La Musique de Disney - Un Héritage en Chansons

Walt Disney PINOCCHIO
L'extraordinaire voyage d'un enregistrement original - 1995 / 2002
Note du producteur

De 1938, alors que Pinocchio entrait dans la phase de production de la musique jusqu'à sa redécouverte en 1992, les enregistrements originaux pour l'album en version originale, tout comme Pinocchio lui-même, firent un voyage extraordinaire.

Entre 1938 et 1939, quand les techniques d'enregistrement en étaient encore à leurs balbutiements, les pistes de musique de film, de dialogues et de bruitages étaient enregistrées sur un disque bruyant et limité (par les standards de l'époque) appelé "optique". Pour compléter l'enregistrement, ces pistes étaient combinées. On a longtemps cru que les différentes pistes, pour la plupart constituées de musique et de dialogues, étaient perdues.

Pour leur préservation, beaucoup de vieilles pistes optiques du studio Disney furent copiées durant les années cinquante sur des bandes magnétiques plus durables appelées "mag units". Les différentes pistes optiques de musique et de dialogues de Pinocchio furent, sans le savoir, incluses dans ce transfert sur bandes magnétiques.

En janvier 1992, alors qu'on déménageait une partie des archives des films du studio, les déménageurs firent une découverte étonnante : des bandes magnétiques non-répertoriées de la bande originale de Pinocchio.

Non-étiquetées et oubliées, ces bandes magnétiques avaient été perdues pendant plus de trente ans ! Elles incluaient les plus vieux enregistrements originaux existants de la première génération de bande originale de Pinocchio. Ainsi fut trouvée l'interprétation originale de Cliff Edwards incarnant Jiminy Cricket pour When You Wish Upon a Star.

Après que les nouveaux éléments retrouvés furent transférés sur numérique, la bande originale était alors assemblée et, avec grand soin, nettoyée et restaurée. Comme si par magie (mais en réalité grâce aux merveilles de la technologie) la musique de Pinocchio avait une fois de plus retrouvée la vie pour ravir les générations futures.

Piste - Titre - Segment Musical Individuel - Compositeur
 

1. Quand On Prie la Bonne Etoile
Les Pantins de Bois (Harline-Washington) 
Quand On Prie la Bonne Etoile (Harline-Washington)
Quand On Prie la Bonne Etoile (Harline-Washington)

2. Les Pantins de Bois
Avancer en Sautillant (Harline-Smith)
Thème du Criquet (Harline)
Les Pantins de Bois (Harline-Washington)
Le Vieux Geppetto (Harline)
Les Pantins de Bois (Harline-Washington)

3. Le Réveil
Thème du Réveil (Harline-Rees)

4. Les Petits Chats
Thème des Petits Chats (Harline)

5. La Fée Bleue
Thème de la Fée (Harline-Smith)
Quand On Prie la Bonne Etoile (Harline-Washington)
Thème du Criquet (Harline)
Quand On Prie la Bonne Etoile (Harline-Washington)

6. Sifflez Vite Vite
Sifflez Vite Vite (Harline-Washington)

7. Le Vieux Geppetto
Le Cauchemar de Geppetto (Harline-Smith)
Le Mouchard de Geppetto (Harline)
Le Vieux Geppetto (Harline)
Canon à l'Octave (Harline)
Perplexité (Harline-Smith)
Le Vieux Geppetto (Harline)
La Vieille Boîte à Musique (Harline)
Au feu, au feu ! (Harline)
Le Thème du Criquet (Harline)
Les Pantins de Bois (Harline-Washington)

8. Pas d'Ecole !
Réveil du Village (Harline)
La Vieille Boîte à Musique (Harline)
Bluffeurs (Harline)
Le Vieille Boîte à Musique (Harline)
Vraiment Désolé (Harline)
La Vieille Boîte à Musique (Harline)
Nous Allons au Théâtre (Harline)
Vraiment désolé (Harline)

9. Hi-Diddle-Di-Di
Hi-Diddle-Di-Di (Harline-Washington)

10. Vraiment Désolé !
La Frousse (Harline-Smith)
Vraiment Désolé (Harline)
La Frousse (Harline-Smith)
Vraiment Désolé (Harline)

11. Il Faut Savoir Briser Ses Liens
Il Faut Savoir Briser Ses Liens (Harline-Washington) 

12. Stromboli Menaçant
Stromboli Menaçant (Harline)

13. Triste Réunion
Triste Réunion (Harline)
Les Pantins de Bois (Harline-Washington)
Triste Réunion (Harline)
Thème de la Fée (Harline-Smith)
Quand On Prie la Bonne Etoile (Harline-Washington)

