La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

BANDE ORIGINALE DU FILM
ENREGISTREMENT ORIGINAL REMASTERISÉ EN 1990


Leopold Stokowski et le Philadelphia Orchestra

Sorti en 1940, Fantasia n'a pas seulement établi l'animation au rang d'art mais a révolutionné le monde de la bande sonore. Jamais auparavant, un film n'avait utilisé un système stéréophonique entourant les spectateurs de musique. Ce mélange poétique d'enregistrements classiques et d'animation raffinée confronta les cinéphiles à un événement cinématographique entièrement nouveau. À présent, vous pouvez profiter de la magie du "Fantasound" avec cet enregistrement original remasterisé. En célébration du 50ème anniversaire de FANTASIA, les enregistrements originaux de Leopold Stokowski ont été soigneusement nettoyés et restaurés. Cette nouvelle édition ravivera les mémoires d'une ère musicale la plus élémentaire ajoutée à l'éclat que redonne la technologie moderne. L'exécution qui en résulte réjouira les amoureux de FANTASIA, jeunes et vieux.

FANTASIA sortit sur les écrans en 1940, douze ans seulement après la création de Mickey Mouse. En comparaison de la série de gags en noir et blanc de Mickey avec une bande son primitive, Fantasia apparut comme un art somptueux avec un son grandiose. La plus grande différence réside dans le progrès immense fait par Walt et son équipe. Comme Disney se souvenait : « Bien que les Mickey étaient des succès, nous voulions tous faire un type d'images totalement différentes de ces singeries. C'est dans ce sens que les Silly Symphonies commencèrent. Comme fond musical, nous avions l'habitude d'utiliser des grands classiques comme "Turkey in the Straw" ou "Frankie and Johnnie". Et l'essence même du sujet appelait toujours quelque chose qui devait être en rapport avec la musique utilisée ».
Pendant toutes les années trente, Walt Disney progressait beaucoup avec sa série de dessins animés, les Silly Symphonies, mais ils ne furent considérés que comme une étape vers laquelle tendait le film animé longue durée."Blanche Neige et les Sept Nains", son premier long-métrage, avait posé un modèle d'excellence et Disney réalisa que tous ses futurs films devaient lui être égal ou supérieur en qualité.
En dérogeant aux Silly Symphonies, Disney décida de sélectionner un morceau de musique qui avait déjà une histoire en elle-même. Il n'y eut aucune discussion quand "L'Apprenti Sorcier" de Paul Dukas fut suggéré. La musique, racontant la légende d'un apprenti capricieux qui découvrit qu'il ne pouvait pas manipuler les pouvoirs de son maître, était idéale pour essayer le nouveau concept. Dès que les droits furent acquis, Walt Disney songea à l'utilité d'un chef d'orchestre célèbre pour ajouter un certain prestige à son projet. Leopold Stokowski, chef d'orchestre de la formation de Philadelphie depuis 1912, se souvient : « J'ai rencontré Walt pour la première fois dans un restaurant. Je dînais seul à une table près de lui et il m'appela. Pourquoi ne pas s'asseoir ensemble ? Alors il commença à me raconter qu'il s'intéressait à "L'Apprenti Sorcier" de Paul Dukas comme possible court-métrage et me demanda si j'aimais la musique. Je dis alors que j'aimais beaucoup et que je serai très heureux de travailler avec lui ». Dans les discussions suivantes, les collaborateurs de Disney découvrirent que Stokowski avait des idées très intéressantes sur la contribution des couleurs qui pouvait être parfaite dans le domaine de l'animation ; ils découvrirent également qu'il avait déjà expérimenté des méthodes révolutionnaires d'enregistrement du son pour les films.
Les animateurs et scénaristes de Disney commencèrent à travailler sur l'histoire vers la fin de l'année 1937. Une des premières décisions fut de confier le rôle principal à la star la plus populaire du studio Disney, Mickey Mouse ; une décision avec laquelle M. Stokowski ne fut d'abord pas vraiment d'accord puisqu'il avait suggéré la création d'un personnage nouveau et différent pour le rôle. Les artistes devaient se rappeler sans cesse que l'animation devait être faite sans dialogue ni effets sonores, reposant seulement sur la pantomime et la musique descriptive.
Au fur et à mesure que l'enregistrement et l'animation progressaient, les coûts du film grimpèrent rapidement de manière alarmante. "L'Apprenti Sorcier" était achevé en 1938 mais son coût était de trois ou quatre fois supérieur à une Silly Symphony normale, et Disney vint à réaliser qu'il ne pourrait jamais rentrer dans ses frais si le film était exploité en tant que court-métrage. Disney pensa alors à faire un film de long métrage. Le superviseur de la production, Ben Sharpsteen, se souvient : « La qualité était l'objectif premier de Walt, les spectateurs suivraient la qualité. Ce fut la naissance d'un nouveau concept, un ensemble de numéros séparés - sans se soucier de leur durée - se mettent ensemble dans une présentation unique. C'était devenu un concert ; quelque chose de nouveau et de grande qualité ».
Disney demanda à Stokowski de retourner au studio pour aider à sélectionner les morceaux musicaux qui devraient être inclus et lui adjoint comme conseiller musical, Deems Taylor, compositeur et critique musical. Walt Disney ne pouvait pas se réclamer lui-même musicien. Néanmoins, Stokowski dit que Disney était un musicien par nature, par instinct. En travaillant sur Fantasia, Stokowski était constamment surpris par les réactions et impressions que Disney éprouvait vis-à-vis de la musique des grands compositeurs. Ensemble, ils écoutèrent une centaine de pièces maîtresses mondialement connues, entendant les disques pendant des heures, arrangeant des tentatives de programme et les réarrangeant encore, suggérant l'action qui pourrait être utilisée pour illustrer les différents morceaux. Les œuvres qui furent choisies étaient très différentes en ton et en tempo, avec l'idée que l'orchestre devrait exécuter un concert le soir, illustré sur l'écran par la virtuosité de Disney et de son équipe.
A mesure que les éléments formant le programme se mettaient lentement en place, ce fut une décision unanime d'ouvrir le concert avec la "Toccata et fugue en ré mineur" de Bach. Stokowski était connu pour la réécriture de plusieurs œuvres pour clavier de Bach, et sa première représentation du nouvel arrangement de ce morceau avec l'Orchestre de Philadelphie avait fait sensation, et l'ajouta pour toujours au répertoire symphonique.


