's Diary. L'auteur, Dodie Smith, publia ensuite l'histoire dans son intégralité sous le titre "Les 101 Dalmatiens". Lorsque Walt Disney souhaita porter l'histoire à l'écran, les animateurs pouvaient compter sur un nouveau procédé, la photocopieuse Xerox. Non seulement, cela permit au Studio d'animer 101 chiens tachetés de la même façon, mais ce procédé révolutionna l'industrie du dessin animé dans son ensemble.

Note du producteur

Quand je restaure une bande sonore d'un classique,j'essaie autant que faire se peut de rester proche de l'intention première du compositeur et de faire que la musique progresse tout naturellement. Pour cette restauration, j'ai pris certaines libertés particulièrement avec la chanson "Cruella d'Enfer" du fait de la nature même de sa composition. Vous vous souvenez sans doute de la scène du film dans laquelle Roger compose une petite mélodie bluesy quand soudain Cruella débarque. A ce moment-là, Roger fait de Cruella le sujet de sa chanson. Il chante sa nouvelle composition à Anita qui lui interdit de descendre alors que la méchante entre chez eux. Pendant qu'Anita et Cruella discutent au rez-de-chaussée, Roger continue de jouer la mélodie au piano - et de tout un tas d'autres instruments - dans le grenier.
Au moment où je reconstruisais cette séquence, j'ai retrouvé le morceau de piano intact et dans son intégralité. Afin de coller au film le plus possible, je l'ai monté avec les autres instruments qui avaient tous été enregistrés séparément. Après avoir ainsi dupliqué la scène, je m'apercevai que sans les images du film pour accompagner la musique, les bruits de klaxon étaient destabilisant. Je decidai alors de seulement laisser la piste de piano. Ce n'est pas de cette façon que le passage apparaît dans le film, mais j'ai estimé qu'il était préférable de procéder ainsi pour la bande originale du film. Hormis quelques autres petits changements, vous trouverez que la bande originale des 101 Dalmatiens est plutôt fidèle au film. Pendant ce travail de restauration, j'ai retrouvé un acétate des démos de Mel Levin pour "Cruella D'Enfer". Un de ceux-ci était intitulé "Cruella De Vil - Nonsense Version". Cette chanson est une émanation de la raillerie de cour de récréation "Nobody likes you, everybody hates you" ("Personne ne t'aime, tout le monde te déteste") et est interprétée par Mel Levin lui-même.

Randy Thornton,
Producteur
3 septembre 1998  

Les 101 Dalmatiens, sorti en janvier 1961, marque l'introduction de la Xérocopie chez Disney. Sans cette technique, le film n'aurait probablement pas pu se faire. Adapté d'un livre de Dodie Smith, il se signale au moins à deux égards : c'est le premier long métrage d'animation de Disney situé dans un décor contemporain et le premier, également, conçu par un seul scénariste. Bill Peet était un artiste talentueux et opiniâtre, doublé dun merveilleux conteur.Il élabora l'histoire des 101 Dalmatiens de sa propre initiative, comptant sur l'inattention de Disney.
Après l'apparition du photocopieur Xerox, Ub Iwerks, qui avait mis au point de nombreuses innovations techniques, eut l'idée de l'adapter pour l'animation Il créa une énorme machine qui permettait de copier les dessins au crayon des animateurs sur des cellulos. La technique s'appliquait à la perfection à un film dans lequel apparaissaient en même temps des dizaines de chiens tachetés. Il suffisait à l'animateur de dessiner quelques chiens, que la caméra multipliait de façon à remplir l'écran. Réalisée avec soin, I'opération passait inaperçue.
Comme la Xérocopie permettait de copier les dessins d'animation, il était désormais possible de voir le résultat immédiatement, sans que les contours soient tracés à l'encre sur des cellulos. Mais le procédé avait un sérieux inconvénient: le photocopieur ne pouvait pas reproduire le trait délicat qui donne son caractère unique au dessin de l'animateur; les contours des personnages devaient être tracés à gros traits. Disney était convaincu qu'on revenait aux années vingt, avant que l'animation ne devienne raffinée et élégante.
Le public, quant à lui, apprécia la facture plus moderne de l'animation, et Les 101 Dalmatiens rapporta bien au-delà des quatre millions de dollars investis
Bob Thomas, L'Art de l'Animation

L'emploi de la caméra Xérox permit de transférer directement les dessins des animateurs sur les cellulos, sans recourir à l'encrage. Imaginé par Ub Iwerks - revenu au studio en 1940 comme directeur des effets spéciaux -, cet appareil fut utilisé durant les trois décennies suivantes et imposa une approche très graphique de l'animation, en mettant l'accent sur les aspects rectilignes.
Sans la caméra Xerox, la réalisation des 101 Dalmatiens aurait été impossible, ou du moins extrêmement difficile. Dans certaines scènes, des dizaines de chiots - chacun abondamment tacheté - emplissent littéralement l'écran. Grâce au système Xerox, les dessinateurs purent animer un petit groupe de chiots, puis répéter leurs mouvements, en les espaçant suffisamment pour que les répétitions soient imperceptibles.
Située en Angleterre, I'action du film traîne un peu en longueur et ne s'anime réellement qu'avec l'entrée en scène de Cruella - autre magnifique méchante de Marc Davis - , déterminée à se faire un manteau avec la peau des petits dalmatiens. Dès lors, le rythme s'accélère jusqu'au dénouement sans fléchir.
La partie la plus intéressante de l'animation est probablement celle réservée aux personnages humains, qui furent dessinés avec une licence jusqu'alors inconnue des films de Disney. Les coudes et les genoux ne sont pas toujours à l'emplacement qu'on leur trouve dans les ouvrages d'anatomie, mais tout fonctionne. Cruella est particulièrement mémorable : son visage, mi-masque de mort mi-gravure de mode, reflète parfaitement sa personnalité, à la fois terrifiante et risible. Avec Les 101 Dalmatiens, le studio retrouva une grande part de son assurance d'antan et se forgea un nouveau paradigme. Il semble néanmoins que Walt Disney ait détesté le style du film. Mais le public l'accueillit chaleureusement et en fit un retentissant succès commercial.
Christopher Finch, L'Art de Walt Disney de Mickey à Mulan