14. Leçon de Mensonges
Leçon de Mensonges (Harline) 
Quand On Prie la Bonne Etoile (Harline-Washington)
Le Vieux Geppetto (Harline)
Il Faut Savoir Briser Ses Liens (Harline-Washington)
Le Vieux Geppetto (Harline)
Musique du Brouillard (Harline-Smith)
Hi-Diddle-Di-Di (Harline-Washington)

15. La Vieille Boîte à Musique
La Vieille Boîte à Musique (Harline) 

16. En Route pour l'Ile Enchantée
"Swinging Shutters" (Harline-Smith) 
"The Cure" (Harline-Smith)
Hi-Diddle-Di-Di (Harline-Washington)
Qu'est-ce qu'elle veut cette sauterelle ? (Harline)
Grand Coquin (Harline)
Qu'est-ce qu'elle veut cette sauterelle ? (Harline)
Hi-Diddle-Di-Di (Harline-Washington)
Pas Drôle ! (Harline)

17. Cricket en Colère
Cricket en Colère (Harline)
Cricket en Colère (Harline)

18. La Transformation
Evènement Tragique (Harline)
La Transformation (Harline)
La Folie de l'Âne (Harline-Smith)

19. Un Message de la Fée Bleue
À la Rescousse (Harline-Smith)
En Dehors de la Mer (Harline-Smith)
Le Thème de la Fée (Harline-Smith)

20. À la Rescousse
À la Rescousse (Harline-Smith)
Monstro, la Baleine (Harline)

21. Les Cascades Profondes
Les Cascades Profondes (Harline-Smith) 

22. Le Thème du Désespoir
La Terreur (Harline) 
Le Thème du Désespoir (Harline)

23. Le Monstre se Réveille
Le Monstre se Réveille (Harline) 
Le Thon (Harline)

24. La Chasse à la Baleine
La Chasse à la Baleine (Harline-Plumb) 

25. Un Vrai Garçon
La Vieille Boîte à Musique (Harline)
Quand On Prie la Bonne Etoile (Harline-Washington)

Pinocchio en vidéo pour la première fois en 1995 : interview

Bonjour Pinocchio. Il y avait douze ans qu'on ne vous avait pas vu au cinéma lorsque la vidéo du film est sortie le 4 avril 1995 en France. Que s'est-il passé ?
Chez Disney, ils ont voulu que, pour ma sortie en vidéo, je sois impeccable. Ils ont restauré l'image et le son. Je méritais bien ça, autant que Blanche-Neige et les sept nains.

Comment s'y est-on pris ?
Pendant plus d'un an, chaque plan du film a été toiletté pour retravailler la bande son, rehausser les couleurs de la moindre image. Je suis comme neuf.

Vous étiez si abîmé que ça ?
Pas moi, le film ! Il y avait des taches, des déchirures, des rayures qui avaient abîmé le négatif original. Ils ont beaucoup travaillé à la lame de rasoir pour enlever les poussières sur la pellicule.

Ce n'est pas très moderne comme procédé ?
Il y a eu ensuite un transfert d'image, avec une technique très sophistiquée. Toutes les rayures et les imperfections, même les empreintes de doigts dues au matériel utilisé en 1950, ont été éliminées.

Vous êtes si vieux ?
Pinocchio est sorti le 8 février 1940, mais ils ont commencé, chez Disney, à fabriquer le film en 1937. On m'avait dessiné tout en longueur, plutôt maladroit. Walt Disney n'a pas apprécié. Il a fallu que les dessinateurs se remettent au travail. On a beau être de bois, on a sa fierté !

Qu'êtes-vous devenu ?
Un peu de respect s'il vous plait ! L'été 1938, je suis devenu ce que j'ai toujours été, un être adorable, grandeur nature. On m'a même photographié avec Christian Rub, le comédien qui allait être la voix de mon papa, Geppetto. Les animateurs voulaient voir les proportions à respecter.

Votre naissance au cinéma a-t-elle été longue ?
Je suis devenu en février 1939, comme vous me voyez aujourd'hui, un petit garçon plutôt potelé avec, sur la tête, un chouette chapeau tyrolien.

Combien ont-ils été à travailler pour le film ?
750 artistes et 80 musiciens.Voulez-vous d'autres chiffres ? 1 500 nuances de couleurs et près d'un million d'esquisses et de dessins.

Il paraît que vous avez reçu des Oscars à Hollywood ?
Deux. Ils ont été attribués à la meilleure musique (Leigh Harline, Paul J. Smith) et à la meilleure chanson (Ned Washington et Leigh Harline). Moi j'aime bien Quand On Prie la Bonne Étoile, par Jiminy Cricket. Il a une jolie voix. Et puis aussi, c'est bien normal, Les Pantins de Bois par Geppetto. Moi je chante deux fois : Hi-Diddle-Di-Di - en français dans le texte - et Il Faut Savoir Briser Ses Liens.