Le morceau ne porte pas de titre, à part celui purement descriptif. Il n'évoque pas d'images ni d'actions définies, ne raconte pas d'histoire. Il fut choisi parce qu'il donnait aux artistes une chance de travailler avec un morceau de musique abstraite. Ainsi, Walt Disney se souvint : « Les idées abstraites n'étaient pas des idées qui venaient d'un coup. Elles étaient plutôt quelque chose qui nous trottait dans la tête depuis plusieurs années mais nous n'avions jamais eu la chance de les expérimenter, ceci dû au fait que le type d'images inventées à cette époque ne nous autorisait pas à incorporer ce type de matériel dans les films ».Un des premiers pas concrets de Disney fut l'embauche du réalisateur allemand, Oskar Fischinger pour donner des conseils à son équipe.
Dans la séquence "Casse-Noisette", l'équipe de Disney se surpassa en trouvant de nouvelles voies révolutionnaires dans la manipulation des couleurs, des pastels, des crayons, et en explorant de nouvelles voies de maniement de la gigantesque caméra multiplane.
La musique de Tchaïkovski attirait Disney, mais il ne choisit pas d'utiliser les personnages habituellement associés avec elle - le Casse-Noisette lui-même n'est vu nulle part - mais plutôt de concevoir de nouveaux personnages provenant du monde de la nature. Les deux premiers mouvements de la Suite ont été supprimés et l'ordre originel du mouvement altéré, mais aucun grand mal n'a été fait.
Suivant la note d'humour du programme de "L'Apprenti Sorcier", vint le morceau le plus moderne, "Le Sacre du Printemps" de Stravinski. Le public, à la première représentation à Paris, était si peu familier avec le son discordant et les rythmes brutaux que des spectateurs furent choqués. D'autres étaient intensivement excités et la représentation prit fin brusquement à cause d'une bagarre. Dans les années plus récentes, "Le Sacre du Printemps" est devenu aux regards des musiciens et des critiques, un événement majeur au sein de la musique moderne. Pendant des années, depuis la vision des dessins animés de "Gertie le Dinosaure", Walt Disney avait été intrigué par la force et le caractère sauvage de ces créatures préhistoriques. Il décida d'utiliser "Le Sacre du Printemps" pour dépeindre de façon scientifique les débuts de l'univers et suivre l'évolution de la terre ; d'une masse de gaz en fusion jusqu'à la disparition des dinosaures.
Beethoven écrivit sa Sixième Symphonie, la "Pastorale", se rappelant une vision champêtre idyllique. Les artistes de Disney prirent la même disposition dans leur visualisation, mais transposèrent la scène si familière au compositeur sur les magnifiques versants du Mont Olympe, demeure traditionnelle des dieux grecs. Prenant les personnages en dehors du monde de la mythologie et leur apportant une vie mouvementée, les artistes présentèrent des gags qui rappellent les Silly Symphonies.
Ponchielli, une figure importante de l'opéra italien moderne, écrivit la musique du célèbre ballet "La Danse des Heures" pour son opéra, "La Gionconda". Puisque la musique était si connue, les artistes de Disney n'eurent pas de remords à l'utiliser sur un mode comique et le design fut inspiré de l'artiste allemand, Heinrich Kley, qui présentait une parodie extravagante du ballet, comprenant une troupe de danse dont les goûts et couleurs n'avaient jamais été vus avant. Pour leurs recherches, les artistes passèrent des heures à étudier les animaux dans les zoos alentours et à aller aux ballets. Le film de références physiques fut joué par des ballerines menées par la future Marge Champion, ainsi les animateurs purent étudier plus attentivement les mouvements de danse.
Le projet le plus ancien et que Walt Disney tenait beaucoup à cœur était la séquence basée sur "Une Nuit sur le Mont Chauve" de Moussorgski. En animant la puissance impressionnante des forces du mal de l'Ombre et le triomphe ultime de la Lumière, Walt Disney pensa que cette séquence serait une apogée appropriée au film, juxtaposée avec l' "Ave Maria" qui suit. Disney et ses artistes trouvaient que le contraste entre le sacré et le profane ferait ressortir ces deux numéros à tel point qu'un pont musical devait être trouvé pour créer l'harmonie ; mais en fait, "Une Nuit sur le Mont Chauve" se termine par une note calme, la même qui commence l' "Ave Maria", ainsi, le pont n'était plus nécessaire. La chanson de Schubert contient des paroles anglaises qui furent spécialement écrites pour Fantasia par Rachel Field. La séquence comporte une utilisation spectaculaire de la caméra multiplane.
Depuis les premières discussions, Walt Disney et Leopold Stokowski voulaient expérimenter des nouvelles techniques de projections et de son. Le rêve de Disney était de projeter le film sur écran large, précédant de plusieurs années le format CinémaScope, projet irréalisable économiquement à l'époque ; en revanche, le travail progressa sur ce qui devait être la première utilisation du son stéréophonique, appelé le Fantasound. Il comprenait l'enregistrement sur plusieurs pistes et un système unique de haut-parleurs si bien que le son entourerait le public. Les cinémas auraient dû être spécialement équipés, à grands frais, créant par ce fait une distribution limitée.
Un concours fut organisé au sein du studio Disney pour sélectionner un titre pour le film avec plus de 2000 noms suggérés. Finalement, Fantasia fut retenu : c'est un terme musical avec deux significations, la première désigne un compositeur s'écartant de la norme acceptée, la seconde est un potpourri d'air familiers.

La première de Fantasia eut lieu le 13 novembre 1940 au Broadway Theater à New York. Hermine Rich Isaacs écrivit dans Theater Acts : « Ce soir, les spectateurs furent confrontés pour la première fois à un large spectacle avec deux innovations majeures : une association ingénieuse entre la musique classique et le film animé et une méthode infiniment perfectionnée de reproduction du son ». Time Magazine consacra sa Une à Fantasia ainsi qu’un article de trois pages. Ce dernier n'apparut pas sous la rubrique Cinéma mais sous celle de Musique. La plupart des critiques dans les comptes-rendus se concentrèrent sur la "Pastorale" et "Le Sacre du Printemps". Les spectateurs et critiques de l'époque furent confrontés à des images qui étaient souvent diamétralement opposées aux conceptions qu'ils avaient imaginées en écoutant ces musiques familières. Mais aujourd'hui, Fantasia est devenu un classique du cinéma américain si bien que les vues de Disney sont devenues presque aussi familières que la musique.
Walt Disney mentionna dans Time qu'il espérait que Fantasia tourne pendant des années, « peut-être même après ma mort ». Et il fallut bien attendre 1969 pour que Fantasia rapporte des bénéfices ; le film appelait un public différent que celui habitué de Disney, la distribution ne se fit que dans seulement 14 villes et la plupart des marchés étrangers étaient coupés par la Seconde Guerre Mondiale. Mais aujourd'hui, il est considéré comme un véritable classique du cinéma et les spectateurs se bousculent pour le voir. Les différentes reprises qui ont eu lieu depuis 1969 ont connu un succès jamais démenti.
Fantasia était plus qu'en avance sur son temps, il était révolutionnaire. Il n'établit pas seulement l'animation au rang d'art car c'est bien ce qu'il est, mais il introduisit le son stéréophonique aux films et popularisa la musique classique auprès des spectateurs cinéphiles. En célébration du 50ème anniversaire de Fantasia, les enregistrements originaux de Stokowski ont été nettoyés et restaurés à travers des technologies digitales et analogiques très perfectionnées. Cette bande originale historiquement préservée offre aux générations futures d'amoureux de la musique tout l'éclat authentique de Fantasia.