On vous entend mieux dans la version restaurée ?
Nous sommes passés du son mono au son stéréo et même en dolby stéréo.On ne se refuse rien.

Qui est votre voix française ?
Mark Lesser. Pour les autres héros du film, il y a des acteurs que l'on voit souvent à la télé : Roger Carel, c'est Jiminy, Teddy Billis, Geppetto et Michel Roux, Grand Coquin.

Jiminy Cricket a un rôle important dans le film. Vous n'êtes pas jaloux ?
La jalousie, c'est un sentiment que je ne veux pas connaître. Bien sûr, dans le livre de Collodi, ce grillon ne fait que passer, avec ses sermons plein la bouche. Je lui donne même un coup de marteau sur la tête. Mais là, il fallait que je sois bien entouré. Ce n'est pas tous les jours qu'un Pinocchio fait du cinéma. Et puis, vous savez, je l'aime bien Jiminy, même si parfois c'est un raseur.

Et la Fée Bleue ?
Ah la Fée Bleue ! Vous savez qu'elle va m'offrir le bien le plus précieux sur terre : la vie. Puis elle va me sauver des griffes de Stromboli, le méchant montreur de marionnettes, mais chut, je ne peux pas en dire plus. Sinon mon nez va s'allonger ! 

PINOCCHIO

Alors même que les recettes de Blanche-Neige (1937) continuaient à affluer, Walt Disney dût résister aux injonctions des distributeurs et exploitants qui demandaient encore des nains. Il profita au contraire de sa bonne fortune pour mettre en chantier de nouveaux longs métrages d'animation, et d'abord Pinocchio (1940). Jiminy, le grillon, a un rôle de premier plan dans le film : conscience du petit garçon, il tente de la ramener dans le droit chemin chaque fois qu'il s'en éloigne. Ward Kimball a animé Jiminy ; il en a fait un sage sympathique plutôt qu'un affreux insecte, et a masqué sa petite taille en choisissant très bien les angles de prise de vues. Avec la voix de Cliff Edwards (Roger Carel dans la VF) - qui chante deux grands succès : Quand On Prie la Bonne Étoile et Sifflez Vite Vite - Jiminy devient l'élément unificateur dans Pinocchio.Le deuxième long métrage de Disney sortit au début de 1940 et la critique applaudit l'exploit technique. Mais le film n'avait pas le charme sentimental et humain de Blanche-Neige et les recettes furent décevantes.
Bob Thomas, L'Art de l'Animation, Paris, Disney Hachette Editions, 1993, p. 81.

Une fois de plus, le film est réussi. D'abord grâce à un scénario parfaitement ficelé où tous les ingrédients sont présents : l'émotion avec Geppetto, le charme avec Pinocchio, l'humour avec Figaro et les deux bandits, la terreur avec Stromboli et l'extraordinaire séquence de la métamorphose en ânes. N'oublions pas l'action avec la baleine (quelle séquence !) et la magie avec la fée. Le tout étant mieux animé que le précédent long métrage. Battre la bande sonore de Blanche Neige paraissait impossible, pourtant le thème d'ouverture Quand On Prie la Bonne Étoile va devenir l'hymne Disney et un immense hit. Un Oscar couronnera cette chanson ainsi que la musique. Depuis, cette mélodie est jouée sans cesse dans les parcs ou les émissions de télé. Disney : "Je ne veux plus travailler aussi dur sur un film". Une fois encore complètement absorbé par la production de son film, Disney allait être très déçu par l'accueil modéré. Mais dans un monde au bord de la guerre, Pinocchio avait-il sa place ? Les artistes se rappellent du décalage entre son ambition et leurs aptitudes à l'époque. Pour les spécialistes, Pinocchio est LE chef d'oeuvre du cinéma d'animation.
Christian Renaut, De Blanche Neige à Hercule, Paris, Dreamland, p. 25.

Pinocchio. -



Venant tout juste de terminer la production de son long premier long métrage d'animation, Blanche-Neige et les sept nains (1937), Walt Disney est déterminé à se surpasser. Après l’immense succès du film, le grand homme de spectacle prévoit non pas un mais deux films, deux projets très différents - Pinocchio et Bambi. Fait intéressant, Pinocchio devait être le troisième long métrage de Walt (son numéro de production originale était "F-3") et Bambi le deuxième. Mais les exigences d’une animation réaliste des animaux pour Bambi ont conduit sa production à être reportée et Pinocchio sortit finalement en deuxième et Bambi seulement en 1942.