David R. Smith
Archives Walt Disney, 1990.



Fantasia, un des films d’animation phare de Disney, est sorti à la fin de l’année 1940 à la faveur d’excellentes critiques. Le film combine les techniques d'animation les plus belles avec certaines des musique les plus magnifiques jamais composées. C’était le nec plus ultra de la visualisation de la musique. Walt Disney déclara : « Dans notre profession qui est un voyage sans fin de découverte dans les domaines de la couleur, du son et du mouvement, Fantasia représente notre aventure la plus passionnante. Enfin, nous avons trouvé un moyen d'utiliser dans notre media la plus grande musique de tous les temps et le flot de nouvelles idées qu'elle inspire. »

Le film lui-même est la conséquence d'une Silly Symphony que Disney comptait produire pour relancer la popularité de Mickey Mouse. À la fin des années trente, Mickey Mouse était quelque peu éclipsé en popularité et ce nouveau dessin animé luxueux devait faire revivre sa grandeur passée. Walt explique : « Bien que les Mickey (Mickey Mouse Sound Cartoons) étaient réussis, chacun de nous voulait faire un type de film qui irait plus loin que l’habituelle slapstick [comédie tarte à la crème]. C’est ainsi que les Silly Symphonies ont commencé. » Mais comme point de départ de l'habituel dessin animé des Silly Symphonies, Walt choisit un morceau de musique qui avait une histoire déjà établie. « Et le sujet était toujours quelque chose d'attrayant qui serait en lien avec l'utilisation de la musique. »

Bien sûr, ce morceau de musique était celle de l’Apprenti Sorcier de Paul Dukas, qui a été largement approuvée par les scénaristes et les animateurs de Disney. La musique raconte l'histoire d'un apprenti rebelle qui découvre qu'il ne peut pas contrôler les pouvoirs de son mentor de sorcier. C’est une histoire merveilleuse pour Mickey que de jouer l'apprenti, en plus, il offre un tableau musical riche pour les animateurs qui s’amuseront avec.

Une fois que le studio obtient les droits sur la musique, Walt Disney commence à songer à utiliser un chef d’orchestre reconnu pour ajouter du prestige et de la notoriété au nouveau court métrage. Walt était toujours intéressé par d'autres artistes de l'époque et en a rencontré un certain nombre comme Norman Rockwell, Oskar Fischinger, George Biddle, Thomas Hart Benton, Ernest Fiene et Grant Wood, entre autres. Un talent musical bien connu que Walt appréciait était Leopold Stokowski, le célèbre chef d’orchestre de l'Orchestre de Philadelphie. Stokowski se souvient : « J’ai rencontré Walt Disney dans un restaurant. J’étais seul en train de dîner à une table près de lui, et il me dit : « Pourquoi ne nous asseyons pas ensemble ? » C’était au célèbre restaurant Chasen’s à Beverly Hills, et Walt raconte à Stokowski son intention de faire un court métrage de Mickey sur l’Apprenti Sorcier de Dukas. Walt était ravi à l'idée de travailler avec Stokowski sur le court métrage déclarant : « Je suis très enthousiaste à l'idée et je crois que l'union de Stokowski et de sa musique, avec le meilleur de notre media, sera l’occasion d'un grand succès et devrait conduire à un nouveau style de présentation cinématographique. Grâce à ce support combiné, nous pourrions faire des choses qui seraient impossibles par toute autre forme du cinéma actuel. » Au cours des discussions supplémentaires avec Stokowski il apparait qu'il a un certain nombre d'idées intéressantes impliquant la coloration instrumentale qui se prêterait à l'animation. Stokowski a déjà fait beaucoup d'expérimentation de nouvelles techniques dans l'enregistrement sonore pour les films. Il va s’avérer être un excellent partenaire.

La production du court métrage L'Apprenti Sorcier progresse rapidement ; les scénaristes et les animateurs commencent ainsi leur travail à la fin de l’année 1937. Comme il n'y a pas de dialogue ni d’effets sonores, on dit aux artistes que le court métrage repose entièrement sur « la pantomime et la musique descriptive. » Les coûts du film dégénèrent rapidement et au moment où il est achevé en 1938, le budget pour le court métrage a été multiplié par quatre par rapport à une Silly Symphony classique. Walt et son frère, Roy O. Disney, réalisent que le film ne serait jamais rentable s’il sort uniquement en court métrage comme il était prévu initialement.

Voilà où l'idée de faire un film de long métrage est née. Ben Sharpsteen, le superviseur de la production, se rappela plus tard : « La qualité était essentielle dans l'opinion de Walt ; le box-office suivrait la qualité. Ce fut la naissance d'un nouveau concept, un groupe de numéros séparés - indépendamment de leur durée - mis ensemble dans une présentation unique. Ce serait comme un concert - quelque chose de nouveau et de grande qualité. » Alors Walt demanda à Stokowski de revenir au studio et de l’aider à sélectionner les œuvres musicales supplémentaires qui serviraient à étoffer le nouveau long métrage.

Disney invita également Deems Taylor, à l'époque un compositeur et un critique musical fameux, à se joindre à lui et à Stokowski pour sélectionner la musique additionnelle pour le film. Le laborieux processus de sélection et de programmation pouvait commencer. Le processus comprenait l'écoute de centaines d'enregistrements d'œuvres classiques, leur étude et de longues discussions avant que les huit compositions finales ne soient choisies. Les sélections finales sont : Toccata et Fugue en ré mineur de Bach, Casse-Noisette de Tchaïkovski, le Sacre du printemps de Stravinski, la Symphonie pastorale de Beethoven, La Danse des Heures de Ponchielli, Une Nuit sur le mont Chauve de Moussorgski, l'Ave Maria de Schubert et l'Apprenti Sorcier de Dukas.

Il y avait une neuvième œuvre sélectionnée, Clair de Lune de Claude Debussy, qui a été mise en production avec l'idée qu’il n’y aurait « pas trop d’animation », mais une mise en valeur des décors. Le morceau de musique est un beau moment languissant comme le nettoyage d’une palette après le deuxième plat d'un bon repas. Walt considérait ce segment de quatre minutes comme un « contraste entre ce que nous avons avant et après ». Clair de Lune a finalement été coupé du programme, mais les éléments visuels créés ont finalement été utilisés dans la séquence Blue Bayou du film composite de 1946 Make Mine Music. En bonus [de The Legacy Collection 2015], nous avons inclus l'enregistrement original de Clair de Lune en Fantasound par Stokowski.

Le film était connu au studio sous le titre de "The Concert Feature" et les artistes affectés aux différents segments étaient occupés à apprendre à connaître intimement chaque composition. Walt Disney estime que pour chaque composition musicale saisissante, il y a aussi une belle image. C’était le travail des artistes de visualiser la beauté intérieure de chaque composition musicale et de découvrir les images qui accompagneraient chaque sélection.

Pendant ce temps, une équipe d'ingénieurs du son et des musiciens du studio sont envoyés à Philadelphie pour enregistrer l'Orchestre de Philadelphie de renommée internationale. L'orchestre de cent trois musiciens utilisa trente-trois micros pour enregistrer la musique sur neuf pistes séparées pour le nouveau long métrage. Sur les neuf pistes, sept capturaient le son de divers groupes d'instruments tels que les cuivres, les bois et les cordes ; un microphone enregistrait tout l'orchestre et un microphone était utilisé pour créer une "click track" que les animateurs devaient utiliser pour créer l'animation sur le tempo de la musique. Une "click track" est tout simplement une série de sons audibles qui dénotent les battements d'une composition musicale. Il est semblable au son d'un métronome. Ces battements sont marqués sur une feuille d'exposition que les animateurs utilisent dans la création de l'action d'animation de sorte qu'il est en synchronisation avec la musique.

L'orchestre a enregistré environ 483 000 pieds de son dans un marathon de 42 jours sur la scène de la Philadelphia Academy of Music. L'équipe du film condense toutes les pistes jusqu'à environ 18 000 pieds de musique sur quatre pistes afin d’être utilisée dans le film final. Alors que le processus d'enregistrement à Philadelphie est en cours, les scénarios sont en cours d'élaboration, l'animation est en production et une équipe de techniciens et d’ingénieurs du son de Disney avec les ingénieurs de RCA sont occupés à inventer un nouveau système sonore. Ils ont passé près de deux ans à essayer de perfectionner un type de reproduction sonore qui mettrait en valeur chaque note de chacune des musiques de la meilleure façon possible. Walt estimait que le son de la salle de cinéma classique de l’époque qui utilisait un haut-parleur derrière l'écran était trop métallique et inadéquat pour représenter pleinement au public la richesse de l'expérience d’une présentation luxueuse d’une salle de concert avec orchestre. « Nous voulions reproduire ces chefs-d'œuvre comme l’Ave Maria de Schubert et la Sixième Symphonie de Beethoven de sorte que le public se sente comme s’il se tenait sur scène avec Stokowski », dit-il.

Les studios d’animation Walt Disney ont toujours été à la pointe de la technologie avec de nouvelles avancées technologiques et des inventions régulières. L'idée de ce nouveau système de son trouvait son origine dans les efforts de Walt pour donner au public un frisson nouveau ou quelque chose qui n'avait jamais été fait avant afin que le film soit une expérience totale. On enlèverait le seul haut-parleur derrière l'écran, et on disposerait une série de haut-parleurs qui entoureraient le public du cinéma répandant le son dans l'ensemble de la salle ; le son surround. C'était semblable à une technique de son stéréophonique que Stokowski expérimenta au début des années 1930. Walt était aussi intéressé d’avoir « un projecteur qui projetterait tout autour de la salle. » Il voulait que l'ombre du balai dans L'Apprenti Sorcier « marche de chaque côté de la salle ». Le rêve de Disney de présenter ses films sur écran large, qui précède le Cinémascope de plusieurs années, s’avère économiquement irréalisable à l'époque. Mais le travail continue sur la première utilisation d'un système de son stéréophonique qui deviendrait connue sous le nom de Fantasound. Les cinémas devront être spécialement équipés de ce système sonore révolutionnaire, nécessitant une distribution du nouveau film de concert comme une tournée. Une tournée ferait qu’un petit nombre de cinémas à travers le pays, spécialement équipés avec le système de Fantasound, projetteraient le film sur une longue durée.

Le film fut en production durant près de trois ans et nécessita l’intervention de près d'un millier de personnes. Plus de soixante animateurs sont intervenus dirigés par onze réalisateurs au total. Les décors du film ont été le résultat d'une vingtaine de peintres. Le film requerra le talent de scénaristes, de concepteurs des personnages, des animateurs d’effets spéciaux et d’une armée d’encreuses et de gouacheuses pour terminer. Plus d'un million de dessins différents ont été utilisés pour terminer le nouveau film.

Vers la fin de la production, Walt organisa un concours avec le personnel du studio pour trouver un titre pour "The Concert Film" et plus de deux mille suggestions furent soumises. C’était Stokowski qui avait décrit le film comme une "fantasia" qui est une composition musicale qui ne suit pas une forme traditionnelle. Walt savait que sa recherche d'un titre approprié était plus que le mot suggéré de fantaisie et était aussi un terme musical signifiant une collection d'airs familiers. Il convient de noter que, hormis Ben Sharpsteen qui fournit la supervision de la production sur l’ensemble du film, l'équipe légendaire de scénaristes Joe Grant et Dick Huemer prirent en main l'histoire globale de Fantasia. La direction musicale fut assurée par Edward H. Plumb avec un montage de Stephen Csillag. Les enregistrements ont été réalisés par William E. Garity, C.O. Slyfield et J.N.A. Hawkins.

Ce qui suit sont des notes de production pour chacune des séquences avec des informations supplémentaires sur les différents aspects de ces segments. Lorsque cela est possible, des crédits ont été ajoutés et divers artistes ont été cités pour leurs contributions remarquables aux œuvres individuelles.

Toccata et Fugue par Jean-Sébastien Bach
Toccata et Fugue en ré mineur par Jean-Sébastien Bach (1685-1750) a été composée à Asnstadt, en Allemagne, entre 1703 et 1717. De tous les numéros de Fantasia, Toccata et Fugue a présenté les plus grands défis pour les artistes de Disney. L’œuvre était une composition qui n'avait pas de vrai titre autre que descriptif ; la musique n'évoquait pas d’images précises et ne suggérait aucune action ni ne racontait une histoire. C’était un morceau abstrait de musique et les artistes décidèrent une solution simple, le projeter à l'écran avec des images abstraites. Walt Disney rappelle : « L’idée d’images abstraites n’a pas été soudaine. Au contraire, nous y avions pensé depuis plusieurs années, mais nous n'avions jamais eu l'occasion d'essayer, parce que le type d'images tourné à l'époque ne permettait pas que nous intégrions tout de ce type de matériel. »

Les premiers concepts du segment ont été réalisés par Cy Young, un animateur d’effets très qualifié. Ses premiers dessins ont été influencés par les modèles qui peuvent être vus sur les pistes sonores optiques sur le bord de la pellicule. Walt a ensuite embauché Oskar Fischinger, un cinéaste expérimental allemand, pour travailler avec les jeunes en développant davantage l’aspect de la séquence. Walt a finalement rejeté ce qu’Oskar Fischinger avait développé le trouvant trop "croquignolet" [dinky]. Fischinger n'avait pas l'habitude de travailler à plusieurs dans un environnement de studio et partit désespéré avant que l’œuvre ne soit achevée en 1939.