En créant le monde fantastique de Pinocchio - basé sur le livre de 1881 de l'auteur italien Carlo Collodi sur le pantin de bois qui prend vie par magie - les artisans de l'animation Albert Hurter et Gustaf Tenggren ont aidé Walt et son équipe d’artistes à créer l’environnement pittoresque de style contes de fées européens évoquant les somptueuses illustrations des livres de contes du 19e siècle. « Pinocchio est l'histoire la plus complexe que nous ayons jamais essayée de faire sous forme de dessin animé, explique le décorateur Claude Coats, et venant juste après Blanche-Neige, qui était si incroyablement réussi, nous voulions faire encore mieux. Le résultat est que nous avons mis plus d'illustrations et plus de détails élaborés dans Pinocchio. Tous les accessoires sont ornés et ont pris une saveur chaleureuse de l’artisanat européen. »

La musique est « toujours une élément de divertissement indispensable dans les productions Walt Disney » note le compositeur de Pinocchio Paul J. Smith. Après avoir été honoré par la nomination pour l’Oscar de la meilleure musique pour Blanche-Neige et les sept nains - ainsi, au cours de sa carrière, le compositeur a reçu plus de dix nominations pour des films tels que Mélodie du Sud (1946) et Cendrillon (1950) - Walt a demandé à Paul de l’aide pour créer une musique qui serait l'équivalente sonore des somptueuses images du film. Walt le considérait comme le compositeur le plus apte à « faire de la musique visuelle ». Paul a ainsi habilement utilisé à la fois les chansons et les mélodies composées par le musicien Leigh Harline pour créer la bande sonore. « Les chansons sont la base de départ pour la partition complète », note Paul. « Nous aimons les utiliser comme des leitmotivs afin de suggérer à la fois les personnages et les situations à travers l'image. Prenez, par exemple, le petit thème rythmé qui symbolise Jiminy Cricket. Il est précisé que c’est la mélodie de Cricket, et elle apparaît comme la voix intérieure d'un thème plus important, ou simplement comme une suggestion rythmique, dans chaque scène dans laquelle Jiminy entre en scène. Quand on prie la bonne étoile est chantée deux fois dans le film, mais elle apparaît (en variation libre, en accords parallèles, et ainsi de suite) dans chaque séquence où Jiminy et la Fée Bleue allient leurs pouvoirs pour changer la destinée de Pinocchio. »

Décrit par Paul Smith comme « un musicien de premier ordre », Leigh Harline était un vétéran des courts métrages de Disney, notamment sur la série oscarisée de dessins animés des Silly Symphony, y compris ceux qui étaient les plus musicalement inventifs et raffinés, parmi lesquels Music Land (1935) et Le Vieux Moulin (1937). Bien qu'il a travaillé en collaboration avec Paul Smith, Leigh a composé la plupart des pistes de la musique originale de Pinocchio. Celles-ci vont dans le style et l’ambiance musicale mélodieuse des chansons étrangement mécanisées des boîtes à musique de Geppetto ; les mélodies jazzy un peu louches de l’Ile Enchantée ; et les pointes de suspense au cours de la séquence durant laquelle Crapule se transforme en âne en passant par la musique accompagnant l'action pendant la poursuite à couper le souffle de Monstro la baleine.

Comme avec Blanche-Neige, Walt est déterminé à ce que les chansons de Pinocchio ne soient pas seulement chantantes et musicalement mémorables, mais, plus important encore, que la musique et les paroles servent les personnages et fassent progresser l'intrigue. Dans leur célèbre opus sur l'art des films de Walt Disney, Disney Animation : The Illusion of Life, les animateurs Frank Thomas et Ollie Johnston observent : « Une chanson qui restitue l’exacte ambiance de la séquence et l'exprime d'une manière fraîche et mémorable fera des merveilles pour le film et pour le compositeur. Quand on prie la bonne étoile de Leigh Harline et Ned Washington sert de manière double, nous présentant un cricket avec une personnalité douce tout en créant une atmosphère pour le film tout entier. La chanson suivante, Les Pantins de Bois restitue l'esprit de Geppetto et nous donne l'occasion de présenter le pantin de bois dans son état sans vie. Sans cette chanson avec la mélodie qui provient d’une boîte à musique européenne, la séquence d'introduction de la marionnette pour les autres occupants du magasin de jouets aurait été pleine de dialogues et de gags artificiels. Avec une chanson qui correspond à la situation, elle est pleine de mélodie et de plaisir, et fait beaucoup pour montrer au public comment vit ce sculpteur sur bois. » Le compositeur Harline a assisté aux conférences lors de l'écriture de l'histoire et aux enregistrements vocaux pour s’assurer que les chansons amélioreraient non seulement l'action à l'écran mais aussi la cadence globale du film.