La fugue commence avec des images qui deviennent de moins en moins concrètes. Sont-ce les archets de violon qui volètent comme des hirondelles sur l'écran ? Ils se déplacent comme des cercles, puis se divisent et se croisent comme les voix de l'orchestre se croisent à l'unisson avec eux. Ensuite des formes de nuages épais traversent l'écran, et d’étranges formes vaporeuses serpentent et ondulent en écrivant dans le ciel. Ceux-ci deviennent une masse ondulante curieuse qui pourrait être un ruisseau ou une dune de sable en mouvement. Le thème est annoncé. Quelque chose comme une comète scintille à travers les ondulations. La réponse. Une autre comète passe dans la direction opposée. Lentement, les masses nuageuses se rassemblent dans ce qui pourrait être un vaste ensemble de tuyaux d’orgue. La fugue atteint sa péroraison. Avec le dernier orgue gigantesque comme des cordes, les nuages se dissolvent dans un flamboiement de lumière, contre lesquels se dresse la silhouette nerveuse et vibrante du chef d’orchestre.

Samuel Armstrong a réalisé la séquence et le développement de l'histoire est de Lee Blair, Elmer Plummer et Phil Dike. Robert Cormack est crédité pour la direction artistique tandis que Joe Stahley, John Hench, et Nino Carbe ont créé les décors. L'animation a été faite par les animateurs vétérans des effets Cy Young, Daniel MacManus, George Rowley et Joshua Meador ainsi que les animateurs Edwin Aardal et Cornett Wood.

Casse-Noisette de Piotr Ilitch Tchaïkovski
Le ballet intégral Casse-Noisette de Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) a été composé pour l'Opéra de Saint-Pétersbourg, où il a été d'abord joué en décembre 1892. Dans la version de Fantasia, vous ne trouverez pas de Casse-Noisette, car les deux premiers mouvements ont été supprimés et l'ordre original des mouvements a été modifié. En concevant les images animées pour aller avec la musique, Walt Disney et son équipe envisagèrent la suite comme un ballet de la nature, six scènes, dansées par les plantes et les fleurs.

Danse de la fée Dragée
C’est le matin et les fées, de minuscules créatures parfaites aux ailes vaporeuses, portent des baguettes magiques et éclatantes comme des lucioles, virevoltent à travers les fleurs, et les touchent de leurs baguettes magiques. Alors qu’elles font cela, les pétales s’ouvrent soudain scintillant de rosée.

Danse chinoise
Un groupe de champignons s’agitent vigoureusement pour rejeter la rosée. Comme ils le font, ils deviennent de petits mandarins, vêtus de longues robes et portant des chapeaux de coolie. Le plus petit du lot n’a pas le rythme dans la peau et il a beau essayer tant qu’il peut il n’y parvient pas. Les personnages des champignons ont été conçus par Elmer Plummer.

Danse des Mirlitons
Des pétales tombent à la surface du ruisseau. Comme ils touchent l'eau, leurs pétales s’aplatissent lentement incurvée vers l’arrière jusqu'à complètement se renverser, ils se révèlent être une troupe de petites ballerines avec des jupes longues.

Danse arabe
Nous sommes dans les profondeurs de la rivière maintenant dans une forêt de plantes aquatiques qui gracieusement ondulent dans le courant. Comme la scène se développe doucement, nous voyons quelques beaux poissons rouges dans une danse langoureuse et gracieuse.

Danse russe
Nous voyons un chardon, ou est-ce un cosaque avec une chemise ceinturée, un grand chapeau et des bottes ? Ses compagnons sautent pour se joindre à lui. Un groupe de jolies filles paysannes entre avec des coiffes pittoresques et des jupes bombées ou sont-elles des orchidées ?

Valse des Fleurs
Les fées d'automne volètent parmi les arbres. Chaque fois que l'une d'elles touche une feuille, elle change de couleur. Les fées volent bas parmi les gousses d'asclépiades et comme elles les touchent, elle libèrent les graines soyeuses d'asclépiade, chacune une petite ballerine dans une jupe bouffante, son manque son lisse et élégant. Maintenant, les fées du gel apparaissent ; puis la neige commence à tomber, les flocons grossissent et si grands que nous voyons les cristaux comme le modèle d’un bijou incroyable.

Casse-Noisette a été réalisé par Samuel Armstrong avec le développement de l'histoire par Sylvia Mobely-Holland, Norman Wright, Albert Heath, Bianca Majolie et Graham Heid. La direction artistique est confiée à Robert Cormack, Al Zinnen, Curtiss D. Perkins, Arthur Byram et Bruce Bushman tandis que les décors sont de John Hench, Ethel Kulsar et Nino Carbe. L'animation a été réalisée par Art Babbitt, Les Clark, Don Lusk, Cy Young et Robert Stokes.

L'Apprenti Sorcier de Paul Dukas
L'Apprenti Sorcier est un scherzo pour orchestre de Paul Dukas (1865-1935) sur la base de la ballade de Goethe "Der Zauberlehrling". Un scherzo est une composition musicale plaisante qui est d’abord un mouvement dans une symphonie. Il fut interprété pour la première fois à Paris en 1897 lors d'un concert de la Société Nationale de Musique, avec le compositeur comme chef d’orchestre.

Comme mentionné précédemment, Fantasia a vraiment commencé avec ce morceau de musique comme un moyen de montrer Mickey Mouse. La composition de Paul Dukas se présentait comme le moyen idéal ; c’était une pièce enchanteresse de musique écrite autour d'une histoire qui fournirait aussi bien de la comédie que des sensations fortes. La plupart des critiques conviennent qu’en tant qu’acteur, Mickey Mouse n'a jamais dépassé son extraordinaire performance d’apprenti dans le classique de Dukas. Son pouvoir désinvolte alors qu’il dirige les étoiles dans le firmament, son changement fringant de rythme quand il essaye de détruire le balai du renégat, sa recherche sous-marine frénétique de l’antidote magique du sorcier à des milliers de balais et de seaux d'eau, et son acceptation joyeuse de la punition finale du sorcier, le balai-fou qui, pour un moment, l’a fait voler ; tous sont des exemples stellaires de l'ancien art dramatique.