En créant le personnage de Pinocchio, Walt et ses artistes ont d’abord conçu la marionnette éponyme comme elle est décrite dans le livre original de Collodi - un délinquant agressif et arrogant. Mais après cinq mois, Walt rejeta l'animation terminée. Pinocchio, déclare-t-il, est trop antipathique, son apparence bois-marionnettes par trop désagréable. Finalement, l’animateur Milt Kahl conçut un adorable petit garçon avec des jointures en bois qui trouva l’assentiment de Walt pour cette conception plus "mignonne". Pour ce nouveau personnage, Walt Disney a personnellement choisi Dickie Jones, 11 ans, un enfant acteur prolifique qui est apparu dans des classiques du grand écran comme Stella Dallas (1937) et Monsieur Smith au Sénat (1939), parmi plus de 200 candidats comme la voix de la marionnette éponyme du film. Dickie a été choisi, dit Walt, parce qu'il avait « la voix typique d'un gentil garçon. »

L’interprétation enjouée du jeune acteur pour Il Faut Savoir Briser ses Liens est un des points culminants du film. Un acteur bien connu de films comme L'Extravagant Mr. Deeds (1936) et L’Impossible Monsieur Bébé (1938), Walter Catlett double Grand Coquin, en chantant Hi-Diddle-Di-Di, louant la vie à la fois sur scène et démontrant ses prouesses d'escroc. Walter dépeint une autre crapule chantante, le colonel Fiche, dans l'épisode de 1956 de de la série d'anthologie de Disneyland, Davy Crockett et les pirates de la rivière. Un autre acteur bien connu, Christian Rub double non seulement aimablement le vieux Geppetto, mais est aussi l'inspiration visuelle pour son apparence affable.

L'un des principaux doubleurs de Pinocchio - et l'un des personnages les plus emblématiques que Disney ait jamais porté à l’écran - a été créé lorsque Walt décida que l’innocent Pinocchio avait besoin d'un guide pour l'aider à comprendre le bien et le mal. Le grand homme de spectacle choisit un grillon parleur qui apparaît brièvement dans le livre original où la marionnette, de mauvaise humeur, écrase le cricket. Walt lui-même baptisa la nouvelle star de l'histoire : « Pourquoi ne pas le nommer Jiminy ? Tout le monde connait l'expression, « Jiminy Cricket. »» La petite conscience de Pinocchio se transforme en un personnage central, un personnage de la taille d’un insecte auquel le public peut s’identifier. « Nous nous sommes dit, « Voilà un gars que nous devons utiliser tout au long du film » expliqua plus tard Walt au sujet de l’adjonction de Jiminy à Pinocchio, « alors nous l’avons fait apparaître dans toutes les séquences de [l'histoire]. »

Walt recruta le chanteur populaire Cliff Edwards pour la voix de Jiminy après avoir auditionné 45 autres interprètes. Connu comme « Ukulele Ike », Cliff avait une extraordinaire voix chantée couvrant trois octaves. Il fut l'une des premières stars du disque. Cliff aurait ainsi vendu quelque 74 millions d’albums. Il est également apparu dans des classiques du cinéma comme Hollywood chante et danse (1929, dans lequel il interprète pour la première fois la chanson Singin 'in the Rain), La Dame du vendredi (1940) et une performance vocale en solo non créditée d’un soldat mourant dans Autant en emporte le vent (1939). La voix parlée folklorique mais vive de Cliff contribua à inspirer la personnalité débonnaire de Jiminy. « Au début, nous avons fait de Jiminy une sorte de bonhomme pompeux - un vrai moulin à paroles», concède Walt. Mais la performance vocale géniale de Cliff avait « tant de vie et de plaisir que nous avons modifié le personnage pour se conformer à sa voix. Ainsi, Jiminy apparaît à l'écran ... animé et plein de drôleries. »