James Algar réalisa la séquence avec le développement de l'histoire par Perc Pearce et Carl Fallberg. La direction artistique est de Tom Codrick, Charles Philippe, et Zach Schwartz avec des décors de Claude Coates, Stan Spohn, Albert Dempster et Eric Hansen. Fred Moore et Vladimir "Bill" Tytla supervisent l'animation. Fred Moore était responsable de la refonte de Mickey Mouse pour L'Apprenti Sorcier. Il a donné des pupilles aux yeux de Mickey pour la première fois pour le rendre plus expressif puisque le court métrage tout entier allait être fait sans dialogue et seulement en pantomime. Bill Tytla était largement responsable de toute l'animation du sorcier Yen Sid (Disney à l’envers). L’animation additionnelle a été faite par Les Clark, Riley Thompson, Marvin Woodward, Preston Blair, Edward Love, Cornett Wood et les effets d'animation par Ugo D'Orsi et George Rowley.

Le Sacre du Printemps d'Igor Stravinski
Le Sacre du Printemps est un tableau chorégraphique d’Igor Stravinski (1882-1971), qui a été composé en 1912. On doit sa création aux Ballets russes de Serge de Diaghilev au Théâtre des Champs-Élysées, à Paris, en 1913. La scène présentait des scènes de la vie en Russie préhistorique. Mais le compositeur, lui-même, n'a jamais considéré que cela soit la seule interprétation de l'œuvre. « Le prétexte de la naissance préhistorique du printemps », a-t-il écrit, « m'a suggéré la construction de l'œuvre... Le prétexte que j’ai choisi est seulement un prétexte, comme le prétexte du peintre pour la peinture... Le Sacre existe en tant que morceau de musique d’abord et avant tout. ».

Walt Disney et son équipe ont estimé que les éléments sauvages de Stravinski et la musique brutalement magnifique semblaient suggérer une lutte trop gigantesque pour être exprimée en termes purement humains ; c’était plutôt le drame de la terre elle-même.

Ceci est un drame qui commence à une époque incroyablement éloignée de notre temps, quand certaine terrible explosion sur la surface du soleil jette dans l'espace une masse de gaz tourbillonnant chauffé à blanc. Comme les éons passent, la masse commence à se condenser pour former une boule plus ou moins solide, alors la surface devient un enfer de mer bouillante, de brouillard brûlant, de vases fumantes et de volcans en éruption. Puis, en quelque sorte, mystérieusement, la vie commence, probablement sous la mer ; les premières créatures unicellulaires puis les hydres, les annélides, les méduses, les trilobites, et enfin, les poissons que nous connaissons aujourd'hui. Puis le dipneuste se développe, capable de rester en vie avec ses poumons hors de l'eau, suivi par de véritables amphibiens.

Alors commence une période où notre monde est habité par une multitude de cauchemars vivants - les dinosaures. Ces énormes créatures gouvernèrent le monde pendant des siècles. Et puis quelque chose est arrivée ; peut-être une vague de chaleur terrible. La chaleur au-dessous correspondait à la chaleur au-dessus. Les tremblements de terre ont ouvert d'énormes crevasses ; des volcans souterrains éclatent à la surface des océans, créant des vagues de marées gigantesques qui engloutissent les quelques survivants. C’est comme si la nature avait résolu de détruire tout ce qu'elle avait créé et à prendre un nouveau départ. Une fois de plus, comme au début, la mer est devenue le dépositaire de la vie sur terre.

Bill Roberts et Paul Satterfield ont réalisé cette séquence, avec le développement de l'histoire et la recherche par William Martin, Leo Thiele, Robert Sterner et John Fraser McLeish. La direction artistique était de McLaren Stewart, Dick Kelsey et John Hubley avec des décors de Ed Starr, Brice Mack et Edward Levitt. La supervision de l'animation est créditée à Wolfgang "Woolie" Reitherman et Joshua Meador. Woolie était l'un des "Nine Old Men" de Walt et a animé la lutte des dinosaures dans cette séquence. Joshua Meador était un artiste d’effets prééminent qui a façonné le premier département des effets aux studios Disney. Le crédit pour l’animation va à Philip Duncan, John McManus, Paul Busch, Art Palmer, Don Tobin, Edwin Aardal et Paul B. Kossoff. Il convient de noter aussi que Gail Papineau et Leonard Pickley ont fait les effets spéciaux caméra qui ont été utilisés pour créer certaines des images les plus spectaculaires de cette séquence.

La Symphonie Pastorale de Ludwig van Beethoven
La Sixième Symphonie (en cinq mouvements) de Ludwig van Beethoven (1770-1827) a été composée pendant la période 1806-1808 et a été d'abord exécutée à Vienne cette année-ci. Les artistes Disney ont choisi un cadre vraiment classique pour la musique de Beethoven, les belles pentes du mont Olympe ; la demeure traditionnelle des dieux grecs. Là, sous nos yeux, nous voyons des créatures mythologiques ; faunes espiègles, bébés licornes, chevaux ailés, le magnifique Pégase noir, son compagnon blanc comme neige, et un petit poulain noir. Le petit poulain noir galope bravement, mais continue à oublier d'utiliser ses ailes, et tombe finalement à corps perdu dans un lit de fleurs. Bientôt, nous voyons Cupidon, entouré par une foule de ses semblables. Instantanément, les petits dieux de l'amour travaillent ensemble, ornant quelques belles centaurettes avec des guirlandes, et juste à temps, car ils sont bientôt rejoints par un groupe de magnifiques centaures.

Puis, face à une recrudescence de musique, une procession gaie entre dans la clairière. C’est Bacchus, le dieu du vin lui-même... un gros et joyeux drille à califourchon sur un âne cornu, du nom de Jacchus. Centaures, faunes, centaurettes, et cupidons dansent et chantent alors que Bacchus se rafraîchit en permanence, avec le vin nouveau du pressoir. Les réjouissances sont interrompues quand le ciel noircit et la pluie commence à tomber. Au-dessus, couché sur un nuage est Zeus, lui-même. Il regarde prudemment son objectif et lance des éclairs vers le bas. L’un après l'autre, ils tombent juste derrière Bacchus. Mais Zeus fatiguait de son activité se couche dans le nuage et l’entoure autour de lui comme une couverture.

La pluie cesse, le vent tombe, et Iris flotte dans le ciel, tissant son arc-en-ciel derrière elle. Le grand au-dessus, éblouissant dans le ciel, vient Apollon, son char doré et conduit par trois grands chevaux. Comme le soleil disparaît, l'air devient plus frais et l'ombre de Morphée, la déesse du sommeil, tombe sur nous, tournant le crépuscule dans les ténèbres. Pale dans le ciel bleu brille la faucille élancée de la nouvelle lune. Diane saisit la jeune lune comme s’il s’agissait d’un arc et lance une flèche de feu, qui éclate en brillant nuage d'étoiles. La nuit tombe sur le mont Olympe.