L’animateur légendaire Ward Kimball dessina Jiminy en partie comme une caricature d’Edwards au visage rond et aux yeux écarquillés. Comme animateur en chef, Ward a dessiné deux grands moments musicaux avec Jiminy. C’était un casting parfait car Kimball était aussi un musicien ; il a fait partie plus tard de la célèbre bande de Dixieland, Firehouse Five Plus Two, composée d'artistes de Disney. « Très souvent, explique Ward, surtout si vous n'êtes pas familier avec la musique ou la danse, vous ne savez pas ce que la jambe fait. On m'a donné tant de choses musicales à faire parce que j’aime ces choses ... alors naturellement, j’ai animé le petit criquet quand il chante Sifflez Vite Vite. C’est la première scène que nous avons mise en boîte. Kimball poursuit : « Lorsque le grillon chante Quand on prie la bonne étoile, c’est une longue scène avec de longues phrases. Des mots prennent une, deux ou trois secondes entières quand il tient certaines notes. Je me souviens que le plus grand éclat de rire de la séance [d’essai au crayon (pencil test) du Studio] est venu quand, sur l'un des dessins, j’ai écrit « Tiens-la, mec ! » J’ai eu les plus grands éclats de rire de la soirée.» Mais l'animateur a la plus grande admiration pour l'interprétation de Cliff pour ce qui est sans doute la chanson la plus célèbre jamais composée pour Disney. Évoquant l’interprétation intemporelle d’Edwards pour Quand on prie la bonne étoile, Kimball déclara : « Il a vraiment créé cette chanson. »

Pinocchio sortit à New York le 7 février 1940, et reçut des critiques élogieuses. Walt déclara lui-même : « Techniquement et artistiquement, [Pinocchio] est supérieur. Il a montré que nous avions mûri en tant qu’artistes. » La musique inoubliable a été célébrée à la radio et par des groupes de l'époque, avec ses chansons interprétées par des artistes tels que The Andrews Sisters, Kate Smith, Glen Miller et Guy Lombardo. Au fil des ans, Quand on prie la bonne étoile est devenue une partie du patrimoine de la chanson, ayant été interprétée par un grand nombre d’artistes tels Peggy Lee, Perry Como, Nat King Cole, Barbra Streisand, Louis Armstrong, Josh Groban, Billy Joel, Rod Stewart, Idina Menzel et KISS. Cette belle ballade est tellement aimée qu’elle est devenue le symbole immédiatement reconnaissable de l'héritage du divertissement Disney. L'Académie des arts et des sciences du cinéma a récompensé la musique du film par l'attribution d’Oscars à Leigh Harline, Ned Washington et Paul J. Smith pour la meilleure musique originale et à Quand on prie la bonne étoile pour la meilleure chanson, un double honneur de l’Académie qu’aucun autre film Disney ne recevra à nouveau avant Mary Poppins (1964). Comme un atelier plein de Geppetto sonores, les musiciens de Pinocchio ont fabriqué à la main un chef-d'oeuvre Disney inoubliable. Paul Smith a dit un jour : « J’ai toujours aimé Pinocchio. C'est un film avec beaucoup de cœur. ».

JIMINY CRICKET SAUTE
De toutes les personnalités animées hautes en couleurs de Pinocchio, Jiminy Cricket est le personnage qui transcende tout le film. Comme il convient à son rôle de « grillon qui va de foyer en foyer », ce crooner mignon comme un insecte continue de servir de conteur dans d'autres productions Disney. Il a d'abord rejailli à l'écran dans Coquin de Printemps (1947), en chantant C’est comme ça que je vois la vie, écrite par Eliot Daniel. A l'ère de la télévision, le célèbre cricket est vraiment sous le feu des projecteurs. Avec sa voix chaude et mélodieuse et sa personnalité quoique bien informée mais toujours terre-à-terre, Jiminy devient un évident maître de cérémonie. En plus d’être le maître de cérémonie de plusieurs épisodes de l'émission hebdomadaire de télévision Disney, le petit bonhomme guilleret tient une grande place dans l'émission de télévision du Mickey Mouse Club lors de sa première le 3 octobre 1955. Lorsque Walt Disney présente une pré-projection pour les sponsors le 23 septembre 1955 , il promet : « Notre vieil ami Jiminy Cricket va nous aider avec ce que nous appelons notre divertissement factuel. Il va montrer aux jeunes des choses sur le monde vivant, sur la santé, l'hygiène, la sécurité et bien d'autres choses qui concernent leur bien-être. »

Le Mickey Mouse Club et le grillon étaient en parfait accord, avec Jiminy dans son rôle habituel de conscience, fournissant des conseils de bon sens et des informations utiles dans son style amusant et vif. En fait, Jiminy avait une part plus grande du spectacle que Mickey lui-même. Dans cette toute nouvelle animation, Jiminy trace son chemin de manière amusante à travers des chansons mémorables comme You (Are a Human Animal), Safety First, Mickey Mouse Club Song Book et la plus célèbre de toutes, I’m No Fool composée par le Mouseketeer en chef Jimmie Dodd (comme la plupart des chansons de Jiminy pour le Mickey Mouse Club d'ailleurs). Naturellement, ce cricket crooner est devenu une star du disque avec Jiminy Cricket Sings 5 Mickey Mouse Club Songs et le 33 tours nominé aux Grammy Awards Addition and Soustraction, sorti en 1966.