La Symphonie pastorale a été réalisée par Hamilton Luske, Jim Handley et Ford Beebe avec le développement de l'histoire par Otto Englander, Webb Smith, Erdman Penner, Joseph Sabo, Bill Peet et George Stallings. La conception des personnages a été pensée par James Bodrero, John P. Miller et Lorna S. Soderstrom. La direction artistique a été assurée par Hugh Hennesy, Kenneth Anderson, J. Gordon Legg, Herbert Ryman, Yale Gracey et Lance Nolley avec des décors par Claude Coates, Ray Huffine, W. Richard Anthony, Arthur Riley, Gerald Nevius et Roy Forkum. La supervision de l'animation était assurée par certains des meilleurs animateurs de l’époque, à l’instar de Fred Moore, Ward Kimball, Eric Larson, Art Babbitt, Ollie Johnston et Don Towsley avec l’animation par Berny Wolf, Jack Campbell, Jack Bradbury, James Moore, Milt Neil, Bill Justice, John Elliotte, Walt Kelly, Don Luske, Lynn Karp, Murray McClellan, Robert W. Youngquist et Harry Hamsel.

Danse des Heures par Amilcare Ponchielli
Danse des Heures est un ballet de l'opéra La Gioconda par Amilcare Ponchielli (1834-1886), qui a été jouée pour la première fois à l'Opéra de La Scala à Milan, en avril 1876. Dans Fantasia, cette musique familière devient un ballet comme personne n’en a jamais vu ni avant ni après. Cette musique exprime une reconstitution historique des heures de la journée, et donc, alors que les rideaux s’ouvrent, nous voyons qu'il est tôt le matin dans le jardin du palais du duc Alvise. Quelque chose de moelleux et de rose est située en haut de l'escalier de marbre. Ça se déplace. Ça se déroule, et nous voyons que c’est une autruche. Elle se lève, et avec d’incroyables pirouettes de grâce par-dessus d'autres autruches couchées, et les réveille. L’ensemble danse près d’une piscine, consommant le petit déjeuner en route (bananes et ananas, en entier).

De la piscine, comme Vénus émergeant de la mer, vient la première danseuse - un hippopotame. Ses dames d'honneur, d'autres hippopotames, sur la pointe des pieds comme elle et l’aident dans sa toilette matinale avec du parfum et de la poudre. Après avoir ajusté sa robe de ballet d’une soie la plus pure, elle danse un numéro complexe avec ses dames, et enfin, épuisée, elle s’enfonce pour dormir sur un canapé.

Des éléphants apparaissent alors, vêtus dans des tons délicats du soir. Ils vont à la piscine et font des bulles, et gaiement, même étourdiment, dansent, jusqu'à ce que les ombres sombres tombent tout à coup, le vent se lève, et ils fuient en désordre.

Dans des capes noires bordées de rouge et des justaucorps noirs, les alligators apparaissent. Il fait nuit. L’alligator meneur fait une entrée tardive mais récupère rapidement. Il éveille l’hippopotame ballerine, et ils dansent un adagio couronné d'un grand final et finit écraser.

Danse des Heures a été réalisée par T. Hee et Norm Ferguson. T. Hee était un animateur et caricaturiste reconnu. Il a également été co-fondateur du programme d'animation de personnages à CalArts avec Jack Hannah, Bob McCray, Elmer Plummer et d’autres. Norm Ferguson est largement connu pour son animation de Pluto et le développement du style urbain Disney des années 1930. Bien qu'il n’ait eu aucune formation formelle en art, il a gravi les échelons de l'animation sur les courts métrages comme Playful Pluto (1934), Orphan’s Benefit (1934), Alpine Climbers (1936), et Pluto’s Quin-puplets (1937) avant d'être animateur principal de la Sorcière dans Blanche-Neige et les sept nains (1939). La conception des personnages pour Danse des Heures a été confiée à Martin Provensen, James Bodrero, Duke Russel et Earl Hurd. La direction artistique était assurée par Ken O'Connor, Harold Doughty, et Ernest Nordli avec des décors par Albert Dempster et Charles Connor. Norm Ferguson, en plus de codiriger la séquence, était également le superviseur de l'animation avec de l'animation par John Lounsbery, Howard Swift, Preston Blair, Hugh Fraser, Harvey Toombs, Norman Tate, Hicks Lokey, Art Elliott, Grant Simmons, Ray Patterson et Franklin Grundeen.

Une Nuit sur le mont Chauve par Modeste Moussorgski
Ce poème symphonique de Modeste Moussorgski (1839-1881) a été ébauché pour la première fois en 1860 pour solo de piano avec orchestre, puis réécrit en 1868, 1871 et 1875. Un poème symphonique est tout simplement un morceau de musique orchestrale dans une section ou un mouvement unique et continu qui évoque les images d'un poème, d’une peinture, ou d’un autre élément non-musical ; c’est une musique qui permet facilement la visualisation d’images sur la musique. Selon certaines sources, un poème symphonique est à certains égards liés à l'opéra mais sans les paroles.

Une Nuit sur le mont Chauve n'a jamais été joué de la vie du compositeur. Cependant, en 1882, l'ami de Moussorgski, Rimski-Korsakov révise et orchestre Une nuit sur le mont Chauve, qui put finalement être interprétée avec succès à Saint-Pétersbourg en 1886, avec Rimski-Korsakov comme chef d’orchestre.

La conception d'un monde en proie à une foule de démons, de sorcières et autres esprits maléfiques, contre lesquels l'humanité doit constamment lutter et qui doit les apaiser à chaque occasion, est plus ancienne que l'histoire elle-même. Dans une époque plus récente, la croyance a prévalu qu’une nuit dans l'année, tous les esprits, bons et mauvais, étaient libres d'errer sur terre sans être inquiétés. Encore aujourd’hui, il y a des restes de ces superstition médiévales dans nos fêtes d'Halloween.

La nuit de Walpurgis, le sabbat des sorcières, la Messe Noire et l’Halloween ont toujours intrigué les compositeurs de musique, en particulier ceux avec une attirance pour le théâtre. Peut-être la plus efficace de toutes ces tentatives pour capturer l'excitation horrible d'une telle scène est Une nuit sur le mont Chauve de Moussorgski. (En Russie, l’aire de jeux de Satan a été identifiée très certainement comme le mont Chauve, ou mont Triglav, une montagne près de Kiev au sud de la Russie). [en réalité le mont Triglav se trouve en Slovénie, NdT].

Dans cette section de Fantasia, il se peut que les artistes de Disney se soient rapprochés plus que n’importe qui d’autres pour imaginer ce qui était à l'esprit du compositeur. Pour le motif du sabbat des sorcières c’est là d'abord le rassemblement des mauvais esprits, les sorcières, les démons, les vampires, et les squelettes de ceux qui ne sont pas enterrés dans une terre consacrée. Ajouter à ce groupe l'apparition de Chernabog, le seigneur du mal et de la mort, sur le sommet du mont Chauve, lui-même. Les fêtards continuent leurs danses endiablées jusqu'à ce que le malin, fatigué, condamne les démons, à pleines mains géantes, à la fosse au feu.

Wilfred Jackson, un réalisateur de courts métrages reconnu, réalisa cette séquence. Il est surtout connu pour avoir tourné de nombreux courts métrages de dessins animés de Mickey Mouse et des Silly Symphonies tout au long des années 1930. Jackson a continué à être réalisateur de séquence sur Mélodie du Sud (1946), Mélodie Cocktail (1948), Cendrillon (1950), Alice au pays des merveilles (1951), Peter Pan (1953) et La Belle et le Clochard (1955). Le développement de l'histoire est de Campbell Grant, Arthur Heinemann et Phil Dike. La direction artistique est assurée par Kay Nielsen, Terrell Stapp, Charles Payzant et Thor Putnam avec des décors de Merle Cox, Ray Lockrem, Robert Storms et W. Richard Anthony.

La supervision de l'animation a été confiée à Vladimir "Bill" Tytla qui à l'origine a animé le sorcier Yen Sid, dans L'Apprenti Sorcier quand il a commencé sur le court métrage. Cependant, il est surtout connu pour son animation de Chernabog, le Dieu Noir, dans ce segment. Tytla a utilisé un collègue de chez Disney, Wilfred Jackson, comme référence pour l'action de Chernabog. L’animation supplémentaire est créditée à John McManus, William N. Shull, Robert W. Carlson, Lester Novros et Don Patterson.

Il y a une énorme quantité d'effets d'animation dans Une nuit sur le mont Chauve par Joshua Meador, Miles E. Pike, John F. Reed et Daniel MacManus, avec des effets spéciaux de caméra par Gail Papineau et Leonard Pickley.

Ave Maria de Franz Schubert
La musique de cette chanson célèbre est de Franz Schubert (1797-1828). Le texte allemand a été traduit de "La Dame du Lac" de Walter Scott. Rachel Field a écrit le texte anglais spécialement pour Fantasia. La chanson n’est pas, comme beaucoup le supposent, un Ave Maria orthodoxe, puisque c’est un arrangement, pas de traditionnels mots latins, mais un poème qui est laïque, dans la forme, sinon dans l’esprit.

Dans Fantasia, Une Nuit sur le Mont Chauve se mêle sans pause avec l’Ave Maria, dans une version pour chœur et orchestre. Cela peut sembler hors de propos, car l'atmosphère de base des deux sélections est très différent, il est néanmoins étonnamment réussi. Une Nuit sur le Mont Chauve se termine sur une note calme, la même note musicale qui commence l’Ave Maria ; les deux séquences se mélangent sans effort et ne nécessitent pas de pont musical ni un interstitiel. Les cloches annonçant le matin, dans Une nuit sur le mont Chauve, semblent clairement être les mêmes que celles appelant les fidèles au culte.

Nous voyons le mont Chauve, maintenant enveloppé dans la brume à la dérive, à travers lequel nous percevons les lumières tamisées et vacillantes. Il y a une grande foule de fidèles, chacun portant un cierge allumé. Lentement, le cortège avance, à travers les prairies et sur un pont. Enfin, nous entrons dans une vaste forêt, et les branches de ses arbres entrelacées ressemblent à des voûtes gothiques. Bientôt, nous émergeons dans un flamboiement de lumière du matin. Une fois de plus, les pouvoirs de vie et d'espoir ont triomphé des hôtes de la mort et le désespoir.

L'équipe artistique qui a travaillé sur Une nuit sur le mont Chauve a également créé cette séquence de l’Ave Maria. En outre, Charles Henderson a dirigé le chœur de l’Ave Maria avec Julietta Novis comme soliste.

Fantasia sortit le mercredi 13 novembre 1940, au Broadway Theater de New York. Walt avait loué le cinéma pendant un an et ses techniciens avaient installé le système Fantasound durant une semaine entière. La présentation de Fantasia nécessitait l’achat de billets à l’avance et la demande était si grande que du personnel supplémentaire a été ajouté pour gérer le volume. Fantasia a été joué au Broadway Theater durant 57 semaines jusqu'au 28 février 1942. C’était le film qui avait tenu à l’affiche le plus longtemps à l'époque. En tout, Fantasia irait dans un total de treize cinémas dont une exploitation de 39 semaines au Carthay Circle Theatre de Los Angeles. Le film a également été joué à Pittsburgh, Cleveland, San Francisco, Boston, Chicago, Philadelphie, Détroit, Buffalo, Minneapolis, Washington et Baltimore.

Walt Disney, en parlant à son personnel déclara : « Bien sûr, nous avons pris un risque avec cela, mais je n’ai pas peur à ce sujet. Nous avons lié sept ou huit courts métrages ensemble et c’est trop, nous le savons. Et ça [l’Ave Maria] a certainement un effet - vous ne pouvez pas vraiment dire jusqu'à ce que vous l'ayez mis là-dedans, mais je pense qu'il a le bon effet. » Mais Walt prenait un risque, pas seulement avec l’Ave Maria, mais sur l'ensemble de Fantasia, car un tel film de concert n’avait jamais été fait auparavant. Il avait espéré que le film se jouerait pendant des années et « peut-être même après que je sois parti ». Il a en effet souffert et a connu une croissance encore plus populaire et vénéré comme une réalisation du sommet dans l'art de l'animation Disney. Le thème de l’espérance sous-jacent de Fantasia continue à résonner de génération en génération et c’est un témoignage intemporel de l'héritage durable de la qualité qui est devenue une caractéristique de tout ce qui est Disney !

Est également inclus dans cette nouvelle version CD des morceaux de musique de Fantasia [The Legacy Collection] "L'Apprenti sorcier" lu par Sterling Holloway. C’était à l'origine sur la face B de l’album de Disney Pierre et le Loup en 1963. Holloway a une voix très particulière qu’il a prêté à la cigogne dans Dumbo, le Chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles, Kaa dans Le Livre de la Jungle et bien sûr le personnage adorable de Winnie l'ourson dans ses premiers films éponymes. Une note intéressante ici c’est que le script pour cette lecture a été écrit par Roy Edward Disney qui a également supervisé une lecture de celui-ci par Pat Carroll pour un album à lire de Fantasia / 2000 ; elle a également lu l'Arche de Noé pour la séquence Pump and Circumstance dans ce dernier film. La lecture de Holloway est bien une belle version qui a ce charme merveilleux de Disney.

J’espère que vous aimerez écouter cette Walt Disney Records The Legacy Collection : Fantasia autant que j’ai aimé rassembler les notes de cette pochette.

Dave Bossert
Producteur / Directeur créatif de Walt Disney Animation Studios, 2015.

Les sources consultées comprennent les "Fantasia Production Notes", Disney Archives et the Walt Disney Animation Studios Animation Research Library.


Traductions de S. Roffat