Malheureusement, Cliff Edwards connut des temps difficiles, et Walt tel la Fée-Bleue devint son bienfaiteur ; Walt aurait ainsi ordonné à Disneyland Records (connu aujourd’hui sous le nom de Walt Disney Records) de produire un album 33 tours des chansons d’Edwards des années vingt, Ukulele Ike Sings Again, pour fournir au chanteur un certain revenu, et Cliff fit plusieurs apparitions en tant que guest star sur le Mickey Mouse Club. Lorsque Cliff mourut en 1971 dans un hôpital pour convalescents d’Hollywood, un porte-parole de l’Actors Fund déclara : « Je ne peux assez remercié les Walt Disney Productions pour la façon dont ils ont continué au cours des années à veiller au bien-être de M. Edwards ». Honoré du titre de Disney Legend en 2000, Cliff Edwards vivra éternellement en tant que conscience bienveillante pour chacun d’entre nous, le doux grillon qui nous rassure : « Essayez, faites un vœu car l’espoir est dans les cieux quand on prie la bonne étoile et la Fée Bleue. »

Jim Fanning.
Historien Disney internationalement publié, écrivain et éditeur, il a écrit pour de nombreuses divisions de la Walt Disney Company.

LES CHANSONS OUBLIÉES
Au cours de la seconde moitié de 1937 Walt Disney et ses équipes créatives travaillent fiévreusement pour terminer Blanche-Neige et les sept nains à temps pour sa première mondiale prévue à la fin décembre. Le budget final pour faire le film fut triple du devis initial et beaucoup dans l'industrie du film prédisaient la faillite au studio de Walt en raison du nombre de prêts que lui et son frère Roy avaient contractés. Certains mêmes de ses artistes étaient incertains de la réception que recevrait leur travail acharné et tout leur dévouement.

Il peut sembler étonnant que dans le milieu de ce tourbillon d'activités et d'incertitudes, Walt réfléchissait déjà aux autres productions après Blanche-Neige et les sept nains. Que Pinocchio en soit déjà aux premiers stades de développement dans le département histoire du studio à la fin 1937 peut être vu comme un signe de sa propre foi dans la réussite de Blanche-Neige, et comme sa prise de conscience que la force future de son studio résiderait dans la production de films d'animation, et comme son optimisme et la croyance en ses rêves.

Bien sûr, Pinocchio remonte encore plus tôt que cela au Studio. En 1934, avec d'autres idées de films possibles, Walt avait déposé le titre. Et durant un voyage en Europe que Walt et Roy avaient effectué avec leurs femmes respectives en 1935, ils avaient négocié les droits de produire un film d'animation de Pinocchio avec l'éditeur de l'histoire originale en Italie.

Le travail sur Pinocchio commence pour de bon en 1938, avec la plus grande attention donnée aux moindres détails. En plus de feuilles de modèle proposées pour les personnages principaux et secondaires, de nombreuses feuilles de modèle ont été préparées pour les outils de sculpture sur bois de Geppetto, les nombreuses boîtes et horloges à musique, les jouets mécaniques qu’il façonne avec ces outils, et des styles intérieurs et extérieurs de bâtiments qui affichent un charme de livre d’histoires imaginatif d'Europe, offrant un régal pour les yeux partout où le spectateur regarde.

Tandis que la préparation visuelle, parallèlement avec le développement de l'histoire, était en cours, l'équipe chargée de la musique étudia également la musique qui aiderait à raconter l'histoire. La responsabilité pour les chansons et la musique originale fut confiée au compositeur Leigh Harline et au parolier Ned Washington. Harline avait composé certaines musiques des courts métrages de Mickey Mouse et des Silly Symphony dès 1933, dont l'oscarisé Le Vieux Moulin (1937). Paul J. Smith, un autre vétéran des courts métrages Disney, épaule Harline pour la composition de la musique originale et fera une contribution significative avec ses musiques pour la série Disney C’est la vie dans les années 1950.

Dans une interview donnée au moment de la sortie de Pinocchio en 1940, Smith raconte : « Quand l'histoire et les personnages ont été créés, le style général des chansons désirées est présenté à notre personnel. Pour Pinocchio, la tendresse entre le père et l'enfant, et la conscience symbolique de Jiminy Cricket, ont été traitées comme déclencheurs des thèmes durant les premiers stades de la production. ». La très belle musique originale du film ainsi que les thèmes originaux et les mélodies des chansons ont été développés au cours de la dernière année de production, d'abord par l'ébauche des types des musiques et des thèmes pour ensuite les attribuer à chaque scène du film.

Bien sûr, avec les artistes créant plus d’idées visuelles que ne pourraient finalement être utilisées, et le département histoire affinant et élaborant la structure du film tout au long du processus de production, certains premiers moments prévus pour des chansons ou certains points de vue peuvent ne pas rester valides. Comme dans tous les longs métrages musicaux Disney, plus de chansons sont produites que finalement utilisées dans le film.

Partitions et enregistrements phonographiques produits au moment de la première version du film révèlent l'étendue de l'inspiration musicale qui va bien au-delà de la bande originale finale du film. Certaines de ces chansons contiennent en fait de brèves échos du film. Monstro la Baleine comprend environ cinq mesures de la musique qui font partie de la musique lorsque Pinocchio tente de sauver son père du mastodonte marin. Le public peut également profiter d'une chanson intitulée Honest John (Grand Coquin) qui contient environ sept mesures de la musique entendue lors du panoramique sur les débauches de l’Ile Enchantée. Tout en restant une longue partie de la musique du film, Turn on the Old Music Box a été publiée et enregistrée avec des paroles de Ned Washington. Une autre chanson bonus mise à la disposition du public est effectivement restée une partie de la musique originale jusqu'à très tard dans la production. Three Cheers for Anything était prévue pour être chantée par les garçons égarés lors de leur conduite sur l’Ile Enchantée. Une autre chanson, dont le copyright date de 1939, est Figaro and Cleo. Sa mélodie ne peut être entendue dans le film mais elle n'a pas complètement disparu pour autant. En 1943, elle est jouée dans un court dessin animé du même nom, et quelques années plus tard elle a servi de thème d'ouverture pour une série limitée de dessins animés Figaro. Et dans le cadre de cet album, vous pourrez découvrir une sélection encore plus large de chansons supprimées créées pour Pinocchio.

Les compositeurs ont vu leurs efforts créatifs récompensés par la popularité de certains de leurs airs avec le grand public, ainsi que des éloges de l'industrie cinématographique. Leigh Harline et Ned Washington ont reçu l’Oscar de la meilleure chanson (Quand on prie la bonne étoile), et avec Paul J. Smith, ils ont tous les trois reçu l'Oscar de la meilleure musique originale, c’était la première fois qu'un long métrage d'animation remportait un Oscar dans l’une et l'autre de ces catégories.

No Strings
Dans le film, le marionnettiste Stromboli met en place la première performance sur scène de Pinocchio avec beaucoup d'auto-promotion. Suivant cette approche cela mène à la chanson Il Faut Savoir Briser ses Liens, les marionnettes du spectacle interprètent cette introduction musicale. Puisque, à ce moment la chanson ne commence pas avec Pinocchio chantant pour lui-même, elle simplement intitulée No Strings.

As I Was Sayin' To The Duchess (Oui, ainsi que je le disais à la duchesse hier soir...)
Une ligne de dialogue dans le film lorsque nous rencontrons pour la première fois l’intrigant renard Grand Coquin et son compagnon le chat Gédéon est « Oui, ainsi que je le disais à la duchesse hier soir... ». Ses vêtements effilochés, cependant, indiquent qu’il s’agit d’un personnage que l’on a peu de chance de rencontrer dans la haute société. Bien évidemment, il est un imposteur intrigant, qui veut tromper son monde. Cette ligne de dialogue peut être trouvée dans cette chanson qui est une évocation de ses prétentions.

Rolling Along To Pleasure Island
Cette chanson a été suggérée avant que la sélection de Three Cheers for Anything fut développée comme un numéro durant le trajet jusqu’à l’Ile Enchantée. C’est un morceau joyeux à écouter, et sa mesure à 6/8 est un parfait accompagnement sonore pour l'allure galopante des ânes tirant la carriole. Peut-être, cependant, le chant de contrepoint, qui est une partie essentielle du ton joyeux de la chanson, requéraient des voix musicalement plus mûres que celles d'un groupe de jeunes garçons chahuteurs. Three Cheers for Anything a été probablement considérée comme plus spontanée et moins sophistiquée musicalement - plus compatible avec la personnalité des personnages aussi. En fin de compte, aucune chanson n’a été nécessaire, car les cinéastes ont décidé de se concentrer sur le dialogue de Crapule et sur son influence grandissante sur Pinocchio.

Russell Schroeder, 2015.
M. Schroeder a travaillé comme artiste pour la Walt Disney Company durant 29 ans. En plus des Disney’s Lost Chords Volumes 1 & 2, Russell a écrit plusieurs autres livres dont Disney : The Ultimate Visual Guide et Mickey Mouse : My Life in Pictures.